L'extérieur commun de ces âmes choisies scandalise même
ceux qui ont part à leurs grâces : jusque-là qu'ils s'en séparent souvent après que Dieu en a tiré l'effet qu'il prétendoit. L'Epoux traite en cela son épouse comme lui-même : tous ceux qu'il avoit
* Yoyez ci-dessus, p. $87, note*'^'^, le texte latin de cette note ; et p. 588, note*j celui de la note suivante.
Le gentilhomme. Tant mieux, mon Père : c'est ce que je trouve de merveilleux, que l'on puisse se dispenser de toutes ces pratiques, non-seulement sans commettre aucun péché, mais même sans perdre aucun avantage spirituel. La confession de ses péchés à un prêtre est une des choses les plus humiliantes de la religion : votre spirituel est déchargé de ce joug*. Pour les prières vocales ou même mentales, vous savez
gagnés à son Père ne furent-ils pas scandalisés en lui * ? Que l'on examine un peu la vie de Jésus-Christ : rien de plus commun quant à l'extérieur. Ceux qui font des choses plus extraordinaires sont les copies des saints, desquels Jésus-Christ a dit qu'ils feroient de plus grandes œuvres que lui **» Ces âmes ici sont d'autres Jésus- Christ : c'est pourquoi l'on y remarque moins les traits des saints. Mais pour les caractères de Jésus-Christ, si on les examine de près, on les y verra très-clairement. Cependant Jésus-Christ est un sujet de scandale aux Juifs, et semble une folie aux Gentils '^'^*. Ces personnes scandalisent souvent dans leur simplicité ceux qui, attachés aux cérémonies légales plutôt qu'à la simplicité de l'Evangile, ne regardent que l'écorce de la grenade, sans pénétrer le dedans. » {Expli^ cation du Cantique des cantiques^ chapitre vi, verset 6, p. iSa et i53.)
1. « S'exposer devant Dieu, qui ne manquera pas de l'éclairer
et de lui faire connoître la nature de ses fautes Vdme oubliera
ses défauts et aura peine à s'en souvenir ; mais il ne faut pas qu'elle s'en fasse aucune peine, pour deux raisons : la première, parce que cet oubli est une miarque de la purification de la faute, et que c'est le meilleur, dans ce degré, d'oublier tout ce qui nous concerne, pour ne se souvenir que de Dieu. La seconde raison est que Dieu ne manque point, lorsqu'il se faut confesser, de faire voir à l'âme ses plus grandes fautes; car alors il fait lui-même son examen ****. » {Moyen court ^ § xv, p. 6i et 65.)
« Si l'on dit à ces âmes abandonnées de se confesser, elles le font, car elles sont très-soumises ; mais elles disent de bouche ce qu'on leur fait dire, comme un petit enfant à qui /'on diroit : « Il faut vous confesser de cela » ; il le dit sans connoître ce qu'il dit, sans savoir si cela est, ou non, sans reproches, sans remords; car ici l'âme ne peut trouver de conscience, et tout est tellement perdu en
Voyez saint Marc^ chapitre xiv, verset îsy. Voyez saint Jcan^ chapitre xiv, verset 12. ' Voyez la i''^ épître aux Corinthiens y chapitre i, verset a3. Voyez ci-dessus, p. 696 et 697, notes i et *.
aussi bien que moi qu'elles sont incompatibles avec l'oraison de simple regard * . Voilà donc les hommes délivrés de tout ce
«//e*, qu'il n'y a plus chez elle d'accusateur; elle demeure contente sans en chercher. » (Livre des Torrents, partie II, chapitre 11, no 3, p. a53.)
« Toutes les créatures la** condamneroient, que ce lui seroit moins qu'un moucheron , non par entêtement et fermeté de volonté, comme on se l'imagine, mais par impuissance de se mêler de soi, parce qu'elle ne se voit plus. Vous demandez à cette âme : « Mais « qui vous porte à faire telle ou telle chose ? C'est donc que Dieu « vous l'a dit, vous a fait connoître et entendre ce qu'il vouloit? « — Je ne connois rien, n'entends rien ; je ne pense à rien con-
« noître ; tout est Dieu et volonté de Dieu ; je ne sais ce que c'est
« que volonté de Dieu:... aussi ne suis-je pas capable d'en rendre
« nulle raison, ni d'en rendre aucune de ma conduite J'agis ce-
« pendant infailliblement, et ne puis douter depuis que je n'ai point « d'autre principe que le principe infaillible. » (Ilidem^ n^ 7, p. 256.)
