‹ Œuvres de La Bruyère (volume 4)Chapitre 223 sur 257 · Est-ce bien le 3 1 janvier, qui est un dimanche · texte numérisé non relu

Est-ce bien le 3 1 janvier, qui est un dimanche

2. M. G.Brunet,dans le Bulletin du Bouquiniste du 1 5 janvier i865, p. 26.

parler, et cela dans les termes qu'on va lire, de sa réputation littéraire? La réponse attribuée à la Bruyère pox-te d'ailleurs en elle-même la preuve qu'elle n'est pas de lui. Elle est sans doute de celles que Leti présentait comme traduites par lui du français en italien', et l'on ne doit pas s'attacher au style même ; mais quel air de fausseté dans le ton général de la lettre ! Non, ce n'est pas la Bruyère, même en 1678, qui peut marquer une si grande et si bruyante joie d'avoir reçu une lettre de Leti, et qui veut que « le monde entier » soit instruit de l'honneur qui lui est fait. Les considérations historiques et politiques ne sont pas davantage dans la manière de la Bruyère. On reconnaît, à chaque ligne, la main de Leti, louant ses ouvrages comme il eût voulu qu'ils fussent loués par les critiques du temps. Sommes-nous seuls à tenir en suspicion le recueil des lettres de Leti? Nullement; car on lit dans le Dictionnaire de Moreri (édition de 1749), à l'article Leti: «En 1700, on imprima un recueil de lettres italiennes sur différents sujets qui sont de M. Leti lui-même. » Dans ses travaux historiques, Leti faisait une part plus large à l'imagination qu'à la vérité, et il ne s'en cachait point 2. Au moment où il entreprit la publication de sa correspondance, il était vivement attaqué par Pierre Ricotier : il crut opportun et habile de se prévaloir auprès du public d'amitiés illustres, et livra sans aucun scrupule à l'impression des copies de lettres qui ne lui avaient jamais été écrites.

Nous croyons devoir publier la lettre de la Galerie française qui est censée écrite par la Bruyère à Fontenelle, et qui d'ailleurs est très-courte : comme il en a été fait plusieurs fois usage, il est utile que l'on sache quels détails elle contient, afin qu'on puisse les reconnaître et les écarter loi'squ'on les rencontrera dans une biographie. Il convient plus encore de publier la lettre italienne, puisque la meilleure preuve de sa fausseté en est le texte même. Nous la faisons précéder de la lettre à laquelle elle répond et que Leti prétend avoir écrite en 1678 à la Bruyère. M. G. Brunet a traduit en français, dans le Bul' letin du Bouquiniste du 1 5 janvier i865, p. 26 et 27, 'a lettre italienne que Leti a signée du nom de notre auteur.

1. « Ti dô aviso in tanto, lettore, » écrit-il dans l'avertissement au lecteur, « che moite lettere sono state da me tradotte dall' originale francese, nel quale mi sono state scritte , e che in brève vedranno la luce li due volumi délie stesse lettere in francese, cioè con li originali, c con le traduttioni dell' italiane in francese.» — Leti mourut en 1701 et ne put mettre à exécution ce projet de publication, que peut-être il n'eut jamais sérieusement.

2. « Real Prencipessa, » dit-il un jour, si on l'en croit, à la Dauphine, au sujet de sa peu véridique histoire de Sixte-Quint, a quel ch' è ben trovato, benche falso, place più che una relattione mal composta, benchè vera. » (^Lettere di Gregorio Leti, tome I, p. 485 et 486.)

liETTRE APOCRYPHE DE LA BRUYERE A FONTENELLE.

Versailles, ce ii décembre 1687.

J'ai été bien sensible à l'hommage de votre livre des Oracles • . Vous venez de montrer^j Monsieur, poète philosophe et écrivain du premier mérite. Je ne fais pas difficulté de croire qu'il ne vous attire les éloges mérités des gens de goût, l'estime des esprits supérieurs et l'accueil plus flatteur encore d'un public reconnoissant. J'aurois répondu plus tôt à l'obligeante lettre qui l'accompagnoit, sans une paralysie au bras droit que j'ai eue ces jours passés, qui me cause de grandes douleurs, et qui me fait regretter de ne pouvoir vous écrire plus longtemps. Vous assurant, Monsieur, des vœux que je fais pour votre gloire, et de l'amitié avec laquelle je suis bien sincèrement

Votre très-affectionné serviteur,

Labruyère.

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