‹ Œuvres de La Bruyère (volume 4)Chapitre 14 sur 257 · Var. (édit. 4-6) '• et être vain · texte numérisé non relu

Var. (édit. 4-6) '• et être vain

4 . « On aime mieux dire du mal de soi-même que de n'en point parler. » (La Rochefoucauld, n** cxxxviii.) — ce .... Se priser et se mespriser, écrit Montaigne (livre III, chapitre xiii, tome IV, p. 106) en traduisant un passage d'Aristote {Morale à Nicomaque ^ livre IV, chapitre xiii), naissent souuent de pareil air d'arrogance..., » — Voyez plus loin, p. 82, note 2, le commentaire qu'a fait Malebranche du passage où Montaigne cite ainsi Aristote.

5. « L'humilité n'est souvent qu'une feinte soumission, dont on se sert pour soumettre les autres; c'est un artifice de l'orgueil qui s'abaisse pour s'élever ; et bien qu'il se transforme en mille manières.

La fausse modestie est le dernier raffinement de la vanité; elle fait que l'homme vain ne paroît point tel, et se fait valoir au contraire par la vertu opposée au vice qui fait son caractère : c'est un mensonge. La fausse gloire est l'écueil de la vanité ; elle nous conduit à vouloir être estimés par des choses qui à la vérité se trouvent en nous, mais qui sont frivoles et indignes qu'on les relève : c'est une erreur, (éd. 4.)

67 • Les hommes parlent de manière, sur ce qui les regarde, qu'ils n'avouent d'eux-mêmes que de petits défauts % et encore ceux qui supposent en leurs personnes de beaux talents ou de grandes qualités^. Ainsi l'on se plaint de son peu de mémoire, content d'ailleurs de son

il n'est jamais mieux déguisé et plus capable de tromper que lorsqu'il se cache sous la figure de l'humilité. » (La Rochefoucauld ^ n® ccLiv.)

1. « Nous n'avouons de petits défauts que pour persuader que nous n'en avons pas de grands. t> {La Rochefoucauld, n^ cccxxvii.)

2. En faisant cette remarque, la Bruyère, dit M. Damien {Etude sur la Brurèrc et Maleùranche, p. 6g), « semble avoir voulu généraliser les réflexions de Malebranche sur la vanité de Montaigne. » Voici le passage de Malebranche dont il s'agit : « C'est donc vanité, et une vanité indiscrète et ridicule à Montagne de parler avantageusement de lui-même à tout moment. Mais c'est une vanité encore plus extravagante à cet auteur de décrire ses défauts ; car si on y prend garde, on verra qu'il ne découvre guère que ceux dont on fait gloire dans le monde à cause de la corruption du siècle; qu'il s'attribue volontiers ce qui peut le faire passer pour esprit fort, et lui donner l'air cavalier ; et afin que par cette franchise simulée de la confession de ses désordres, on le croie plus volontiers dans les choses qu'il dit à son avantage. Il a raison de dire que se priser et se mesprisernaïssent souuent de pareil air d^ arrogance. C'est toujours une marque certaine que l'on est plein de soi-même; et Montagne me paroît encore plus fier et plus vain quand [il se blâme que lorsqu'il se loue, parce que c'est un orgueil insupportable que de tirer vanité de ses défauts au lieu de s'en humilier. » {De la Recherche de la vérité , livre II, 3e partie, chapitre v, tome I, p. 328.'

grand sens et de son bon jugement^; Ton reçoit le reproche de la distraction et de la rêverie, comme s'il nous accordoit le bel esprit^ l'on dit de soi qu'on est maladroit, et qu'on ne peut rien faire de ses mains, fort consolé de la perte de ces petits talents par ceux de l'esprit, ou par les dons de l'àme que tout le monde nous connoît; l'on fait l'aveu de sa paresse en des termes qui signifient toujours son désintéressement , et que l'on est guéri de l'ambition * l'on ne rougit point de sa malpropreté, qui n'est qu'une négligence pour les petites choses, et qui semble supposer qu'on n'a d'application que pour les solides et essentielles ^ . Un homme de guerre aime à dire que c'étoit par trop d'empressement ou par curiosité qu'il se trouva un certain jour à la tranchée, ou en quelque autre poste très-périlleux, sans être de garde ni commandé; et il ajoute^ qu'il en fut repris de son général. De même une bonne tête ou un ferme génie qui se trouve né avec cette prudence que les autres hommes

1. « Tout le monde se plaint de sa mémoire, et personne ne se plaint de son jugement. » {La hoche foucauld^ n^ lxxxix.) — Dans la page même qui contient la citation faite ci-dessus, p. 32, note 2, Malehranche fait la remarque suivante: « Si nous croyons Montagne sur sa parole, nous nous persuaderons que c'étoit un liomme de nulle rétention, qu'il n"" avait point de gardoire, que la mémoire lui manquait du tout* ^ mais qu'il ne manquoit pas de sens et de jugement. Cependant, si nous en croyons le portrait même qu'il a fait de son esprit, je veux dire son propre livre, nous ne serons pas tout à fait de son sentiment, a

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