Voyez tome I, p. 89; p. 4^: ^t i^ot^ i '■> P* 5o
* N'aurait-on pas confondu avec )(^ l'abréviation du groupe a}(, qui ne diffère du y^ que par une petite boucle initiale? Ou bien est-ce la Bruyère que cette abréviation a trompé ?
LETTRES. 5o(^
celui du Diseur de rlen^ en grec -jrspl " XZoXz^j-^mq^ où ma traduction, si vous prenez la peine de la lire, doit vous paroître conforme à l'original; car étant certain que les grandes Bacchanales ou les Dionysiaques se célébroient au commencement du printemps, qui est le temps propre pour se mettre en mer, il me semble que j'ai pu traduire : // dit quau printemps, ou commencent les Bacchanales, la mer devient nai^igahle, d'autant plus que ces mots : TYiv BaXaTxav Iy. Atovutjiwv 7r)^ojï[jt,ov sïvat, peuvent fort bien signifier que la mer s'ouvroit, non pas immédiatement après que les Dionysiaques étoient passées, mais après qu'elles étoient commencées, et je crois lire ce même sens dans le commentaire de Casaubon et dans quelques autres scoliastes^ : de sorte. Monsieur, que je crois vous faire ici un long verbiage ou tomber moimême dans le babil, et que vous vous êtes déjà aperçu que le chapitre où vous avez lu pour titre : du Babil ou du Grand parleur^ et que vous avez pris pour celui Trept 'ASoXsaj^iaç, a fait toute la méprise.
Pour ce qui regarde Socrate^, je n'ai trouvé nulle part
î. Nous comprenons que ce passage de la traduction : a // dit qiCau printemps, ou commencent les Bacchanales^ etc., » n'ait pas entièrement satisfait Ménage. Le sens est bien entendu, mais le tour employé pour le rendre ne l'exprime pas avec une très-nette exactitude. L'addition du mot printemps, qui n'est point dans le grec, est conforme à l'explication donnée par Casaubon, qui parle dans son commentaire des deux fêles de Bacchus, célébrées l'une au commencement du printemps, l'autre à l'automne, et qui dit que c'est delà première évidemment qu'il est ici question. La version latine de Casaubon : Mare statim a Dionysiispatere jiavibus, est bien conforme à ce qu'il ajoute dans son commentaire sur la valeur de la préposition Ix et à ces mots de notre lettre (où la Bruyère se rapproche plus du grec que dans sa traduction) : « Que la mer s'ouvroit.... après qu'elles [les Dionysiaques) étoient commencées. ))
2. Voyez ci-dessus, p. 107 et 108, n" 66, la réflexion à laquelle s'appliquait la critique de Ménage. Il lui avait déplu que la Bruyère
5io LETTRES.
qu'on ait dit de lui en propres termes que c'étoit un fou tout plein d'esprit : façon de parler à mon avis impertinente, et pourtant en usage, que j'ai essayé de décréditer en la faisant servir pour Socrate, comme Ton s'en sert aujourd'hui pour diffamer les personnes les plus sages, mais qui s'élevant au-dessus d'une morale basse et servile, qui règne depuis si longtemps, se distinguent dans leurs ouvrages par la hardiesse et la vivacité de leurs traits et par la beauté de leur imagination. Ainsi Socrate ici n'est pas Socrate : c'est un nom qui en cache un autre. Il est vrai néanmoins qu'ayant lu l'endroit de Diogène que vous citez*, et l'ayant entendu de la manière que vous
semblât n'avoir pas tenu compte, en écrivant cette remarque, de l'une de ses observations sur Diogène de Laërte. Les Observations de Ménage, imprimées à Paris en i663, à un très-petit nombre d'exemplaires, avaient paru en 1664 a Londres dans l'édition in-folio des OEuvres de Diogène de Laërte (grec et latin). Augmentées par l'auteur, elles furent réimprimées dans l'édition de Diogène de Laërte qui fut publiée à Amsterdam en 1692 (2 volumes in-4°). Cette édition, longuement préparée, était peut-être déjà sous presse lorsque Ménage fit part à la Bruyère des critiques auxquelles ce dernier répond dans cette lettre.
