Elle a été imprimée en effet chez Mabre-Cramoisy en
3. Ce dernier mot a été écrit à la place d'un autre, que la Bruyère a gratté.
4. Les Révérends Pères jésuites du Rosel et Alleaume, chargés avec
Au dos, d'une autre main ; M. de la Bruyère^ i8 août i685.
LA BRUYÈRE A CONDÉ
Ce 2 octobre [i685], à Fontainebleau.
Monseigneur ,
Hier lundi, le matin et le soir, je fis étudier Monsieur le duc de Bourbon; j'ai fait la même chose aujourd'hui. Ainsi depuis dimanche au soir j'ai eu avec Son Altesse quatre longs entretiens sur l'histoire de Louis XII, qui s'achemine par là vers sa fin. Elle m'envoie quérir dès qu'elle a le moindre intervalle qu'elle peut donner à ses études, et me tient fidèlement la parole que j'ai eue^ d'elle à Chambord, qu'elle remplaceroit ici le temps perdu à la chasse et aux divertissements, en m'accordant toutes les heures qu'elle auroit de libres à Fontainebleau ^ . Je dois donc assurer Votre Altesse Sérénissime que tout commence fort bien ici, et qu'il y a même lieu d'espérer
la Bruyère de l'éducation du duc de Bourbon. Ici la Bruyère écrit ; « les R. P. » ; plus loin {lettre x, p. 49^) il écrira : « les RR. Pères. »
I. Il y a : oc que j'ai eu d'elle, » sans accord, dans l'autographe.
a. La cour avait passé vingt jours du mois de septembre à Chambord, du 7 au 27. La Bruyère y suivit son élève; mais la plupart des journées étaient données à la chasse, et les leçons étaient rares. Aussi Condé, qui, le i3 septembre, avait écrit de Chantilly à son fils pour le féliciter d'avoir réglé les études de son pelit-fils et lui dire son contentement de l'application de ce dernier, écrivait-il, trois jours plus tard, à Monsieur le Duc : « Je ne puis m'empêcher de vous témoigner qu'il me revient de tous les côtés que votre fils va tous les jours à la chasse. J'appréhende que ce violent exercice, et particulièrement la chasse du loup, qui est la plus violente du monde, ne le fasse malade. Prenez-y
que la fin répondra au. commencement. Nous en sommes présentement à la révolte des Génois, à leur punition et à l'entrée du roi Louis XII dans leur ville : cela me donne l'occasion d'entretenir Monsieur le duc de Bourbon de la république de Gênes, de lui en faire l'histoire dès son premier établissement jusques à ses dernières soumissions à Versailles, dont nous avons été les témoins*. Si ces sortes
garde, [cela*] l'empêche d'étudier. Il deviendra un fort bon veneur, mais ignorant dans tout ce qu'il faut qu'il sache. C'est à vous à y remédier et à songer à sa vie, à sa santé et à sa bonne éducation. Je vous prie de n'attendre pas à y remédier quand il ne sera plus temps. )) Puis le 23 septembre : « J'ai reçu votre lettre du 20. septembre.... Je vois bien que ce qu'on vous mande sur votre fils ne \ous plaît pas. Je me dispenserai à l'avenir de vous en rien mander, jusqu'à ce que vous le trouviez bon. Vous me mandez qu'il n'a été qu'une fois à la chasse du loup. On m'avoit mandé qu'il y a été deux fois, et au cerf et au sanglier quatre jours de suite. Je n'ai rien trouvé à redire à celles du Roi, au contraire; mais à celles du loup beaucoup. Je sais bien qu'il peut lui arriver des accidents aussi bien qu'à vous, mais il en peut arriver plutôt quand on y va plus souvent, et quand ce sont des chasses au courre depuis le matin jusques au soir. Je sais bien aussi que quand on y va tons les jours on n'étudie point**, et qu'outre les accidents, il est bien difficile de ne pas tomber malade. Mais comme cela vous regarde de plus près que moi, aussi bien que le soin de son éducation, vous ferez de vousmême les réflexions que vous jugerez à propos, et je me dispenserai de vous en rien dire jusqu'à ce que vous m'en priiez. » {Archives de Mgr le duc d'Àumale.) — Les chasses du loup (ou du sanglier) étaient les chasses que faisait presque tous les jours le Dauphin. Le Roi d'ordinaire courait le cerf le matin; il suivait la chasse en calèche, et les princes étaient à cheval. Après dîner, Louis XIV tirait dans le parc. — La cour, partie de Chainbord le 27 septembre, arriva le 3o à Fontainebleau. Le Roi donna au duc de Bourbon le logement qu'avait précédemment occupé M. de Bouillon, et la Duchesse fut placée dans celui du maréchal de Villeroy. (Journal de Dangeau, tome I,p. 225.) I. C'est au mois de mai i685 que le doge de Gênes, accompagné
* Nous suppléons ce pronom, qui est très-probablement le mot que la reliure du volume empêche de lire.
