‹ Œuvres de La Bruyère (volume 4)Chapitre 218 sur 257 · LA BRUYÈRE A SANTEUL · texte numérisé non relu

LA BRUYÈRE A SANTEUL

Ce jeudi matin, à Paris.

Voulez-vous que je vous dise la vérité, mon cher Monsieur? Je vous ai fort bien défini la première

I. Cette lettre a été publiée, en 1708, à la Haye, dans le SanteiiUliana (a® partie, p. ^o et 4i)>ct reproduite dans \q?, Lettres choisies de Messieurs de V Académie française sur toutes sortes de sujets^ avec la traduction des fables de Faerne par M. Perrault de V Académie française (Paris, J. B. Coignard, édition de 1708, p. 171; édition de 1725, p. 214) î dans les Nouvelles lettres familières et autres sur toutes sortes de sujets y etc., par René Milleran (édition de Bruxelles, 1709, p. 190 et 191); dans la Fie et les bons mots de M. Santeuil, etc. (Cologne, 172a, tome II, p. 44); dans le SantoUana publié par Dinouait en 1764 (p. 255), etc. Après avoir comparé le SanteidlUana de 1708 et les Lettres choisies, SLchexées d'imprimerie 3i janvier 1708, il nous a paru certain que la publication du SanteidlUana est antérieure à celle des Lettres, et que l'éditeur de ces dernières a extrait du Santeiiilliana une partie des lettres adressées à Santeul qui y étaient contenues. L'édition de 1708 des Lettres choisies semble être annoncée comme une seconde édition, puisque V Achevé d'imprimer , placé à la fin du volume, porte cette mention : « pour la seconde fois » ; mais nulle part nous n'avons trouvé la trace d'une édition antérieure. La traduction des Fables de Faerne avait été imprimée une première fois en 1699; une partie des lettres insérées dans le recueil des Lettres choisies avait paru soit dans l'édition de 1705 des Nouvelles lettres familières publiées par Milleran, soit dans le Santeiiilliana : on peut s'expliquer ainsi que Coignard ait présenté comme une seconde édition celle qui réunissait, dans un même volume, une traduction déjà imprimée et un recueil de lettres qui n'étaient pas toutes inédites. L'édition de 1709 des Nouvelles lettres familières est également annoncée comme une c nouvelle édition : » il avait bien paru en 1705,

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fois ^ : vous avez le plus beau génie du monde et la plus fertile imagination qu'il soit possible* de concevoir; mais pour les mœurs et les manières, vous êtes un enfant de douze ans et demi. A quoi pensez-vous de fonder sur une méprise ou un^ oubli, ou peut-être encore sur un malentendu, des soupçons injustes, et qui ne convenoient point aux personnes de qui vous les avez? Comptez*

sous le même titre, un recueil de lettres préparé par Milleran ; mais cette édition de lyoS, à laquelle ressemble fort peu celle de 1709, ne contient pas la lettre de la Bruyère, non plus qu'aucune autre qui soit adressée à Santeul. — C'est d'après le Santoliana que MM. Walckenaer et Destailleur ont reproduit la lettre de la Bruyère : le premier, en ajoutant aux fautes du texte, altéré en plusieurs endroits; le second, en intercalant quelques mots pour le rendre intelligible . M. Fournier en a donné dans sa Comédie de la Bruyère, tome I, p. 289 et 240, un texte rectifié d'après le SanteûilUana de 1708 et les Lettres choisies (édition de 1725). Nous publions, sauf indication contraire, le texte du SanteûilUana ^ c'est-à-dire celui que nous jugeons le plus ancien.