I . « L'âme n'est pas plutôt appelée au silence intérieur, qu'elle ne doit pas se charger de prières vocales. » [Moyen court y § xvi, p. 67.)
<c En cette oraison de simple regard, nous pratiquons hautement la vertu sans la pratiquer; nous faisons tout sans rien faire, et nous le faisons d'une manière si élevée, que cent autres n'en feraient pas tant en vingt années avec leurs actes redoublés et multipliés avec tant de ferveur. Une œillade simple, qui nous ramasse de l'épanchement que nous pouvons avoir parmi la diversité des créatures, sous le rayon obscur de la foi, qui ne laisse aucune clarté pour nous joindre à Dieu, dit plus, comprend plus, que tout ce que la méditation et l'oraison affective peuvent dire ou comprendre. » (L'abbé d'Estival, Conférences mystiques, p. 98 et 94 ***.)
« Vous croirez peut-être que vous ne sortez de la prière, aussi stérile que vous y étiez entrée, que par manque de préparation.... Persévérer..., en la présence du Seigneur,... est l'unique préparation , et la seule disposition nécessaire pour ce temps-là. » (Molinos, Guide spirituelle^ livre I, chapitre xi, n» 70, p. 46 et 4-7.)
« Malàval ne permet cet acte {par lequel on se met en présence Je
* Voyez ci-dessus, p. 618, note **.
** JLa, c'est-à-dire l'âme anéantie et transformée. — H y a le, par erreur d'impression^ dans l'ancienne édition des Dialogues.
*** Cette citation, déjà faite plus haut (p. 556, note i), a été répétée ici avec la même faute : mur, pour rayon; et la même variante, feraient, pour feront, qui est sans doute une erreur de lecture.
DIALOGUES SLR LE OUIETISME.
qui peut être incommode à leur corps. Voyons de quelle manière leur esprit est soulagé de tout ce qui peut lui faire de la peine, en sorte qu'il jouit d'un repos achevé et d'une tranquillité parfaite. Les tentations dont l'âme est agitée sont ordinairement la plus grande peine des justes. Ces vives images des désordres, que le démon représente à leur esprit , cette inclination au mal, qu'ils sentent continuellement, la fragilité de leur nature les tiennent dans un tremblement et dans une inquiétude perpétuelle. Toute leur vie n'est qu'un combat continuel. Le maître de notre doctrine délivre heureusement ses disciples de ces agitations, et les établit dans un doux et saint repos, en leur apprenant que c'est une grâce de Dieu d'avoir des tentations , et que le bonheur d'une âme consiste à demeurer tranquille, sans faire aucune résistance, ni aucun acte contraire. Les mouvements sensuels, les pensées impures, les doutes contre la foi , et les tentations mêmes les plus violentes, ne leur doivent causer aucune alarme. Il ne faut point qu'ils fassent d'efforts pour y résister, pour les rejeter, ou pour les repousser. Loin de gémir de se voir sujets à ces infir-
Dieu au commencement de Foraison) que trois ou quatre jours au plus, parce qu'une âme qui est entrée dans le simple regard, comprend bientôt qu'il y a un langage muet par lequel nous nous faisons entendre à Dieu beaucoup mieux que par les paroles sensibles et même par les actes intérieurs réfléchis; et elle auroit honte de chercher le secours de quelque chose de sensible contre l'attrait qu'elle sent. » (L'abbé d'Estival, Conférences mystiques, p. 40.)
« Il est sûr que la fréquente lecture des livres mystiques, qui.... ne donnent point de lumière pour la conduite de la vie, fait plutôt du mal que du bien ; qu'elle brouille l'esprit au lieu de l'éclairer.... >» (Molinos, Guide spirituelle, livre II, chapitre 11, n® 9, p. 80.)
« Cet acte consiste à envisager Dieu seul en lui-même, ce qui comprend tout * . On n^a pas besoin de lectures , ni de méditations ; mais il suffit de se reposer doucement en Dieu af'ec ce regard d'une foi vive. » (Malaval, Pratique facile ^ partie I, p. 5o.)