** Ne est omis. L'autographe porte : 0: on étudie point. » — Quatre lignes plus bas, il y a priez, pour priiez.
de digressions ne déplaisent point à Votre Altesse, je continuerai de faire ainsi de chaque Etat, royaume ou république, que je lui expliquerai en détail, mais pourtant fort succinctement et sans retarder le cours de notre histoire ordinaire et qui fait la marche de nos études. Il a présentement assez d'application, et telle que j'en suis content. Dès que je le serai moins, vous en serez aussitôt averti; je le lui fais entendre ainsi de temps en temps pour me faire écouter. Je ne désire rien au monde plus fortement que de pouvoir lui être utile par mes soins, et vous persuader que je suis avec tout le respect que je dois,
Monseigneur,
de Votre Altesse Sérénissime
le très-humble et très-obéissant serviteur,
Delabruyère.
Au dos : A Son Altesse Sérénissime Monseigneur le Prince^ a Chantilly.
de quatre sénateurs, était venu faire à Versailles les soumissions qu'avait exigées Louis XIV. Le duc de Bourbon était à côté de son père, le jour où ce dernier reçut la visite du Doge : cette visite eut lieu le 14 mai.
LA BRUYÈRE A CONDÉ
Ce ....* au soir, à Fontainebleau.
Monseigneur ,
11 y a trois jours que nous avons achevé d'écrire la vie de Louis XII; je la répète encore une fois à Monsieur le duc de Bourbon, afin qu'il la sache mieux. Je ne le ferai plus écrire et commencerai à lui faire lire les mémoires à François I, pour suivre cette pratique dans les suivants jusqu'à celui-ci. J'assure Votre Altesse Sérénissime qu'il est appliqué et que j'en suis content. Il apprend par cœur les généalogies et la géographie. Je suis avec un profond respect,
Monseigneur,
de Votre Altesse Sérénissime
le très-humble et très-obéissant serviteur,
Delabruyère.
Au dos : ^ Son Altesse Sérénissime Monseigneur le Prince^ à Chantilly.
I, Une déchirure a enlevé une partie de la date.
LA BRUYÈRE A CONDÉ
Monseigneur ,
Je crois que Votre Altesse Sérénissime est informée que les études de Monsieur le duc de Bourbon sont fort régulières à Fontainebleau. M. Sauveur travaille avec lui tous les matins, depuis dix heures jusques à onze; les Révérends Pères ^ et moi alternativement tous les matins, depuis onze heures jusques à midi et demi. J'ai outre cela toutes les après-dînées, où je travaille deux heures, depuis trois jusques à cinq, avec Son Altesse : ces après-dînées sont consacrées à l'histoire; et les matins, un jour à la géographie jointe aux gouvernements, l'autre jour aux généalogies et à la fable : cela sans interruption, ainsi que Monsieur le Duc Fa ordonné. Nous parlâmes hier, dans notre entretien de Faprès-dînée , de la bataille de Ravenne, et ainsi nous voilà à la fin de la vie de Louis XIL Je lui fais toujours répéter la Flandre, l'Allemagne , la France , la Hongrie , afin qu'il retienne mieux des choses si essentielles et qu'il sache les noms par cœur. Il saura à la fin de ce mois les généalogies des maisons de haute Bavière, Palatine, et les deux Aulriches, et ira bien avant dans les Métamorphoses^ . Il a pour tout cela une application dont je suis content, qui va encore s'accroître par le désir qu'a Son Altesse Monsieur le Duc^ de lui faire répéter de temps en temps : la