Luc Daquin, évêque de Fréjus, de 1680 à
4i4 APPENDICE.
dans ses Mémoires sur ce sujet est authentique * : « Je ne crois pas autrement aux sorciers et aux diseurs de bonne aventure, dit-il : je n'ai jamais rien vu d'extraordinaire.... » Puis, après cette déclaration, il note quelques faits extraordinaires, dont l'un pour le moins lui paraît constant : « les trois personnes présentes le content à qui veut l'entendre »
Page 216, n° 73, 3° alinéa. — Laurent payé pour ne plus écrire.,..
Parmi les personnages de la cour que Laurent fait figurer à la suite du Dauphin dans la Relation de la fête Dauphine (p. 14), parmi
.... Tous les grands héros d'élite Qu'Alexandre {le Dauphin) avoit à sa suite,
et qu'il désigne par des surnoms, un seul est inconnu : c'est AristO' phane , le seul dont l'auteur ne dise point le vrai nom dans la clef des noms imprimée page 2. Laurent se désignait-il lui-même sous ce pseudonyme? était-il donc, dans cette circonstance, de la suite du prince ? Aristophane ne peut être la Bruyère , car ce n'est pas à la suite du Dauphin qu'il assista à la fête.
Page 220, n° I. —Le discours chrétien est devenu un spectacle.,.,
Dans le chapitre des Prédicateurs de son Théophraste moderne , auquel nous avons déjà fait plusieurs emprunts (p. 384 et suivante), et dont nous donnerons divers autres extraits, Brillon a plus d'une fois développé cette remarque. La lecture de ce chapitre est parfois un intéressant commentaire du chapitre de la Bruyère sur le même sujet.
I. Voyez ses Mémoires^ collection Petitot, tome LXIII, p. 323-326.
CLEFS ET COMMENTAIRES. 4i5
Page 221, n° 3. — JusqiCà ce qu'il revienne un homme.... (1687.)
Clefs du dix-huitième siècle : « M.Letourneur, grand prédicateur, qui a fait r Année sainte (lisez : C Année cJirétiemie^\ qui ne prêchoit que par homélies, et qui a été fort suivi dans Paris, » — « surtout dans la paroisse de Saint-Benoît, où il prêcha un carême^, » ajoute le manuscrit Cochin.
Suivant toutes les clefs, moins celle de 1700, l'abbé le Tourneux ou le Tourneur, prieur de Villiers-sur-Fère en Tardenois, est le prédicateur que regrette la Bruyère. Il est mort le 26 novembre 1686, plus d'une année avant la publication des Caractères ^ à l'âge de quarante-six ans.
« M. le Tourneur, dit une note àxx Chansonnier M aurep as .^ tome IV, p. 36o, étoit un simple prêtre, boiteux et sans aucun extérieur, et peu éloquent. Il fut d'abord peu suivi ; mais sa doctrine , claire , intelligible à expliquer la sainte Ecriture, sa morale sensée et sa solide piété le firent bientôt connoître et préférer à tous les autres prédicateurs, excepté le P. Bourdaloue.... Les jésuites furent jaloux de la réputation que M. le Tourneur s'étoit acquise ; ils eurent le crédit de lui faire défendre de prêcher par François de Harlay, archevêque de Paris, sous prétexte qu'il débitoit les dogmes et la morale des jansénistes. Il se retira dans un prieuré qu'il avoit dans le diocèse de Soissons, où il a vécu exemplairement et sans faste, et où il commença et composa l'excellent livre de C Année chrétienne^ qui est un extrait de ses sermons. »
Parmi les traits de franchise de Boileau, Louis Racine a cité le suivant : (( Le Roi lui disoit un jour : « Quel est un prédicateur qu'on « nomme le Tourneux? On dit que tout le monde y court : est-il si « habile? » — « Sire, reprit Boileau, Votre Majesté sait qu'on court « toujours à la nouveauté : c'est un prédicateur qui prêche l'Evana gile. » Le Roi lui demanda d'en dire sérieusement son sentiment. Il répondit : « Quand il monte eu chaire, il fait si peur par sa laideur <r qu'on youdroit Fen voir sortir ; et quand il a commencé à parler, « on craint qu'il n^en sorte ^. » [Mémoires sur la uie de Jean Racine ^ dans les OEiwres de Racine, édition de M. Mesnard, tome I, p. 338.)
1. Cet ouvrage, composé de treize volumes, parut de i685 à 1701.
2. Celui de 1682. Il y avait à cette époque un autre prédicateur du même nonj à Paris : ce dernier était principal du collège de Boncours.
3. Voyez encore sur Nicolas le Tourneux, V Histoire de Port-Royal de M. Sainte-Beuve, tome V, p. 209 et suivantes, édition de 1867.
4i6 APPENDICE.
Page 221, n° 4« — Les citations profanes, les froides allusions, le mauvais pathétique^ les antithèses..,. (1687.)