« Les livres mêmes et les bonnes lectures en cet état {d'oraison de simple regard) sont nuisibles, dit un grand spirituel : cela appuie et maintient la manière ordinaire d'opérer, et fortifie l'ancienne habitude. » (L'abbé d'Estival, Conférences mystiques^ p. 187.)
* Voyez ci-dessus, p. 558, notes i et '* ; et p. 601, notes i et *.
DIALOGUE IX. f)97
mités, et de souhaiter d'en être délivrés, ils doivent s'en réjouir, et les considérer comme un bienfait de Dieu tout particulier*.
Le directeur. C'est cela même, Monsieur, qui fait leur martyre^. Autrefois Dieu se servoit des tyrans pour faire des saints ;
1. « Vous ressentirez au dedans une sécheresse passive, des ténèbres, des angoisses, des contradictions, une répugnance continuelle, des abandonnements intérieurs, des désolations horribles, des suggestions importunes et perpétuelles, des tentations véhémentes de l'ennemi. Enfin vous trouverez votre cœur si resserré et si plein d'amertume, que vous ne pourrez l'élever vers Dieu, ni faire un seul acte de foi, d'espérance ou d'amour. Dans cet abandonnement , vous voyant en proie à l'impatience , à la colère, à la rage, aux blasphèmes, aux appétits désordonnés, vous vous croirez la plus misérable, la plus criminelle et la plus détestable de toutes les créatures, dénuée de toutes les vertus, éloignée de Dieu, et condamnée à des tourments presque égaux aux peines infernales. Mais quoique dans cette oppression , il vous semble d'être orgueilleuse, impatiente et colère, ces tentations néanmoins ne remportent aucun avantage sur vous, la vertu cachée et le don efficace de la force intérieure qui régnent en vous étant capables de surmonter les assauts les plus vigoureux et les plus terribles. » (Molinos, Guide spirituelle, livre III, chapitre iv, n^s 28, 29 et 3o, p. i45 et 146 *.)
2. Molinos, Guide spirituelle, livre III, chapitre iv : Des deux martyres spirituels oîi Dieu fait passer les âmes auxquelles il veut s^unir
« Lorsque Dieu veut s'unir à une ame, il la purifie ordinairement en deux manières. La première se fait par les eaux amères des afflictions, des angoisses, des détresses et des tourments intérieurs, dont nous parlerons dans ce chapitre et le suivant; la seconde, par le feu d'un amour ardent, impatient et affamé. Lorsque Dieu veut mener une ame à la plus haute perfection, il se sert de toutes les deux. Quelquefois il les met dans l'alambic des tribulations et des amertumes intérieures et extérieures, et dans le feu des tentations. D'autres fois il les jette dans le creuset d'un amour inquiet et jaloux, qui la consume avec d'autant plus de violence, que Dieu veut l'éclairer plus vivement, et l'unir plus étroitement à
* En place de ces citations, il nous semble que du Pin eût mieux fait de reproduire ici quelques passages des chapitres ix et x du livre I de la Guide spirituelle (p. 89 et suivantes). Un fragment en a été cité ci-dessus, p. 684, note i.
mais aujourd'hui il se sert des démons, qui causent ces violences, et cela fait que les saints s'humilient davantage en euxmêmes, et se résignent à Dieu ".
Le docteur. Ce que dit le Révérend Père, quoique équivoque, peut avoir un sens fort catholique. Voici la doctrine de l'Eglise touchant les tentations. Comme elles sont un effet du péché, et qu'elles portent au péché, quoiqu'elles ne soient pas un péché quand la volonté n'y donne pas son consentement, tout
lui : en sorte que la connoissance et l'union divines sont l'effet des souffrances et la preuve du véritable amour. »
Chapitre v : Combien il est important pour une âme intérieure de souffrir ce premier martyre spirituel. (Pages 146-148.)
« Afin qu'une âme devienne céleste, de terrestre qu'elle ëtoit, qu'elle soit unie avec Dieu et jouisse du souverain bien, il faut qu'elle soit purifiée dans le feu de la tribulation. Il est vrai, et l'expérience le justifie assez, que tous ceux qui veulent servir Dieu ont de grands travaux et de cruelles persécutions à soutenir. Mais les âmes fortunées que le Seigneur conduit ont outre cela de redoutables tentations à endurer, et des tourments plus horribles que ceux dont les martyrs ont été couronnés dans la primitive Eglise.
