‹ Œuvres de La Bruyère (volume 4)Chapitre 220 sur 257 · Nous suivons la ponctuation du registre · texte numérisé non relu

Nous suivons la ponctuation du registre

4. « Et vous ne méritez que trop les reproches, etc., » dans le texte donné par M. Depping. La fin de cette phrase est ainsi défigurée dans le registre : « et vous ne mérité pas bien les reproches que vous faits. » Faut-il lire : « et voyez si vous ne méritez pas bien les reproches que je vous fais » ?

LETTRES. 5i9

fait trembler, et surtout l'aventure de la demoiselle

avec son % et de ce que vous êtes un [des] rudes

joueurs de lansquenet qui soit au monde. Il ne vous faut plus que cela pour devenir tout à fait fou, et si vous faites encore plusieurs voyages à Chantilly, je ne doute pas qu'avant qu'il soit un an, on ne vous mène haranguer aux Petites-Maisons. Ce seroit une fin assez bizarre pour le Théophraste^ de ce siècle; et je trouve que cela conviendroit mieux au.... moderne^ dont il est tant fait

1 . (( Un mot effacé par le grattoir, qui n'a pas tellement enlevé l'écriture, dit M. Jal, qu'on ne puisse encore lire : edducque, » — Nous ne pouvons imprimer, avec M. Jal : « l'aventure de la demoiselle avec son heiduque; » car, au lieu de : edducque, nous lisons sur le manuscrit : et de ce que. Le copiste a évidemment passé un mot, et mis deux fois et de ce que, après les mots : a^>ec son. S'étant aperçu de la répétition, il l'a fait disparaître en grattant les mots où M. Jal a cru pouvoir déchiffrer edducque,

2. Le copiste, qui n'a pas pu lire Théophraste , a écrit Troph....

3. Le copiste a omis un mot : il y a un blanc avant moderne, dans le manuscrit. M. Depping a proposé de lire soit « au Timon moderne, » c'est-à-dire au duc de Montausier, soit « au Phèdre moderne, » c'est-à-dire à la Fontaine, a Un mot oublié par le copiste, écrit de son côté M. Jal. Il est évident, ajoute-t-il, que c'est le nom d'un fou de l'antiquité, et que le fou moderne auquel Jérôme Pontchartrain le compare est l'Angeli, que le prince de Condé avait, diton, donné au Roi. » Aucune de ces explications ne nous paraît satisfaisante. Montausier était mort depuis quatre ans, et d'ailleurs quel homme s'exposait moins à ce qu'on le menaçât de le conduire aux Petites-Maisons, c'est-à-dire à l'hôpital des fous ? Nous ne comprendrions pas mieux qu'il pût être question de la Fontaine, alors malade, et vivant dans la retraite. A supposer enfin que la lacune dût être remplie par le nom de je ne sais quel fou de l'antiquité, que viendrait faire ici le souvenir de l'Angeli, qui était depuis bien des années éloigné de la cour, s'il vivait encore? Aux conjectures inadmissibles de M. Depping et de M. Jal, nous n'en pouvons substituer aucune qui doive être accueillie avec confiance. Nous noterons toutefois que le personnage qu'on accusait le plus souvent de folie à cette époque, était Santeul *. « Si j'étois roi de France, je vous ferois

* Les Suisses de la porte d'une église le nomment : « le poète fou ; » chacun de ses amis parle de sa folie, en prose et en vers. Voyez

mention. Si pourtant par cas fortuit cela arrivoit, ne doutez pas [que] je ne vous y aille rendre visite, et qu'en quelque état que vous soyez, je ne vous [mette*] toujours au rang de mes amis, quoique Tliommele moins sage qui soit sur la terre.

mettre aux Petites-Maisons : » ce propos, que l'on place dans la bouche de Bossuet parlant à Santeul, n'a rien que de très-vraisemblable. Mais s'il s'agit ici de Santeul, quel peut être le mot qu'il faut suppléer? Les contemporains de Santeul l'ont souvent comparé à Virgile, à Horace, jamais à Pindare, que je sache : or « le Virgile moderne » [l'Horace n'est pas possible, à cause de l'article au) serait une désignation trop vague pour que Phély peaux l'eût employée. Nous n'osons proposer de lire : « au Théodas moderne. » Théodas est le surnom que Santeul a reçu de la Bruyère ; mais s'il est le Théodas moderne, qui serait le Théodas de l'antiquité? Ce nom propre Théodas ou (forme identique) Theudas se trouve dans les Actes des apôtres (chapitre v, verset 36), dans les Lettres familières de Cicéron (livre VI, lettre x), dans Diogène de Laërte (livre IX, § ii6), plusieurs fois chez Galien, mais partout il s'applique à des personnages obscurs. Il nous semble à peu près impossible que la Bruyère ni Phélypeaux aient, à propos de Santeul, songé à aucun d'eux, pas même à celui des Actes des apôtres. Ce dernier est qualifié d'une façon qui conviendrait assez à l'extrême vanité de l'auteur des hymnes : Théodas dicens se esse aliquem ; mais, encore une fois, il est trop inconnu pour que le rapprochement paraisse probable et naturel. Puis, cette lacune du nom propre fût-elle comblée, il resterait à rendre compte du membre de phrase : a dont il est tant fait mention. » Le tour serait singulier, de la part surtout de Phélypeaux, qui devait être en relation avec Santeul. Voudrait-il dire qu'une aventure, qu'un acte quelconque a mis récemment en évidence le personnage dont il parle? Nous ne savons rien qui appelle particulièrement l'attention sur Santeul au moment où cette lettre est écrite. C'est un peu plus tard qu'il composa, sur le cœur d'Arnauld, l'épitaphe qui devait exciter tant de colères.

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