‹ Œuvres de La Bruyère (volume 4)Chapitre 15 sur 257 · Vah. (édit. 4): ni commandé; il ajoute même · texte numérisé non relu

Vah. (édit. 4): ni commandé; il ajoute même

* « Et si ie suis homme de quelque leçon, ie suis homme de nulle rétention » (livre II, chapitre x, tome II, p. 112), — « le m'en vois escorniflant par cy par là des liures les sentences qui me plaisent, non pour les garder (carie n'ay point de gardoire).... » (livre I, chapitre xxiv, tome I, p. ly^). — « Elle {la mémoire) me manque du tout » (livre II, chapitre xvii, tome II, p. 497)* — I^ ^st d'autres passages encore où Montaigne se plaint de sa mémoire : voyez tome 1, p. 4^5 tome II, p. 129; et tome IV, p. i45.

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cherchent vainement à acquérir; qui a fortifié la trempe de son esprit par une grande expérience; que le nombre, le poids, la diversité, la difficulté et Timportance des affaires occupent seulement, et n'accablent point; qui par l'étendue de ses vues et de sa pénétration se rend maître de tous les événements; qui bien loin de consulter toutes les réflexions qui sont écrites sur le gouvernement et la politique, est peut-être de ces âmes sublimes nées pour régir les autres, et sur qui ces premières règles ont été faites ; qui est détourné , par les grandes choses qu'il fait , des belles ou des agréables qu'il pourroit lire, et qui au contraire ne perd rien à retracer et à feuilleter, pour ainsi dire, sa vie et ses actions : un homme ainsi fait peut dire aisément, et sans se commettre , qu'il ne connoît aucun livre , et qu'il ne lit jamais. (ÉD. 4-)

68. On veut quelquefois cacher ses foibles, ou en diminue!' l'opinion par l'aveu libre que l'on en fait. Tel dit : « Je suis ignorant , » qui ne sait rien ; un homme dit : « Je suis vieux, » il passe soixante ans; un autre encore : « Je ne suis pas riche, » et il est pauvre, (éd. 5.)

6g, La modestie n'est point, ou est confondue avec une chose toute différente de soi, si on la prend pour un sentiment intérieur qui avilit l'homme à ses propres yeux, et qui est une vertu surnaturelle qu'on appelle humilité. L'homme, de sa nature, pense hautement et superbement de lui-même , et ne pense ainsi que de lui-même : la modestie ne tend qu'à faire que personne n'en souffre; elle est une vertu du dehors, qui règle ses yeux, sa démarche, ses paroles, son ton de voix, et qui le fait agir extérieurement avec les autres comme s'il n'étoit pas vrai qu'il les compte pour rien. (éd. 4*)

Le inonde est plein de gens qui faisant^ intérieure- 70. ment^ et par habitude la comparaison d'eux-mêmes avec les autres, décident toujours en faveur de leur propre mérite, et agissent conséquemment.

Vous dites qu'il faut être modeste^ ; les gens bien nés 71, ne demandent pas mieux : faites seulement que les hommes n'empiètent pas sur ceux qui cèdent par modestie, et ne brisent pas ceux qui plient, (éd. 4-)

De même l'on dit : « Il faut avoir des habits modestes. » Les personnes de mérite ne désirent rien davantage; mais le monde veut de la parure, on lui en donne; il est avide de la superfluité, on lui en montre. Quelques-uns n'estiment les autres que par de beau linge ou par une riche étoffe; l'on ne refuse pas toujours d'être estimé à ce prix. Il y a des endroits où il faut se faire voir : un galon d*or plus large ou plus étroit vous fait entrer ou refuser, (éd. 40

Notre vanité et la trop grande estime que nous avons 72, de nous-mêmes nous fait soupçonner dans les autres une fierté à notre égard qui y est quelquefois , et qui souvent n'y est pas ' : une personne modeste n'a point cette délicatesse ^.

Comme il faut se défendre de cette vanité qui nous 7 3

1 . Il y a faisans , avec accord , dans les éditions 7-9 ; les éditions précédentes ont faisant,

2. On lit extérieurement dans toutes les éditions postérieures à la 5^. A l'imitation de M. Destailleur, nous rétablissons la première leçon, évidemment altérée dans la suite par une faute d'impression.

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