« Les souffrances des martyrs étoient courtes : le même jour les voyoit ordinairement commencer et finir, et de plus une lumière céleste, un secours divin, et l'espoir de la récompense prochaine les soutenoient au milieu de leurs tourments. Mais une âme désolée, qui doit mourir à elle-même et être purifiée intimement, se voyant abandonnée de Dieu, environnée de tentations, de ténèbres, d'angoisses, de chagrins, d'afflictions et de sécheresses, goûte à tout moment les transes de la mort, sans ressentir aucune consolation. Dans ce déplorable état, ses cruelles douleurs, qui se succèdent l'une à l'autre, lui paroissent un martyre continuel et une agonie qui se renouvelle incessamment. C'est pourquoi l'on peut dire avec raison que quoiqu'il y ait beaucoup de martyrs, il y a fort peu d'âmes qui suivent Jésus-Christ, au milieu de ces tourments, dans le calme et dans la résignation,
<c Pendant que les hommes exerçoient leur cruauté sur le corps des martyrs, Dieu consoloit leur âme ; mais ici c'est Dieu qui blesse et qui se cache, pendant que les démons, comme de cruels bourreaux, tourmentent le corps et l'âme en mille manières, en sorte que l'homme est crucifié tout entier, et au dedans et au dehors. »
a. Cette phrase est la traduction de la 43^ des propositions condamnées de Molinos, qui ont été publiées en latin.
chrétien doit gémir de se voir sujet à cette misère, souhaiter avec ardeur d'en être déhvré, et dire continuellement avec l'apôtre saint Paul : « Malheureux que je suis ! qui me délivrera de ce corps de mort" ? » Mais d'ailleurs, comme il est impossible d'être entièrement délivré en cette vie des tentations, et que Dieu permet que nous soyons tentés pour éprouver et exercer notre vertu, afin qu'étant demeurés victorieux des tentations par le secours de sa grâce, nous avancions dans la vie spirituelle, nous devons nous humilier dans la vue de notre misère, avoir recours à la miséricorde de Celui sans le secours duquel nous succomberions infailliblement , nous jeter entre ses bras, et cependant faire tous nos efforts pour résister à la tentation , fuir les occasions , détourner les mauvaises pensées , résister aux mouvements de la cupidité, faire des actes contraires et intérieurement et extérieurement, veiller enfin continuellement sur notre conduite. Voilà la doctrine de l'Eglise sur les tentations.
Le gentilhomme. Vous nous parlez là. Monsieur, de maximes usées des anciens mystiques : celles des nouveaux sont bien plus commodes. Lorsqu'on est tenté fortement, disentils, il faut laisser agir le démon, sans s'aider en aucune manière, demeurer dans son néant; et quand on commettroit des ordures et des impuretés, il ne faut pas s'en troubler; mais iJ faut chasser toutes sortes de scrupules, de doutes , de peurs , parce que l'âme en devient plus illuminée, fortifiée, et plus belle. C'est là le moyen d'acquérir la sainte liberté ^, parce que
a. Epître aux Romains^ chapitre vu, verset 24.
I. « N'espérez pas de parvenir à cet état heureux, ni de jouir du précieux gage de la paix intérieure, dès que vous aurez, par le secours de la grâce, remporté la victoire sur vos sens
« Vous ressentirez au dedans une sécheresse passive, des ténèbres, des angoisses, des contradictions, une répugnance continuelle, des abandonnements intérieurs, des désolations horribles, des suggestions importunes et perpétuelles, des tentations véhémentes de l'ennemi. Enfin vous trouverez votre cœur si resserré et si plein d'amertume, que vous ne pourrez l'élever vers Dieu, ni faire un seul acte de foi, d'espérance ou d'amour.
« Dans cet abandonnement, vous voyant en proie à l'Impatience, à la colère, à la rage, aux blasphèmes, aux appétits désordonnés,
de cette manière l'on devient victorieux, et l'on acquiert un trésor de paix". Demandez au Révérend Père si ce ne sont pas là ses maximes?
La pénitente. Je ne le saurois croire.
Le directeur. Il faut distinguer, Monsieur. Quand ces actions se passent dans les facultés sensitives, sans que la volonté y ait part, et sans qu'elle y consente formellement, elles sont toutes innocentes ; mais elles seroient très-criminelles, si la volonté y donnoit son consentement*. C'est l'exception qu'apporte le maître de notre doctrine dans une de ses lettres ; en excusant de péché les blasphèmes proférés extérieurement, il ajoute cette clause : « Mais sans le consentement de celui qui souffre la violence''. »
Le docteur. Des blasphèmes proférés extérieurement, qui ne sont point des péchés : écoutez bien ceci, ma sœur.
