LETTRES APOCRYPHES
Nous donnons ci-après les deux lettres que nous n'avons pas cru devoir admettre dans la correspondance authentique de la Bruyère.
Le fac-similé de la première a paru dans la Galerie française ou Collection de portraits des hommes et des femmes qui ont illustré la France dans les XVI®, xvii® et xvin* siècles ^ avec des notices et des fac-similé.,.^ par une société d'hommes de lettres et d'artistes (Paris, Firmin Didot, 1 821-1823, in-4°) : il vient à la suite d'une notice de M. Boissy-d'Anglas sur la Bruyère (tome 11^ p. 35 1 et suivantes). La fausseté de cette pièce ne peut être douteuse : écriture, signature, style, rien n'en est de la Bruyère. Elle a été citée comme un document authentique dans quelques pages de la Comédie de la Bruyère (tomel, p. 177, 200 et 219); mais averti qu'elle a paru « dans une vente d'autographes le 3i janvier 1864^, sous le n° 69 du Catalogue, et qu'elle en a été « retirée comme douteuse, » M. Fournier l'a considérée vers la fin de son ouvrage (tome II, p. 548 et 549) comme « d'une authenticité un peu douteuse. » Plus loin cependant (p. 589 et 590), il incline encore à la croire authentique, et s'y renseigne sur la santé de la Bruyère et les dangers qu'il suppose l'avoir menacée dès 1687; mais nulle argumentation ne peut prévaloir contre la comparaison du fac-similé qui accompagne notre édition et du fac-siraile de la Galerie française» Eût-il souffert de la paralysie au bras droit dont il est question dans cette lettre apocryphe, la Bruyère n'aurait jamais écrit ni signé comme l'a fait pour lui le faussaire qui en est l'auteur. Tout aussi bien d'ailleurs que l'écriture et la signature du fac-similé de la Galerie française, le style de la lettre en trahit l'origine.
Nous ne pouvons combattre l'authenticité de la seconde lettre par des raisons aussi péremptoires ; car nous n'en connaissons qu'un texte imprimé, ou plutôt qu'une traduction, insérée dans l'ouvrage intitulé : Lettere di Gregorio Leti (Amsterdam, 1701, tome II, p. 392). Mais bien qu'elle n'ait point paru suspecte à l'érudit qui le premier l'a signalée à l'attention des éditeurs de la Bruyère ^, elle nous semble presque aussi certainement fausse que la première. Elle est datée de 1678 : or à cette époque, où la Bruyère était un avocat obscur, et n'avait pas encore publié une seule ligne, quelle raison aurait eue Leti de solliciter sa protection et son amitié? Comment eût-il déjà pu lui