Jouniul àe Dangeaii, tome I, p
2. Mme de Boislandry est citée parmi les femmes galantes de Paris dans une
C'est seulement à la fin de l'année 1694, plusieurs mois après la publication du caractère d'/trténice , deux années environ après les gnlanteries dont s'était alarmé M. d'Aligre, que nous voyons sa femme accepter les hommages d'un amant dont le nom nous soit connu. Le premier qu'elle ait accueilli après la séparation (du moins pensat-il être le premier) est l'abbé de Chaulieu, à qui elle demeura fidèle, ou qui la crut fidèle pendant plus de quatre années.
Dans une pièce de vers datée du i^i" janvier 1695, et qui semble bien marquer le commencement des amours de Chaulieu et de sa nouvelle maîtresse, il nous montre VÀmoiir et V Amitié se rendant de compagnie auprès de Mme de Boislandry pour lui offrir son cœur :
Ne seriez-vous point l'Amour?
demande Mme de Boislandry à l'un des visiteurs.
— Je le suis; mais las! je n'ose Vous parler de mon retour; Je sais que je suis la cause D'un nombre infini de maux, Dont l'affreuse Jalousie Et sa triste frénésie A troublé votre repos.
Qui fit seul votre souffrance.
Veut faire votre bonheur; Et je -viens, en récompense, Vous faire présent d'un cœur
chanson qui est datée tîe 1693 et intitulée : « A Maximilien-Henrî de Béthune, clievalier de Sully, colonel d'un régiment, sur quelques femmes de Paris » [Chansonnier Maurepas, tome VII, p. 4i3) :
Au Marais est la Boislandry....
Mais il suffisait que son mari eût appelé sur elle l'attention publique pour que les chansonniers s'emparassent de son nom; cette chanson, si elle est bien de 1693, est sans doute l'écho de celle dont nous avons précédemment (p. .^2 5) cité les premiers vers. Nous verrions peut-être un indice plus grave de la légèreté des mœurs de Catherine dans une déclaration de Chaulieu que l'édition de ses OEucres de 1774 (tome II, p. 217) intitule : «A Mme D***, célèbre coquette, qui avoit demandé une déclaration d'amour envers, » si Mme D*** était Mme d'Aligre de Boislandry; mais s'agit-il bien de Mme de Boislandry? s'agit-il même d'une Mme D***? C'est l'éditeur de 1774 qui, sans raison et de sa propre autorité, indique par l'initiale D*** la personne à qui Chaulieu adresse cette pièce d'un tour fort léger et quelque peu impertinent ; le titre est simplement: ce A Mme de**, » etc., dans la brochure publiée en 1744 par l'abbé d'Estrées , où elle a paru pour la première fois. Cette brochure a pour titre : Recueil de poésies calantes du clievalier de ''*, et de quelques pièces fugitives de Vabbé de'Chaulieu et autres, au Parnasse français, chez les héritiers d'' Apollon: voyez l'édition Saint-Marc des OEuvres de Chaulieu, 17.50, tome II, p. 33.
Digne de votre tendresse',.,.
.... V affreuse Jalousie Et sa triste frénésie ,
c'est M. de Boîslandry. Le nomhre Infini de maux dont il a « troublé » son « repos, » c'est la menace du procès, l'enquête très-indiscrète de la faculté, tout ce qui a précédé la séparation. On voit que Chaulieu fut ou se crut le premier successeur de l'amant, pour nous inconnu, dont M. de Boislandry prit ombrage. De l'humeur dont était Catherine, elle dut assez vite user de la liberté qui lui était donnée : aussi pourrait-on, je crois, sans trop d'impertinence, supposer que la séparation ne lui avait rendu sa liberté qu'en 1694, l'année même où elle devint maîtresse de Chaulieu. Il avait alors cinquante-cinq ans, si l'on accepte les dates que donnent Saint-Marc et la plupart des biographes; cinquante-neuf, s'il est vrai qu'il mourut âgé de quatre-vingtquatre ans, en 1720, ainsi qu'il est dit dans le Parnasse français de Tillon du Tillet et dans l'acte d'inhumation tel que le reproduit M. Jal dans son Dictionnaire^. Quant à Catherine, elle avait vingt et un ans.
Au début de ces amours, Catherine reçoit du poëte le tiom d'Iris^, et ce nom, avec le diminutif de Catherine, Catin *, est celui qu'on lit le plus souvent dans ses vers ; une fois seulement Catherine deviendra par anagramme Ricanète^ \ une ou deux tout au plus, Chloris^^ Lesbie'' y PhjlUs^ ', ou encore, je le crains, Jgathon^ si les deux pièces qui célèbrent très-singulièrement Agathon ^ sont de Chaulieu.
1. Œuvres de Chaulieu, édition de 1774, tome II, p. 68. C'est a cette édition que nous renverrons, sauf indication contraire.
2. Cette date s'accorde également avec une note de l'édition de 1774 des OEuvres de Chaulieu (tome I, p. 88). Nous devons faire remarquer que Saint- Mare, suivant lequel Chaulieu mourut (en 1720) à quatre-\ingt-un ans, avait, comme M. Jal, lu son acte d'inhumation dans les registres du Temple [OEuvres de Chaulieu, édition de i75o, tome I, p. r^xn, note 8).
3. Voyez tome II, p. 117 (année 1695), p. 85 (1699), P* 7^? et peut-être aussi p. 77, 279 et 260. Cette dernière pièce, qui ne s'est pas retrouvée dans les manuscrits de Chaulieu, serait antérieure à ses amours avec Mme de Bois- 1 andry, si elle est de lui, et si Iris y est bien Mme de Boislandry.
4. Voyez tome II, p. 255 (1697), 256 (1699), Ii5, 1 16, 120 et 121 (1700), 96 (1703), ii4j 25o, 259.