Le gentilhomme. Ce que vous dites, mon Père, est capable d'éblouir ceux qui ne sont pas parfaitement instruits de vos
vous vous croirez la plus misérable, la plus criminelle et la plus détestable de toutes les créatures, dénuée de toutes les vertus, éloignée de Dieu, et condamnée à des tourments presque égaux aux peines infernales. » (Molinos, Guide spirituelle^ livre III, chapitre iv, n<»s 23, 28 et 29, p. 144 et i45.)
a. Cette exposition des maximes des nouveaux mystiques, depuis les mots : « Lorsqu'on est tenté fortement, » est simplement la traduction de la 47® des propositions condamnées de Molinos.
b. Voyez la 41® des propositions condamnées de Molinos.
c. On trouve cette excuse des « blasphèmes proférés extérieurement » dans la 19^ des propositions quiétistes qui sont énumérées dans une lettre circulaire du cardinal Cibo, écrite de Rome le i5 février 1687 par l'ordre du saint Office (voyez les OEuvres de Bossuet, tome XXVII, p. 5oi et 602, édition Lebel); de plus, elle est résumée dans la 41® des propositions condamnées de Molinos ; mais nous ne savons oii a été publiée la doctrine qui est reproduite dans ces deux propositions. Nous ne connaissons que deux lettres qui soient attribuées à Molinos : elles ont été imprimées dans la traduction italienne de la Guide spirituelle et du Traité de la communion quotidienne qui a paru à Venise en i683 , et en partie traduites dans l'édition de la Guide spirituelle (Amsterdam , 1688) ci-dessus mentionnée, p. 545. Ces lettres ne contiennent rien de la doctrine qu'émet ici le directeur.
principes ; mais pour moi qui les possède , je ne prends pas ainsi le change, et je m'en vais vous montrer que ce consentement prétendu de la volonté, nécessaire, selon vous, pour commettre un péché, ne se rencontre jamais dans le contemplatif, quoi qu'il fasse. Poiu* vous en convaincre, il ne faut que vous faire souvenir de vos principes. N'est-il pas vrai que celui qui est parvenu à l'état de contemplation est uni essentiellement avec Dieu?
Le directeur. Cela est sans difficulté.
Le gentilhomme. « Cette union essentielle le préserve de toute malignité ; et comme Dieu, en concourant avec les pécheurs, ne contracte rien de leur malice à cause de sa pureté essentielle, de même l'âme unie essentiellement à Dieu participe à la pureté de Dieu, et ne peut point être souillée par ce qui se passe en elle. » C'est de l'auteur des Torrents que je tiens cette maxime. Oh qu'elle est bien traitée dans ce livre!
Le directeur. Oui, Monsieur, mais on y remarque que la pureté de Dieu ne subsiste dans cette âme que parce qu'elle est dans une parfaite ignorance du mal, et dans l'impuissance de le commettre.
Le gentilhomme. Justement, mon Père, et c'est là où je voulois venir. Cette ignorance du mal qui met l'âme dans l'heureuse impuissance de pécher, en quoi consiste-t-elle ?
Le directeur. C'est dans les ténèbres de l'entendement, dans la nuit spirituelle, dans l'obscurité mystique*.
Le gentilhomme. Cette obscurité dérobe-t-elle entièrement à l'âme la connoissance de ce qui se passe en elle ?
Le directeur. Non certes : elle voit, elle connoît les mou-
I. Quand Vâme spirituelle est pour ainsi dire noyée dans la foi obscure de Dieu, elle est dans le néant de soi-même^ et alors elle est
bien occupée, parce qu'elle a perdu l'appui d'elle-même, et que
toute réflexion, tout le sensible est détruit en elle. » (Falconi,
Lettre à une fille spirituelle, p. l55.)
« Lorsque Dieu prive l'âme de ses connoissances, et la laisse dans des ténèbres mystiques, afin qu'elle marche par la voie directe et la foi simple..., l'âme qui est dans les saintes obscurités que l'Etre sur -essentiel produit en son centre en agissant intimement par sa grâce, ne voit pas ce qu'elle y fait, puisque, à ce quon dit, elle n'y fait rien. » (L'abbé d'Estival, Conférences mystiques, p. 2.)
vements des facultés sensitives; mais les actes des facultés spirituelles, qui sont l'entendement et la volonté, sont imperceptibles à l'âme*, qui est dans l'état d'obscurcissement*.
