Il fut reçu le 28 décembre
1691, et mourut le 2 avril 1692. Pendant les sept premières années du mariage, la chronique scandaleuse se tait sur M. et Mme de Boislandry'. Mais en 1693, une note du Recueil Maurepas nous montre Mme de Boislandry « brouillée avec son mari pour ses galanteries,» et son mari Taccusant de compromettre par ses désordres la santé de l'un et de l'autre. Apprenant que son gendre avait le projet de et se faire séparer en justice » de sa femme, et cela a sans rendre la dot, » M. Turgot voulut sauver immédiatement, par une mesure héroïque, la dot et l'honneur de sa fille : il demanda lui-même une enquête judiciaire, et M. le Camus, lieutenant civil au Châtelet, chargea de cette enquête deux chirurgiens, Passerat et Bessière ; elle se lit au mois de mai 1693. Écartons les détails que donne l'annotateur du Chansonnier; il suffit de dire que les craintes de M. de Boislandry furent déclarées chimériques. Battu sur un point, M. de Boislandry eût-il pu l'être sur les autres? N aurait-il pu donner la preuve des galanteries qu'il imputait à sa femme? Nous n'en savons rien, car il n'y eut point de procès : la séparation se fit à l'amiable , sur l'arbitrage du chancelier Boucherat. Mais puisque Boislandry redoutait si peu l'éclat d'un procès scandaleux, aurait-il accepté la sentence arbitrale de Boucherat s'il avait pu convaincre judiciairement sa femme d'adultère, et obtenir ainsi la libre possession de sa dot ? J'en doute.
et La séparation fut faite par la médiation de Louis Boucherat, chancelier de France, est-il dit dans la note déjà citée du Recue'u Maurepas, La négociation dura longtemps, parce que Mme de Boislandry et M. Turgot Saint-Clair vouloient que le mari rendît la dot telle qu'il l'avoit reçue de sa femme, ce qu'il ne pouvoit faire, en ayant employé une partie à l'acquisition d'une maison oùilslogeoient, et qu'il offroit de rendre pour le prix qu'elle lui avoit coûté*. Mais
1. Nous rencontrons, il est vrai, dans le Recueil Maurepas (tome XXV, p. 435 et suivantes), au moment même où nous mettons sous presse, deux chansons datées de 1686, sur Mme de Boislandry; mais Mme de Boislandry s'étant mariée en octobre 1686, est-il vraisemblable qu'elle ait pu, cette même année et après son mariage, nouer et dénouer une intrigue? Ces chansons, arbitrairement datées, appartiennent sans doute à l'année 169g, car elles nous paraissent faire allusion à la rupture dont il sera question plus loin, entre Catherine et Chaulieu. Voici la première, moins le dernier vers; elle est attribuée à Mme Murât :
Iris étoit tendre et belle, Mon sort étoit doux; Mais puisqu'elle est infidèle, Le bon vin me tient lieu d'elle
2. «« La maison en litige, nous apprend M. Fournier (tome ÏI, p. 472 et 473) , se trouvait rue de la Perle, au Marais, tout près de la rue Vieille-du-TempIc
CLEFS ET C0î\rAtR1\TAlRES. Î9.5
enfin le médiateur régla que le mnrl garderoit le l)len et lui ft^roit huit raille livres de pension, o
lies préliminaires judiciaires de cette séparation amiable n'étaien pas restés secrets. On chansonna Mme de Boislandry, on chansonna M. de Boislandry :
Pauvre petite Boislandry, Ne pleurez pas votre aventure.
Grâce aux soins de votre niarj.
Pauvre petite Boislandry, La faculté, etc.
Il en est de cette chanson comme d'un très-grand nombre de celles que contient le Recueil Maurepas : on peut à peine en citer un fragment. Nous ne savons si l'événement auquel il y est fait allusion eut un très-grand retentissement; hors cette chanson, nulle trace n'en est connue. Quoiqu'il n'en soit parlé ni dans les lettres ni dans les mémoires du temps, il faut bien accepter le témoignage si précis de l'annotateur de la chanson ; mais sur ce témoignage unique nous ne pouvons croire qu'à la cour et à la ville tout le monde fût instruit de la disgracieuse querelle de M. et Mme de Boislandry.
Malgré votie époux, ce pied-plat,
dit la chanson, et aussitôt l'annotateur d'ajouter : « Il n'y a jamais eu un plus grand sot que M, de Boislandry. » Il est possible que l'annotateur, dont les allégations sont souvent suspectes à nos yeux, ait cette fois raison : M. de Boislandry était d'une famille peu « espritée, » suivant l'expression de Saint-Simon '. Nous sommes moins sûr que le commentateur anonyme n'a pas pour Mme de Boislandry des sévérités imméritées, ou du moins prématurées, lorsqu'il écrit la remarque suivante sous un vers de la même chanson, datée de 1698 : « Cette petite femme avoit nombre d'amants et ne leur étoit pas cruelle. » Si Mme de Boislandry eût déjà été entourée, en 1698, de ce nombreux cortège d'amants heureux , nous serions étonné que le nom de chacun d'eux eût échappé à la publicité, et se fût soustrait, par exemple, à la malignité des chansonniers*.
et du jeu de paume de fa Sphère. Elle dépendait, ajoute-t-il, du franc-alleu dont Bruant des Carrières et son frère Libéral Bruant, l'architecte, étaient détenteurs, comme on le voit par le partage des biens de la succession de Bruant des Carrières, dont l'acte, en date du 7 octobre 1696, passé devant les notaires Delange et Lavalette, nous a été communiqué par M. de Mareuil, descendant de des Carrières, m