Voyez le Lexique ^ au mot Qui
DE L'HOMME. Ai
Toute jalousie n'est point exempte de quelque sorte tV envie, et souvent même ces deux passions se confondent. L'envie au contraire est quelquefois séparée de la jalousie : comme est celle qu'excitent dans notre àme les conditions fort élevées au-dessus de la nôtre, les grandes fortunes, la faveur, le ministère, (éd. 5.)
L'envie et la haine s'unissent toujours et se fortifient Tune l'autre dans un même sujet; et elles ne sont reconnoissables entre elles qu'en ce que l'une s'attache à la personne, l'autre à Tétat et à la condition, (éd. 5.)
Un homme d'esprit n'est point jaloux d'un ouvrier qui a travaillé une bonne épée, ou d'un statuaire qui vient d'achever une belle figure. Il sait qu'il y a dans ces arts des règles et une méthode qu'on ne devine point, qu'il y a des outils à manier dont il ne connoît ni l'usage, ni le nom, ni la figure; et il lui sufïit de penser qu'il n'a point fait l'apprentissage d'un certain métier, pour se consoler de n'y être point maître. Il peut au contraire être susceptible d'envie et même de jalousie contre un ministre et contre ceux qui gouvernent, comme si la raison et le bon sens, qui lui sont communs avec eux, étoient les seuls instruments qui servent à régir un Etat et à présider aux afFaires publiques , et qu'ils dussent suppléer aux règles, aux préceptes, à l'expérience \
I. M. Hémardinquer a rapproché de cette réflexion, ainsi que de la réflexion n^ lo du chapitre du Mérite personnel (tome I, p. i53), le passage des Mémorables de Xénophon (livre IV, chapitre ii, 6) ou Socrate « se raille des ambitieux qui se croient capables de tout, parce qu'ils ne savent rien. » — « C'est une chose admirable, dit Socrate {nous ne citons que la p,n du morceau^ tel que le traduit^ avec une certaine liberté ^ M. Hémardinquer)^ que ceux qui veulent passer pour habiles sur la cithare, sur la flûte, en équitation ou en quoi que ce soit , travaillent sans cesse , se fatiguent et souffrent pour savoir leur métier, et non pas tous seuls, maÎB auprès de ceux qui passent
86. L'on voit peu d'esprits entièrement lourds et stupides; l'on en voit encore moins qui soient sublimes et transcendants. Le commun des hommes nage entre ces deux extrémités. L'intervalle est rempli par un grand nombre de talents ordinaires, mais qui sont d'un grand usage, servent à la république , et renferment en soi Tutile et l'agréable ; comme le commerce, les finances, le détail des armées, la navigation, les arts, les métiers, l'heureuse mémoire, l'esprit du jeu, celui de la société et de la conversation \
87. Tout l'esprit qui est au monde est inutile à celui qui n'en a point : il n'a nulles vues, et il est incapable de profiter de celles d'autrui. (éd. 4-)
88. Le premier degré dans l'homme après la raison, ce seroit de sentir qu'il l'a perdue; la folie même est incompatible avec cette connoissance. De même ce qu'il y auroit en nous de meilleur après l'esprit, ce seroit de connoître qu'il nous manque. Par là on feroit l'impossible : on sauroit sans esprit n'être pas un sot, ni un fat, ni un impertinent, (éd. 5.)
89. Un homme qui n'a de l'esprit que dans une certaine médiocrité est sérieux et tout d'une pièce; il ne rit point, il ne badine jamais, il ne tire aucun fruit de la bagatelle; aussi incapable de s'élever aux grandes choses que de s'accommoder, même par relâchement,
pour les maîtres, dont le suffrage impose et donne la réputation ; et que nos grands politiques, qui veulent nous persuader et nous gouverner, s'imaginent devenir subitement capables de tout, d'instinct, sans étude et sans préparation. »
I. Var. (édit. 1-4) : les métiers, le bon conseil, l'esprit (]n jVu, celui de société et de la conversation.
des plus petites, il sait à peine jouer avec ses enfants*,
(bd. 4.)
Tout le monde dit d'un fat qu'il est un fat ^ ; personne 90, n'ose le lui dire à lui-même : il meurt sans le savoir, et sans que personne se soit vengé.
Quelle mésintelligence entre l'esprit et le cœur! Le 91. philosophe vit mal avec tous ses préceptes, et le politique rempli de vues et de réflexions ne sait pas se gouverner. (ÉD. 4-)
L'esprit s'use comme toutes choses; les sciences sont 92. ses aliments^, elles le nourrissent et le consument.
Les petits sont quelquefois chargés de mille vertus inu- 93, tiles; ils n'ont pas de quoi les mettre en œuvi^e.
Il se trouve des hommes qui soutiennent facilement 94 • le poids de la faveur et de l'autorité, qui se familiarisent avec leur propre grandeur, et à qui la tête ne tourne point dans les postes les plus élevés. Ceux au contraire que la fortune aveugle, sans choix et sans discernement,
1 . « l'aime une sagesse gaye et cîuile, et fuys l'aspreté des mœvirs et Pausterité, ayant pour suspecte toute mine rebarbatifue,
Trîstemque vultus tetrici arrogantiam..,.
.... Soerates eut un visage constant, mais serein et riant; non fasclieusement constant comme le vieil Crassus, qu'on ne veit iamais rire. La vertu est qualité plaisante et gaye. » (Montaigne, livre III, chapitre v, tome III, p. 272 et 273.)