Le gentilhomme. Elle ne peut donc pas distinguer si ce qui se passe en elle est l'effet d'une violence faite à l'appétit sensitif, ou si c'est un acte de sa volonté libre ?
Le directeur. Cela est difficile.
Le gentilhomme. Difficile? Je vous soutiens, mon Père, que cela est impossible. Les mouvements des facultés sensitives sont connus : on sait donc bien que l'on a conçu des mouvements de haine, d'impureté, de blasphème. Mais si les actes de la volonté sont imperceptibles, comment peut-on connoître si la volonté a consenti à ces mouvements, ou si elle n'y a pas consenti ?
Le directeur. Ils ne sont pas connus par eux-mêmes : ils le sont par les mouvements qu'ils forment dans les facultés sensitives.
Le gentilhomme. Mais comment distinguer si ces mouvements de la faculté sensitive ont été formés par la faculté spirituelle de l'âme, ou par le démon, qui selon vous la violente, la change, et la renverse, sans que la volonté de l'homme y ait part?
Le directeur. On en est convaincu par l'évidence même et par sa propre conscience.
Le gentilhomme. Pour cette fois, mon Père, vous vous
1 . <c Vâme est heureuse, lorsque eWe se retire dans la partie supérieure d'elle-même et se renferme dans son néant, comme dans son centre, sans prendre garde à ce qu'elle fait, si elle est recueillie ou non, si elle marche bien ou mal, si elle opère ou si elle est oisive, sans regarder, ni penser, ni faire réflexion sur rien de sensible. » (Molinos, Guide spirituelle, livre I, chapitre xiii, n» gS, p. 56.)
<c L'âme spirituelle doit tenir l'homme intérieur séparé de l'extérieur, en sorte qu'il n'ait aucun commerce avec les sens*.
« La créature ne distingue plus son opération, parce qu'une lumière forte et générale absorbe toutes ses petites lumières distinctes, comme celle du soleil fait la lumière des astres. » {Moyen court, § xii,
a. Voyez la 62® des propositions condamnées de Molinos.
* Nous ne savons d'où est tiré cet alinéa.
DIALOGUE IX. 7o:i
écartez des principes du maître de notre doctrine , qui nous assure que ceux mêmes qui disent qu'ils ont péché de propos délibéré, et qu'ils ont connu évidemment leur volonté, qui a donné son consentement au péché , ne doivent pas être crus, parce qu'ils peuvent avoir confondu l'appétit sensitif avec la volonté connue évidemment.
Le directeur. Le maître ne parle que de ceux qui son parvenus à l'état de contemplation : leur volonté étant unie essentiellement à Dieu, il est indubitable qu'elle n'a aucune part à tous les mouvements et actes extérieurs des péchés qu'ils commettent, et que ce sont des illusions et des violences du démon, qui ne leur doivent point être imputées.
Le gentilhomme. Je pourrois vous dire que le maître, accordant ce privilège à ses disciples, établit un principe qui le rend commun à tous les hommes. Car s'il est vrai que les actes des facultés spirituelles ne puissent être aperçus des mystiques, ces actes étant de même nature dans tous les hommes, et les uns n'ayant pas plus de lumières que les autres pour les connoître, il est vrai de dire que ces mystiques et les non-mystiques vivent dans la même obscurité et dans la même ignorance de ce qui se passe dans leur volonté. Les premiers seront sûrs à la vérité, par leur état, que leur volonté n'a point consenti au péché ; mais si les derniers n'en sont pas assurés, ils ne peuvent pas non plus être certains du contraire; et par conséquent ils peuvent (quelque action criminelle qu'ils aient commise) se persuader qu'ils n'ont point péché. C'est toujours un grand soulagement pour eux; c'est une espérance qui les flatte agréablement, et qui peut beaucoup calmer leur esprit et apaiser les remords de leur conscience. Mais pour nos parfaits mystiques dont je parle , quoi qu'ils fassent, ils ne doivent avoir ni crainte, ni remords, ni scrupules ; mais vivre dans un repos qui ne peut être troublé en aucune manière , convaincus et certains qu'ils sont que leur volonté n'a point de part à ce qui se passe en eux, et que tous ces mouvements de l'appétit sensitif, et ces actions extérieures qui paroissent des péchés consommés, sont des violences du diable.