1. La Bruyère fait-il allusion au caractère de Théodas *, publié dans la 6^ édition? On l'a dit, et cette interprétation, si elle est exacte, assigne à la lettre une date postérieure à celle de la 6® édition, dont V Achevé d'imprimer est du i^r juin 1691. Mais en rappelant la définition qu'il a faite « la première fois » , la Bruyère ne semble-t-il pas se reporter à quelque conversation, ou plutôt à quelque lettre antérieure? Et le caractère de Théodas ne serait-il pas le développement de cette première définition de Santeul donnée à Santeul lui-même? S'il en était ainsi, la lettre serait antérieure à la publication de la 6® édition. Quoiqu'il en soit, elle a été écrite après la mort du grand Condé, alors que son fils prenait le titre de Monsieur le Prince, et que sa femme était appelée Madame la Princesse.

2. On lit dans toutes les anciennes impressions : o: qui soit possible de concevoir; » il est vraisemblable que la Bruyère a écrit ainsi.

3. Tel est le texte des deux ana. Les autres éditions anciennes répètent sur après ou.

4. Dans le SanteûilUana^ et dans toutes les réimpressions de la lettrey cet endroit est inintelligible. On lit dans les diverses éditions du SanteûilUana, da.ns\e Santoliana j dans l'édition de 1708 des Lettres choisies et dans la Vie, etc. de M. Santeuil : tt. aux personnes de qui

* Voyez ci-dessus, p. ioi-io3, et p. $45-347.

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que Monsieur le Prince et Madame la Princesse sont très-contents de vous, qu'ils sont très-incapables* d'écouter les moindres rapports; qu'on ne leur en a point fait, qu'on n'a point ^ dû leur en faire sur votre sujet, puisque vous n'en avez point fourni de prétexte; que la première chose qu'ils auroient faite ^ auroit été de condamner les rapporteurs : voilà leur conduite ; que tout le monde* est fort content de vous, vous loue, vous estime, vous admire : et vous reconnoîtrez que je vous dis vrai. La circonstance du pâté^ est foible contre les assu-

vous les avez contés (ou contez), que Monsieur le Prince, etc. ; » dans les recueils de Coignard et de Milleran : « aux personnes de qui vous les avez contées. Que Monsieur le Prince, etc. » — C'est à M. Edouard Fournier qu'est due la rectification que nous adoptons.

1. Dans les deux ana : « qui sont très-incapables. » L'éditeur du recueil de Coignard (1708) et Milleran ont imprimé : « qu'ils sont, etc. »

2. Dans le SanteûUllatîaj dans la Fie, etc. de M. Saiiteuil, dans le recueil de Coignard et dans celui de Milleran : « qu'on a point. »

3. Le participe est au pluriel masculin dans toutes les anciennes Impressions delà lettre (le Santollana excepté) : « qu'ils auroient faits. » Dinouart a imprimé : « qu'ils auroient faite. »

4. La phrase est ainsi coupée dans les recueils de Coignard et de Milleran : a voilà leur conduite. Tout le monde, etc. »

5 . « La circonstance du pdté^ » telle est la leçon du SanteûiUïana et du Santoliana. L'éditeur des Lettres publiées en 1708 par Coignard y a sans doute vu, comme en 1866 M. Edouard Fournier, « une bizarre faute d'impression; » aussi a-t-il corrigé pâté en passé. Milleran, qui donne la lettre d'après le recueil de Coignard, reproduit cette correction, et M. Fournier l'adopte comme la seule leçon qui soi acceptable. Nous conservons cependant celle du Santeûllliana^ ne sachant rien qui justifie la correction arbitraire que l'éditeur du recueil de Coignard introduit ici dans le texte donné par le Santeûilliana. « La circonstance du pâté » nous semble même une leçon préférable à : «la circonstance du passé. » Comment peut-il être ainsi question du^a^^e entre gens qui se volent aussi souvent que le faisaient Santeul et les Altesses de Chantilly ? D'ailleurs les rancunes du poète, celles surtout qu'il ressentait à Chantilly, n'étaient pas d'assez longue durée pour que l'on parlât du passé lorsque venait l'heure de la réconciliation. Quant à l'histoire du pâté au sujet duquel il y

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rances que vous donne* avec plaisir et avec une estime infinie,

Monsieur ,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

De la Bruyère^.

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