I. L'endroit dont il s'agit est celui-ci : 'EpwTrjOslç uTrd Ttvo;* ce Iloîéç liç aot, Aiéysveç, So/et SwxpdcT/]; 5 » sItts, « Matvdfjievoç. » (Diogène de Laërte, Fie de Diogène, VI, 54.) Voici la remarque que Ménage écrivit sur cette phrase, et qui était répétée dans la lettre à laquelle répond la Bruyère : Cum primum in hune locum incidiy existi' mabam hoc de Socrate dictum Diogenis stotovr/wç accipicndum : ahsit enim ut credam Diogenem serio lociitiim, cum Socratem, omnis philosophise parentem^ qiùque hominum sapientissimus ah oraculo est judicatus^ furentem appellavit. Deinde cum hœc verba in editione Basileejisl , in regio codice et in Florentino desîderari animadvertissem , additamentum esse non dubitavi. Et profecto ita est. Ea ad oram horum verhorum: nÂ(^ta)Voç 7r£p\ tSswV, etc.^ quœ proxime prxcessere, s cio lus quidam adnotaveratj sed non ut hodie leguntur. Scripserat quippe : 'EpwxrjOeiç u;r6 Tivoç, Plato scilicet, « lïotoç Ttç aoi Aïoyivy;? So/ef; — ScoxpaTr;?, efrre, « (j,aiv6{X£voç. » Ex quo postea imperiti librariiy qui hxc verba in textum recepere, fecerunt : « IIoujç x'iq aot, At6ysvsç, Boxet Swxpâcxrjçj )) cum de Diogenisy non de Platonis dictis hic ageretur. Hnhuit autem sciolus die
LETTRES. 5ii
dites vous-même que vous l'avez expliqué d'abord, et ayant encore, dans la Vie de Socrate du même Diogène Laërce, observé ces mots : DoX^àxtc; Se ptatoxspov h xaTç ÇiQTiqasat StaXsYOfi-svov xovSuX((^£(j6ai xal TrapaxiXXsaBat , to ttXêov T£ YsXaaOat xaTa^ppovoujxevov^ , et ayant joint ces deux endroits avec cet autre : ~Hv S' ixavo; xal tôjv gxojtctovtiov aÙTov uTTspopav^, j'ai inféré de là que Socrate passoit du moins dans l'esprit de bien des gens pour un homme assez extraordinaire , que quelques-uns alloient même jusqu'à s'en moquer, ainsi qu'Aristophane Fa fait publiquement et presque ouvertement dans ses Nuées; et que je pouvois par ces raisons faire servir le nom de Socrate à mon dessein. Voilà, Monsieur, tout le mystère, où je vous prie surtout de convenir que selon même votre observation, quoique très-belle, le [xatvofjLsvoç reste toujours un peu équivoque , puisque le grec dit ou que Diogène étoit comme Socrate qui deviendroit fou , ou comme Socrate lorsqu'il n'est pas en son bon sens^, et cette dernière traduction me seroit favorable. Voilà, Monsieur, toute la réponse que je sais faire à votre critique, dont je vous remercie comme d'un honneur singulier que vous avez
hoc Platonls de Dlogene dictinn ah JEl'iano^ cujus hœc siint verba (Variae historise, lih.XIF, cap. 33) : EiwOsi oé, cpaaiv, ô IIXdcTwv 7rsp\ Atoysvouç Xlystv 6ti |j.aiv6[j.cVo; ouxoç ScoxpdcTTjç sattv : solehat enim, ut vulgo fertur, de Dio<reve Plato dicere. illum esse Socratem furetitem.
1. Diogène de Laërte, Fie de Socrate, VI, 21. « Souvent, lorsqu'il discutait vivement, on lui donnait des coups de poing, on lui tirait les cheveux, et d'ordinaire on riait de lui avec mépris. »
2. Ibidem^ XI, 27. « Il était homme à négliger les railleries dont il était l'objet. »
3. Ceci n'est-il pas fort subtil, et peut-on dire qu'il y ait équivoque? Le vrai sens du passage grec, tel que Ménage le corrige, est, ce nous semble, que Diogène est « un Socrate en délire, un Socrate fou. » C'est la première signification proposée, mais d'une manière un peu louche , par la Bruyère : « comme Socrate qui deviendroit fou. »
5ii4 LETTRES.
fait à mon ouvrage des Caractères. M. l'abbé Reynier*, à qui je dois l'avantage d'être connu de vous, a bien voulu se charger de vous dire la raison qui m'a empêché de vous faire plus tôt cette réponse ; il vous aura dit aussi combien j'ai été sensible aux termes civils et obligeants dont vous avez accompagné vos observations, comme au plaisir de connoître que j'ai su par mon livre me concilier l'estime d'une personne de votre réputation. Je tâcherai de plus en plus de m'en rendre digne et de la conserver chèrement, et j'attends avec impatience l'occasion de mon retour à Paris , pour aller chez vous, Monsieur, vous continuer mes très-humbles respects.
Delabruyère.
Vendredi au soir, à Versailles.