Le docteur. Etrange théologie ! L'apôtre saint Jacques nous apprend que chacun est tenté par sa propre concupiscence^ qui
V entraîne et V attire dans le mal; que la concupiscence ayant conçu, enfante le péché ; que le péché étant consommé ^ engendre la mort"'. Et selon les principes que j'entends, la concuj)iscence de l'homme a beau concevoir et enfanter, elle ne produit point de péché ; l'action du péché a beau être consommée, elle n'engendre point la mort. La qualité de juste, de saint, de parfait, de contemplatif, d'uni essentiellement à Dieu, est compatible avec toutes sortes d'actions criminelles. Les apôtres ont beau nous assurer que tous ceux qui commettent de ces actions sont dignes de mort, et qu'ils ne posséderont point le royaume des cieux : cette maxime ne peut être tout au plus véritable qu'à l'égard des imparfaits; elle ne Test point à l'égard des parfaits mystiques, pourvu qu'ils se soient une fois livrés à Dieu par un regard fixe et par un amoureux abandon. Ils peuvent en vertu de cet acte, quoique non réitéré, commettre impunément toutes sortes d'exécrations.
Le gentilhomme. Oui, Monsieur, n'en soyez point épouvanté : notre école est une école d'impeccabihté * ; mais d'une impeccabilité admirable, qui consiste à pouvoir faire ce qui est péché sans pécher. Les bienheureux sont impeccables dans le ciel, parce qu'ils sont inséparablement unis à Dieu, et qu'ils ne peuvent plus se tourner vers la créature, et la préférer au Créateur. Les mystiques sont impeccables sur la terre, parce qu'étant unis à Dieu par une foi pure et par une union essentielle, ils peuvent jouir de la créature, sans quitter le Créateur; demandez-le au Révérend Père.
Le directeur. Il est vrai. Monsieur, que ce sont là nos principes; mais nous n'en tirons pas les conséquences que Monsieur prétend. Nous ne nous en servons pas pour porter les hommes à commettre des actions criminelles, mais seule-
a. Epure de saint Jacques^ chapitre i, versets 14 et i5.
I. « Le propre de l'union essentielle est d'affermir l'âme de
telle sorte, qu'elle ne peut plus avoir de ces défaillances qui arrivent aux âmes commençantes , dans lesquelles la grâce étant encore foible, elles éprouvent des éclipses, et font encore des chutes; mais par cette union l'âme est confirmée (si l'on peut user de ce terme) dans la charité, puisque alors elle demeure en Dieu; et celui qui demeure en Dieu demeure en charité; car Dieu est charité. » {Exvlication du Cantique des cantiques^ chapitre 11, verset 6, p. 47 ^t 4^-)
DIALOGUE IX. 7o5
ment pour consoler ceux qui y sont tombés. I.e directeur ne doit pas dire à ses disciples qu'ils peuvent [)écher impunément; mais s'il arrive qu'ils commettent des crimes, il n'en doit pas être épouvanté. Quoi qu'ils lui rapportent de l'état pitoyable de leur âme et de leur attachement au péché, il ne doit pas les croire pour cela déchus de l'état d'innocence. Enfin il doit leur remettre là-dessus l'esprit, et leur persuader que leur volonté n'a jamais eu de part à ce qui s'est passé en eux. C'est là ce qu'on appelle chez nous consoler ses amis qui sont dans la trihulation.
