Siège soutenu par Vienne en i683 contre les Turcs
4. Le comte Emeric Tœkœly, chef de l'insurrection hongroise contre l'Autriche depuis 1672, était prisonnier des Turcs, ses alliés, au moment où la Bruyère écrivait cette lettre.
5. Siège commencé le 14 juillet 1684 par les troupes impériales, et levé le i^^" novembre suivant. Bude resta au pouvoir des Turcs jusqu'au a septembre 1686.
LA BRUYÈRE A CONDË.
Monseigneur,
J'ai été présent aux trois dernières leçons de M. Sauveur*, et je puis assurer Votre Altesse Sérénissime qu'elles se passèrent avec assez d'application de la part de Monsieur le duc de Bourbon, et qu'il me parut entrer aisément dans toutes les choses dont il s'agissoit : il entendra toujours sans peine tout ce qui est de pure pratique, ou du moins ce où il y a plus de pratique que de spéculation. Il étoit question la dernière fois delà proportion des figures planes entre elles prise de leur hauteur et de leur base, et il verra la première fois quelle est la mesure des figures planes. Il me paroît que la méthode de M. Sauveur est la bonne, qu'il n'y a rien de superflu , et que tout y tend à une connoissance exacte de tout ce qui prépare à la fortification. Sur mon fait, je suis content de l'attention de Son Altesse; la distraction diminue de jour à autre, et elle m'a promis aujourd'hui de s'en corriger entièrement et de ne pas perdre le moindre moment destiné à nos études : c'est sur quoi je m'opiniàtre et ne me rends point. Nous lûmes hier les Principes de M. Descartes, où nous marchons lentement. Je n'oublie point la fable, ni les gouvernements, que je mêle toujours avec la géographie, et ne rêve du matin au soir
I. Joseph Sauveur, célèbre géomètre, né en i653, mort en 1716. Condé, qui l'avait vu en 1681, à Chantilly, où il était venu pour assister Mariotle dans ses expériences hydrostatiques, l'avait pris en affection. Sauveur devint en 1686 professeur au Collège royal, et entra en 1696 à l'Académie des sciences.
qu'aux moyens de lui être utile, et à lui rendre ses études moins amères, prévenu d'ailleurs que ce sont là vos intentions ; car je suis avec toute la soumission et la déférence que je vous dois, Monseigneur,
de Votre Altesse Sérénissime
le très-humble et très-obéissant serviteur,
Delabruyère.
Ce 6. avril [i685], à Versailles.
Au dos : A Son Altesse Sérénissime Monseigneur le Prince; et de la main d'un secrétaire : M. de la Bruyère.
LA BRUYÈRE A CONDÉ
Monseigneur,
Je continue, selon vos ordres, de vous écrire des études de Monsieur le duc de Bourbon : elles vont de manière que Votre Altesse peut en être contente; je le suis assez de son application, surtout à l'histoire, où il me semble qu'il prend quelque goût et s'intéresse plus que jamais aux événements. Il en est, sur Charles VIII, à ses guerres d'Italie, que nous finirons bientôt; je lui fais redire de suite les choses qu'il a écrites et que je lui ai expliquées, comme vous faisiez les soirs à Chantilly. J'espère qu'il vous rendra aussi bon compte des vies de ce roi et de Louis XII son successeur, comme il a fait de celle de Louis onzième, et que vous serez encore satisfait de lui
sur ce qui concerne la géographie et ses autres études; car son esprit s'ouvre et se forme de jour à autre, comme sa taille, qui s'embellit extraordinairement : il croît beaucoup, et tout le monde le remarque*.
Je viens de trouver une méprise dans l'exemplaire de la traduction dont j'ai envoyé une copie à Votre Altesse, qui a dû l'y apercevoir mieux que personne du monde ; car c'est dans l'article de Ferdinand III, où par une transposition de mots qui est échappée^ à ma plume, je fais la bataille de Nortlingue que ce prince gagna, en i634, contre les Suédois et les princes protestants, postérieure à une autre qui est de votre connoissance^. Je demande mille pardons à Votre Altesse de cette négligence qui lui convient si peu, et vous proteste que je ne laisse pas d'être avec toute l'attention et tout le respect imaginable,
Monseigneur,
de Votre Altesse Sérénissime
le très-humble et très-obéissant serviteur,
Delabruyère.
Ce i4 avril [i685], à Versailles.
1. Le duc de Bourbon était alors très-petit, et i' devait rester « très-considérablement plus petit que les plus petits hommes, » suivant l'expression de Saint-Simon {Mémoires^ tome VIIT, p. 122). On savait faire plaisir à Condé en lui annonçant que son petit-fîls grandissait, ou encore en lui faisant un compliment sur sa taille. Le P. Alleaume, lui rendant compte, le 7 janvier i685, de la visile qu'avait faite le P. la Chaise au duc de Bourbon, n'oubliait pas de lui répéter ce que ce Père avait dit à ce sujet en l'emmenant dîner avec lui : oc Pendant tout le chemin, il ne nous parla [le P. du Rosel était de la partie) que des bonnes qualités de M. le duc de Bourbon, disant qu'il le trouvoit crâ, bien fait^ honnête et judicieux. » (^Archives de Mgr le duc d'Aumale.)