Voyez la Notice bibliographique
dont la grossière imposture ne pouvait induiie personne en erreur ; les Dialogues sur le quiétisme devaient être, au contraire, accueillis avec confiance, puisque la Bruyère avait laissé un manuscrit qui portait ce titre. L'abbé de la Bruyère ne protesta point cependant contre l'impression que l'on en fit. Son silence est au surplus tout ce que nous pouvons constater : nous ignorons s'il prit part à la publication '.
L'édition avait été préparée par l'abbé Ellies du Pin, docteur en théologie, professeur au Collège royal, qui avait déjà publié une partie de la Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques^. L'éditeur a gardé l'anonyme ; mais son nom nous est révélé par quantité d'écrivains du dix-huitième siècle. L'abbé d'Olivet, entre autres, le donne dans son Histoire de V Académie ^, à la fin de sa notice sur la Bruyère : « On trouva, dit-il, parmi ses papiers des Dialogues sur le quiétisme, qu'il n'avoit qu'ébauchés, et dont M. du Pin. docteur de Sorbonne, procura l'édition. »
Tels sont les termes mêmes de l'abbé d'Olivet, et nous sommes un peu surpris de l'interprétation que Walckenaer en donne à l'appui de sa thèse : « Ces expressions ambiguës de d'Olivet, écrit-il, démontrent qu'il était dans le secret de cette publication pseudonyme^. » L'opinion de Walckenaer sur l'authenticité des Dialogues a entraîné celle de M. Livet, qui, dans son édition de V Histoire de r Académie, annote comme il suit la phrase de l'abbé d'Olivet : « Ce livre, où l'on ne reconnaît pas la Bruyère, est attribué à
1 . C'est sous les yeux de l'abbé de la Bruyère que fut fait l'inventaire, après décès , des objets qui appartenaient à son frère , et c'est lui qui recueillit ses papiers ; mais il n'est pas certain que le manuscrit des Dialogues se trouvât chez la Bruyère lorsqu'il mourut. Voyez ci-après VAvis au lecteur ^ p. 543,
2. Les premiers volumes de cet ouvrage, commencé en 1686, furent condamnés en 1693, « avec apparat», dit le Gendre, par l'archevêque de Paris. Bossuet, que Saint-Simon nomme justement « le dictateur de l'épiscopat et de la doctrine », n'avait pas été étranger à cette condamnation. L'ouvrage (ut supprimé et condanmé, écrit le Gendre {^Mémoires, p. 162), «comme contenant des propositions scandaleuses, fausses et téméraires, injurieuses au Saint-Siège et aux Pères de l'Eglise. » On peut voir dans les Mémoires de le Gendre comment on amena l'auteur à se rétracter, et dans le Dictionnaire de Moreri, dans les lettres de Bourdelot à l'aljbé Nicaise (Bibliothèque impériale. Manuscrits.
Fonds français, n° 9360), etc., comment il put, malgré la condamnation de l'archevêque de Paris, faire paraître en 1696 une nouvelle édition de la Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques^ et continuer cet immense ouvrage, en modifiant simplement le titre.