Clefs du dix-huitième siècle : « Manière de prêcher de l'abbé Boileau. »
Charles Boileau, curé de Vitry, puis abbé de Beaulieu, membre de l'Académie française, prêchait à Paris depuis 1679'.
« Anselme'^ et Boileau, dit le Gendre {Mémoires, p. 12), portés sur les ailes de la protection puissante, l'un de Pdme de Montespan , l'autre de M. Bontems, s'élevèrent bien haut tout d'un coup. Etoientce des orateurs parfaits? Non sans doute : aucun d'eux n'en avoit les grâces ; leurs gestes à l'un et à l'autre n'étoient ni beaux ni naturels ; Anselme avoit la mine d'un pédant , et Boileau l'air d'un paysan.... Ils ne persuadoient point, parce qu'il y avoit trop d'art dans leur prédication. Les discours de Boileau n'étoient qu'un tissu de fleurs ; on n'y trouvoit que portraits, antithèses et allusions. Il y avoit moins de clinquant dans les discours d'Anselme ; mais la morale étoit si vague, que ne caractérisant personne, personne n'en étoit louché; l'un et l'autre avoient peu de théologie. »
La Bruyère a un peu trop vite annoncé la fin des « antithèses » et prévu celle des « portraits; » car Brillon, plusieurs années plus tard, se plaindra de l'abus qu'on fait en chaire des portraits et des antithèses. [Théophraste moderne ^ p. 334, ^Sg, 34o, etc.)
Pages 221-223, n° 5. — Cet homme que je souhaitais impatiemment.... est enfin venu.... (1694.)
L'éloge que fait la Bruyère de la manière de prêcher du P. Séraphin^ a été publié en 1694, mais a dû être écrit dès 1692.
1. Il avait prêché, en 1679, le carême au couvent de Sainte-Madeleine, et Pavent au couvent de Notre-Dame de la Merci; l'avent de 1680 aux Carmélites de la rue du Bouloi ; l'avent de 1681 aux Nouvelles Catholiques; en i683, le carême à Saint-Germain l'Auxerrois, et l'avent à Saint-Louis ; le carême de 1687 à Notre-Dame, etc. — Charles Boileau est mort en 1704» H a été publié de lui, en 17 12, deux volumes d'homélies et de sermons.
2. Le nom d'Anselme est aussi l'un de ceux que donnent les clefs : voyez ciaprès, p. 424, note X.
3. Il y avait à cette époque plusieurs prédicateurs qui portaient le nom de P. Séraphin. A s'en tenir aux capucins, nous trouvons dans les listes des prédi-
Le P. Séraphin, qui depuis longtemps prêchait dans les paroisses de Paris, était venu prêcher le carême de 1692 dans l'église paroissiale de Versailles, et comme le dit la Bruyère, son éloquence y avait attiré les courtisans, tout en déplaisant aux paroissiens : l'alinéa semble écrit sous l'impression toute récente encore de l'un de ces sermons où la cour et la ville de Versailles se montraient d'un avis si différent. Le P. Séraphin ne revint à Versailles que quatre ans plus tard, pour prêcher cette fois au château et devant la cour. Le Roi déclara que ses sermons étaient œ plus de son goût qu'aucun qu'il eût jamais entendu » [Mémoires de Dangeau, tome V, p. 376); et Saint-Simon, de son côté, nota comme il suit ses succès [Mémoires, tome I, p. 322) :
« Le P. Séraphin, capucin, prêcha cette année (1696) le carême
cateurs de ce temps : le P. Séraphin* ; le P. Séraphin de Paris ** ; le P. François Séraphin de Paris, capucin*** ; le P. André Séraphin de Paris****; et le P. Sérapliin de Saint-André *****. Nous pouvons sans doute mettre au compte du P. Séraphin de la Bruyère les sermons prononcés par a le P. Séraphin, » et certainement tous ceux du «P. Sérapliin de Paris. » Il a été publié en 1694 et 1695 six volumes, en 1697 deux volumes, en 1708 quatre volumes d'homélies du P. Séraphin de Paris. Il était fils, dit-on, d'un parfumeur de la rue Saint-Honoré, nommé Lemaire.
* « Le P. Séraphin, capucin, » prêche Pavent de 1684 à l'hôpital Sainte- Catherine ; le carême de 1694 à Saint- André des Arts, etc.
