‹ Œuvres de La Bruyère (volume 4)Chapitre 188 sur 257 · Mercure galant de juin lëgS, p. 269 et suivantes · texte numérisé non relu

Mercure galant de juin lëgS, p. 269 et suivantes

La Bruyère, ii 28

La Préface du Discours de la Bruyère répond tout à la fois à la diatribe du Mercure^ aux méchants propos de ses adversaires, les Théobaldes^ et même un peu aux chansons. Les Théohaldes^ nous les avons déjà nommés, du moins les principaux : Théohalde est Fontenelle ; les Théohaldes ^ Fontenelle, Thomas Corneille et Visé. « Il est évident, dit justement l'abbé ïrublet dans ses Mémoires sur Fontenelle (p. 225), qu'en plus d'un endroit l'auteur [de la Préface) a en vue M. de Fontenelle, aussi bien que M. de Visé et Thomas Corneille*. »

Les Théobaldes n'étaient pas les seuls mécontents : « Il est vrai, dit l'abbé d'Olivet^, que le discours de la Bruyère déplut beaucoup. Ceux même qu'il avoit le plus loués s'en plaignirent, par considération pour ceux qu'il avoit laissés dans l'oubli. » Tel est le souvenir que d'Olivet recueillait au dix-huitième siècle, et les lettres que, peu de jours après la séance, Bourdelot et Galland écrivaient à l'abbé Nicaise^ montrent que d'Olivet était bien renseigné : « Vous aurez appris, dit Bourdelot, la réception à l'Académie de M. l'abbé Bignon, qui fit assez bien, et de M. de la Bruyère, auteur des Caractères^ qui fit très-mal, à ce que tout le monde dit. »

Entre autres accusations, les critiques de la Bruyère prétendaient voir une allusion satirique dans le quatrième alinéa :

1. « Dans son discours, dit encore l'abbé Trublet (p. 225), M. de la Bruyère loua, peignit et caractérisa parfaitement bien tous ceux des académiciens qui avoient alors quelque réputation. Il n'y a pas un mot pour M. de Fontenelle. Cependant, je le répète, ce discours fut prononcé en 1693, et dès lors M. de Fontenelle avoit fait ses Dialogues^ ses Églogues^ VHistoîre des oracles, la Pluralité des mondes f etc. Dans le temps ce silence fit peut-être quelque tort à M. de Fontenelle ; aujourd'hui il n'en peut faire qu'à M. de la Bruyère.» Ainsi donc, s'il faut voir en Trublet l'interprète fidèle des rancunes de son oncle, Fontenelle ajoutait un grief personnel à celui qu'il tirait du parallèle de Corneille et de Racine. A la vérité, Fontenelle n'a pas eu son caractère dans le Discours, mais il est inexact de dire qu'il n'y ait pas un mot pour lui : voyez ci-après, p. 465.

2. Catalogue de la vente des autographes de M. Parison (1864), p. 68, n® 491? lettre du 16 mars lySS.

3. Lettres du 24 et du 26 juin 1698 (Bibliothèque impériale, Manuscrits, Fonds français, no 936o, lettre 83, n» 9363, lettre 90). — Voyez toutefois ci-après, p. 4^2, note 4.

« Comparez-vous, si vous l'osez, au grand Richelieu, hommes dévoués à la fortune, qui par le succès de vos affaires particulières, vous jugez dignes que l'on vous confie les affaires publiques; qui vous donnez pour des génies heureux et pour de bonnes têtes; qui dites que vous ne savez rien, que vous

n'avez jamais lu, que vous ne lirez point » Nous ne saurions

dire à qui l'on faisait les « applications délicates et dangereuses » dont se plaint la Bruyère dans la Préface^. Serait-ce à Louvois? Les auteurs des clefs le nomment en regard d'une remarque datée de 1689, où la Bruyère parle des bonnes têtes et des fermes génies qui ne lisent jamais (voyez ci-dessus, p. 33 et 34, n° 67) ; mais lors même que la remarque de 1689 serait une allusion à Louvois (et la conjecture des clefs est peu vraisemblable devant l'explication toute naturelle que l'auteur donne ici d'une réflexion du même genre) , comment admettre que cinq ans plus tard, et trois ans après la mort de Louvois, la Bruyère vienne répéter la même accusation en. présence de l'Académie ? Ne cherchons pas, à défaut de Louvois, de quel autre homme d'Etat il peut être question. A notre avis, il ne faut voir dans cette apostrophe qu'une protestation faite au nom de la littérature contre les dédains des gens d'affaires.

Sans anticiper sur les détails que contient la Préface du Discours^ sans revenir sur ceux que donne la Notice biographique^ rappelons seulement que l'Académie refusa d'accéder au désir de ceux qui voulaient qu'elle empêchât la Bruyère de publier son discours in extenso^ suivant l'usage académique : le parallèle de Corneille et de Racine, qui était le passage dont l'on demandait la suppression, fut imprimé sans changement dans l'édition qui parut en juillet 1693, chez Coignard, libraire de l'Académie'*, aussi bien que dans celle que Michallet, libraire de la Bruyère, mit en vente la même an-

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