‹ Œuvres de La Bruyère (volume 4)Chapitre 209 sur 257 · Dans l'autographe de la Bruyère, il y a cm, sans accord · texte numérisé non relu

Dans l'autographe de la Bruyère, il y a cm, sans accord

2. Ici, et ci-après, lettre vi, p. 4^7? la Bruyère écrit mecredî.

très-bon effet. Je suis avec tout rattachement et tout le respect que je dois, Monseigneur,

de Votre Altesse Sérénissime

le très-humble et très-obéissant serviteur,

Delabruyère.

Ce samedi 7. juillet [i685], à Versailles.

Au dos : A Son Altesse Sérénissime Monseigneur le Prince; et d'une autre main : M. de la Bruyère^ 7 juil^ let i685.

LA BRUYÈRE A CONDÉ

Monseigneur,

Conformément au dernier projet de Votre Altesse Sérénissime, je fais voir à Monsieur le duc de Bourbon, les lundi, mardi et mercredi, la géographie jointe aux gouvernements; le jeudi, vendredi et samedi, l'histoire avec les généalogies; le dimanche, l'histoire encore et la fable. Je lui ferai connoître, aujourd'hui lundi, les pays héréditaires de la maison d'Autriche, que nous avions laissés pour passer plus vite au royaume d'Hongrie , dont vous m'aviez commandé de l'instruire préférablement à tout le reste : il le sait assez bien*, il est capable d'entendre parler des nouvelles de ce pays-là et d'en parler luimême. Je lui ferai lire encore ces trois premiers jours-ci tout ce qui concerne la maison du Roi dans le petit livre de VEtat de la France^ pour passer ensuite à la connois-

sance des cercles de T Allemagne, des divers collèges, de la chambre de Spire, du conseil aulique, et de tout ce qui regarde le gouvernement de l'Empire, dont j'essayerai de le rendre fort instruit ; il a vu et écrit de Louis XIP sa conquête de l'État de Milan, celle du royaume de Naples, et est ainsi précisément à la moitié de la vie de ce prince. Les maisons de Saxe, d'Holstein, de Stuart, de Lorraine, de Savoie, de Luxembourg, de Montmorency, sont celles à mon gré qui lui sont encore nécessaires à savoir, et auxquelles je m'appliquerai dès jeudi prochain. La fable va grand train à l'ordinaire, et l'application de Son Altesse est telle que je crois devoir vous assurer que j'en suis content ; toutes les études commencent à marcher comme à l'ordinaire. J'assiste aux leçons de M. Sauveur, et il me semble que Monsieur le duc de Bourbon entendra fort bien la fortification : il en est encore aux principes.

Si j'assistois aux fêtes, je vous en rendrois un compte exact, et de la danse de Son Altesse et de tout le reste ; je n'en ai vu aucune, et crois ainsi être disculpé, à l'égard de Votre Altesse, des plaintes que l'on me dit qu'elle fait sur cela ^: je voudrois de tout mon cœur avoir mille en-

i . Les fiançailles du duc de Bourbon et de Mademoiselle de Nantes s'étaient faites le 28 juillet; le mariage, le 24. Sans parler du divertissement qui eut lieu le 23 chez Condé, venu à Versailles pour plusieurs jours à l'occasion du mariage, il y avait eu le jeudi souper chez le Dauphin, le samedi 28 petit ballet à Marly, le dimanche 29 une grande fête à Saint-CIoud chez le duc d'Orléans, avec bal, comédie, etc. Mais ces fêtes ne sont peut-être pas celles dont parle la Bruyère, puisque Condé était à Versailles quand elles eurent lieu. S'il s'agit de fêtes données au mois d'août, la Bruyère, qui avait perdu sa mère le 3 août, n'avait pu y assister à cause de son deuil. — Le mariage du duc de Bourbon ne mit pas lin a ses leçons, et la duchesse de Bourbon prit aussi , mais à des heures différentes, des leçons auprès des maîtres de son mari. Les jeunes époux, en raison de leur âge, continuèrent d'ailleurs à vivre séparément jusqu'au 2 5 avril 1686.

droits par où marquer avec quel zèle, quel attachement et quel profond respect je suis, Monseigneur,

de Votre Altesse Sérénissime

le très-humble, très-fidèle et très-obéissant serviteur ,

Delabruyère.

Lundi i3. août [i685], à Versailles.

Au dos , d'une autre main : M. de la Bruyère , i3 août i685.

LA BRUYÈRE A CONDÉ'

Monseigneur,

Je viens de finir avec Monsieur le duc de Bourbon l'expédition de Louis XII à Naples et la conquête de tout ce royaume. Comme je sais que Votre Altesse Sérénissime veut que je l'instruise des motifs des guerres [et^] des fautes des princes ou de leur bon conseil, et que sans cela même l'histoire n'est qu'une simple gazette, je lui ai fait voir aujourd'hui comment le parti que ce roi

1. CeUe lettre est la seule que nous ayons transcrite nous-même. Guidé par une indication de M. Floquet, nous l'avons trouvée, il y a quelques mois, dans les archives de Mgr le duc d'Aumale, pendant un voyage que nous avons fait en Angleterre. Il a déjà été dit, dans VJvertissemetil qui est en tête du tome I , comment nous avions reçu de Son Altesse Royale la copie des autres, revisée avec un tel soin que toute collation nouvelle eût été superflue.

2. Les mots que nous mettons ici entre crochets sont ceux qui, placés à la lin des lignes, n'ont guère pu être que devinés, la reliure du volume ne permettant pas de les lire entièrement.

;iJqo lettres»

prit d'entreprendre cette guerre avec Ferdinand, roi des Espagnes, à frais communs, et de partager avec [lui] la conquête de Naples, où il pouvoit réussir lui seul, après celle [de] l'Etat de Milan, qu'il venoit de faire, et la ruine de Ludovic, qu'il tenoit prisonnier à Loches, a attiré les Espagnols dans l'Italie, et a fait dans la suite qu'ils en sont demeurés les maîtres et le sont encore, après en avoir chassé les François, Son Altesse a paru entrer dans ces raisons, qu'il a toujours aimées* autant ou plus même que les simples [faits]. Son attention est toujours de manière à devoir vous écrire. Monseigneur, que j'en suis content et que vous devez l'être. Nous continuerons demain l'histoire avec la fable, où je suis d'avis de le faire beaucoup avancer parce que l'usage en est toujours présent et ordinaire. Les trois jours suivants nous verrons la géographie, et je suivrai inviolablement la méthode de lui faire apprendre les noms par cœur. Rien enfin ne sera oublié de ce que je sais que Votre Altesse exige de moi, n'ayant point à cette heure de passion en la tête plus violente que celle de vous contenter.

Je n'ai pu entendre l'oraison funèbre de Monsieur de Meaux, à cause de l'enterrement de ma mère, qui se rencontra le jour même de cette cérémonie^. Je vous

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