** « Le P. Séraphin de Paris, capucin, » prêche l'avent de 167 1 à Saint- Barthélerny ; l'avent de 1672 et les carêmes de 1678, de 1681 et de 1682, aux Capucins de la rue Saint-Honoré et aux Capucines; l'avent de 1675 et le carême de 1676 à Saint-Marcel; l'avent de 1681 à Saint-Médard ; l'avent de 1684 à Saint-Jacques du Haut-Pas; le carême de i685 à Saint-Sauveur; l'avent de i685 et le carême de 16S8 à Saint- Etienne du Mont; l'avent de 1687 à Saint-Séverin ; l'avent de 168S à Saint-Nicolas des Champs; en 1689, le carême aux capucins du Marais et l'avent à Saint-E istaclie ; en 1690, e carême aux Quinze-Vingts et l'avent à Saint-Gervais ; en 1691, le caiême ux Saints-Innocents et l'avent à Saint-Merry ; en 1692, le carême à la paroisse de Versailles et l'avent à Saint-Nicolas des Champs; en lôgS, le carême à Saint-Séverin et l'avent à Saint-Eustache ; l'avent de 169^ à Saint-Germain l'Auxerrois ; le carême de 1696 à la chapelle du Roi à Versailles, etc.
*** « Le P. François Séraphin de Paris, capucin, j> ancien professeur en théologie, prêche l'avent de 1H76 et le carême de 1677 à Saint-Martin; l'avent de 1681 au couvent de Sainte-Elisabeth; le carême de 1680 au couvent de Sainte-Madeleine; une partie du carême de 1689 aux Capucins du Marais, etc.
**** « Le P. André Séraphin, de Paris, capucin, n prêche l'avent de 1680 à Saint-Barthélémy; le carême de i685 aux Prémontrés de la rue Hautefeuille ; le carême de 1687 aux Capucins; le carême aux Prémontrés et l'avent au couvent de Sainte-Elisabeth, en 1690; le carême de 1691 aux religieuses de Sainte-Madeleine; l'avent de 1692 aux Bénédictines de la rue de la Villel'Evêque; l'avent de 1698 aux Capucins, etc.
***** « Le P. Séraphin de Saint-André, capucin, » prêche l'avent de 1678 aux Capucins du Marais.
La Bruyère, ii 27
/ji8 APPENDICE.
à la cour. Ses sermons, dont il répétoit souvent deux fols de suite les mêmes phrases, et qui étoientfort à la capucine, plurent fort au Roi, et il devint à la mode de s'y empresser et de l'admirer, et c'est de lui, pour le dire en passant, qu'est venu ce mot si répété depuis: Sans Dieu point de cervelle. Il ne laissa pas d'être hardi devant un prince qui croyoit donner les talents avec les emplois. Le maréchal de Villeroy étoit à ce sermon ; chacun, comme entraîné, le regarda. Le Roi fit des reproches à M. de Vendôme, puis à M. de la Rochefoucauld de ce qu'il n'alloit jamais au sermon, pas même à ceux du P. Séraphin. M. de Vendôme lui répondit librement qu'il ne pouvoit aller entendre un homme qui disoit tout ce qu'il lui plaisoit sans que personne eût la liberté de lui répondre , et fît rire le Roi par cette saillie. M. de la Rochefoucauld le prit sur un autre ton, en courtisan avisé. Il lui dit qu'il ne pouvoit s'accommoder d'aller, comme les derniers de la cour, demander une place à l'officier qui
les distribuoit Là-dessus et tout de suite, le Roi lui donna pour sa
charge une quatrième place derrière lui, auprès du grand chambellan. » Quelques semaines avant sa mort, la Bruyère put entendre le P. Séraphin dans la chapelle de Versailles. Demeura-t-il aussi content de sa manière de prêcher? Ne l'avait-il pas opposé avec trop d'empressement aux déclamateurs et aux énumérateurs du jour? Du moins l'enthousiasme des courtisans se refroidit-ii singulièrement, si l'on en croit Brillon *, et l'appréciation que l'abbé le Gendre fait de ses sermons nous empêche de nous en étonner. La Bruyère , il est vrai, n'avait point fait l'éloge de son talent, mais de la simplicité <r apostolique » avec laquelle il expliquait « uniment et familièrement » l'Evangile ^, et le P. Séraphin continua d'annoncer ainsi la parole de Dieu. Remarquons de plus que le Gendre avait une rancune personnelle contre le P. Séraphin : il était chanoine de Notre- Dame, et l'on verra que le P. Séraphin avait mal parlé des chanoines. Ajoutons encore que ce dernier fut accusé de quiétisme, et que le quiétisme était odieux à l'abbé le Gendre.
î. « Cet homme tant souhaité, dont la mission réjouît les amateurs de la simplicité évangélique, cet homme venu pour consoler les auditeurs, jusque-là indignés de la profanation de l'apostolat, fait déserter la Chapelle, où il ne prêche point. Les grands se mêlent avec les paroissiens, et l'accablent d'éloges que le peuple osoit lui refuser. Des suffrages aussi illustres lui méritent un royal auditoire : le courtisan, qui se montre enfin de l'avis du peuple, souhaite le retour des hommes éloquents. Prêt d'abandonner une seconde fois la Chapelle, il se réconcilie avec les déclamateurs auxquels il rougit d'avoir préféré le missionnaire; s'il continue de l'entendre, la bienséance l'y force, mais son goût le porte ailleurs. » {Théophraste moderne, p, 336.)