‹ Œuvres de La Bruyère (volume 4)Chapitre 184 sur 257 · Conférez, p. aai, les remarques 3 et · texte numérisé non relu

Conférez, p. aai, les remarques 3 et

« S'il y avolt dans le clergé, dil-il dans ses Mémoires (p. i3-i5), des prédicateurs qui brilloient, il n'y en avoit pas moins parmi les ordres religieux. Je ne mets point au nombre de ces prédicateurs le P. Séraphin, capucin, quoique Mme de Maintenon, qui peut-être appréhendoit la langue trop libre de ce bonhomme, lui ait fait, pour le contenter, prêcher deux carêmes au Louvre. De talent, il n'en avoit point, que celui de crier bien fort et de dire crûment des injures. Prêchant devant le Roi, le premier médecin présent, et se demandant à soi-même si Dieu n'a pas en ce monde des exécuteurs de sa justice : « Qui en doute, s*écria-t-il, et qui sont ces exécuteurs? ce sont les médecins qui par leurs ordonnances données à tort et à travers tuent la plupart des gens. » Prêchant le carême dans l'église de Paris [Notre-Dame) , ce père dit en face à Messieurs les chanoines qu'ils menoient une vie molle et ne faisoient point leur devoir. Il avoit grand tort : ce reproche ne convient point à des gens qui à minuit chantent matines aussi pieusement que les capucins récitent les leurs. Au reste, toutDiogène que ce bonhomme étoit en chaire ', il ne l'étoit nullement à table : c'étoit un beau dîneur, et lorsqu'il étoit hors du couvent, il ne vouloit manger ni boire que du meilleur. Devant prêcher à Saint-Benoît, une des paroisses de Paris, il dit aux marguilliers, un mois et demi avant les Cendres, que voulant passer le carême dans la chambre du prédicateur, il les prioit de lui avancer, sur l'honoraire qu'il ne devoit toucher qu'à Pâques, de quoi avoir du vin en cave et payer son traiteur. Cet honoraire, quoique pourtant de cinq cents francs, étoit mangé avant le dimanche de la Passion. Le marguillier en charge, homme peu disposé à mettre du sien, dit au père, d'un ton assez sec, qu'il ne pouvoit plus rien lui fournir. Le père, sans se déconcerter, répliqua : « Si le fonds manque, qu'on fasse une quête dans la paroisse ; autrement je ne prêche plus. » Il en coûta mille francs au cardinal de Noailles pour régaler ce capucin, qui dans le carême qu'il nous prêcha eut toujours à sa table quatre capucins d'aussi bon appétit que lui. »

Le P. Séraphin devint en 1700 suspect de quiétisme, comme nous l'avons dit, et l'archevêque de Paris lança contre lui un interdit ^

1. On raconte que le P. Séraphin apostropha un jour du haut de la chaire, dans la chapelle de Versailles et devant toute la cour, l'ahbé de Fénelon , le futur archevêque de Cambrai, que son sermon avait endormi.

2. Voyez la Correspondance de Fénelon, tome IX, p. [2, et tome XI, p. ^5 et suivantes.

Depuis trente années on prête Voreille aux rhéteurs, .... aux ènumérateurs....

« .... Les auditeurs éclairés, dit Brillon (p. SSg), ne confient pas indifféremment le soin de leur salut : ils veulent de l'esprit dans la morale, de l'éloquence dans le ministre. Un C... {capucin) ne leur prêcheroit que l'Evangile : ils le laissent au peuple. Bientôt le peuple n'en voudra plus'. Il donne déjà dans le portrait, aime l'antithèse, ambitionne enfin de se sauver à la manière des nobles et des beaux esprits. Les marguilliers veulent à leur tour des ènumérateurs ; par précaution on les retient pour le carême de lyoS, pour l'avent de 1704. L'église est étroite, bornée à des marchands; au reste la chaire est bonne, elle est lucrative; sur cela Théocr'ite se détermine, il se promet, engage sa parole, fût-il curé ou prélat*.... »

Page a25, n° 8. — Cest avoir de l'esprit.... (1687.)

Clefs de 1696 et de 1700 : <r C^est avoir de V esprit.... Feu M. l'abbé Bouin, le P. Soanen, le P. de la Roche, de l'Oratoire, et autres. »

Les clefs du dix-huitième siècle appliquent la première phrase à l'abbé Fléchier ou aux pères Senaut, la Roche et autres ; la seconde au P. Soanen, « grand prédicateur, prêtre de l'Oratoire, évêque de Senez en 1695. »

Sur l'abbé Bouin, voyez ci-après, note vi, p. 421 et 422.

Le P. Soanen ^ était, au dire de le Gendre^, « le plus éloquent » des prêtres de l'Oratoire. « Très-éloquent, mais peu solide, dit-on de lui dans une note du Chansonnier Maurepas (tome V, p. 802), d'ailleurs agréable prédicateur, et fort suivi à cause de l'agrément de ses sermons. Sa morale étoit sévère, de même que celle de M. le Tour-

1. On verra dans la note suivante que déjà en 1692 les paroissiens de Versailles estimaient peu les sermons à la capucine du P. Séraphin.

Page 1