Le docteur. C'est-à-dire, mon Père, que si quelqu'un de vos pénitents venoit vous trouver , et s'accusoit d'avoir consenti de propos délibéré à la volonté de commettre un adultère, ou un autre crime énorme; d'avoir exécuté plusieurs fois cette mauvaise volonté ; d'avoir vécu longtemps dans cette habitude criminelle, et de ne point sentir encore en soi de douleur ni de componction : au lieu de lui représenter l'énormité de son crime, la peine qu'il mérite, l'état de damnation dans lequel il s'est précipité, la bonté et la miséricorde d'un Dieu qu'il a offensé , pour l'exciter à des mouvements de pénitence et de contrition ; au lieu de lui imposer une satisfaction proportionnée à la grandeur de ses crimes , de ne lui donner l'absolution, et de ne lui permettre d'approcher des sacrements que quand vous jugeriez qu'il est contrit et converti ; au lieu, dis-je, d'en user ainsi, comme les lois de l'Eglise le prescrivent, voici à peu près le langage que vous lui tiendriez : « Ne soyez point épouvanté, mon frère, de ces impuretés dans lesquelles vous êtes tombé ; ce sont des actes de votre partie inférieure et sensuelle, violentée par le démon : votre partie supérieure et votre volonté n'y ont eu aucune part, quoiqu'elles vous paroissent y avoir consenti plusieurs fois, puisque vous n'avez point révoqué l'acte d'abandon par lequel vous vous êtes donné à Dieu. Vous avez conservé la pureté de l'âme, plus précieuse que la pureté du corps : votre âme est innocente et sans tache devant Dieu. L'action criminelle que vous avez commise est un effet de sa volonté : vous n'en êtes pas moins en état de grâce et de salut pour l'avoir commise ; et quand vous n'y seriez pas, cela vous doit être indiÉFérent. C'est dans cette bienheureuse indifférence pour le La Bruyère, u 4 5
7o6 DIALOGUES SUR LE QUIÉÏISME.
bien ou pour le mal, pour le salut ou pour la damnation que consiste la perfection. N'ayez donc point de regret, point de douleur, point de contrition: réjouissez-vous au contraire en Dieu, dont la volonté est accomplie dans vous et sur vous. » Voilà de quelle manière, mon Père, vous devriez exhorter votre pénitent.
Le directeur. Les occasions de faire de semblables remontrances sont fares parmi nous ; car l'âme du parfait contemplatif ne se reproche ordinairement rien : elle n'est plus à elle, elle ne sait ce qu'elle a fait ; elle ignore ce qu'elle est, ou plutôt elle n'est plus ce qu'elle étoit, étant transformée en Dieu : elle ne sait de quoi s'accuser, de quoi se confesser, de quoi se corriger ou se repentir*.
Le gentilhomme. Ne vous l'avois-je pas bien dit d'abord, que nos mystiques soulageoient les hommes du joug pesant de la confession et de la pénitence, et qu'ils les délivroient de toute sorte de scrupules et de remords de conscience? En pouvez-vous douter?
Le docteur. Non, je vois à présent que l'école de vos faux mystiques est une école d'impureté et d'abomination ; que l'on y renverse les lois divines et naturelles ; qu'on y enseigne le Hbertinage; qu'il n'y a ni crainte de Dieu, ni religion, ni piété, ni vertu ; enfin que votre parfait contemplatif peut être
I. « Les âmes dont je parle ne peuvent presque jamais se confesser, car lorsqu'elles veulent s'accuser, elles ne savent qu'accuser et que condamner, ne pouvant rien trouver en elles de vivant et qui puisse avoir voulu offenser Dieu, à cause de la perte entière de leur volonté en Dieu ; et comme Dieu ne peut vouloir le péché, elles ne le peuvent vouloir non plus. » (Liçre des Torrents^ partie II, chapitre II, no 3, p. 253.)
« Si l'on dit à ces âmes abandonnées àe se confesser, elles le font, car elles sont très-soumises; mais elles disent de bouche ce qu'on leur fait dire, comme un petit enfant à qui /'on diroit : « Il faut « vous confesser de cela » ; il le dit sans connoître ce qu'il dit, sans savoir si cela est ou non, sans reproches, sans remords; car ici l'âme ne peut trouver de conscience , et tout est tellement perdu en elle* ^ qu'il n'y a plus chez elle d'accusateur : elle demeure contente sans en chercher. » {Ibidem^ p. 253.)
* Voyez ci-dessus, p. 6i8, note **.
un monstre exécrable, plongé dans toutes sortes de vices , un infâme, un impudique, un blasphémateur, sans cesser d'être uni essentiellement avec Dieu,
Le directeur. On peut abuser des choses les plus saintes, et tirer de mauvaises conséquences des plus saines maximes.
Le docteur. Mon Père, ce n'est point un abus de votre doctrine : c'en est une suite et une conséquence nécessaire, comme Monsieur vient de le faire voir. Conséquence avouée, et même écrite par vos auteurs; car que peut-on de plus exprès, que ce qui se trouve écrit sur ce sujet, àiinsX' Explication du Cantique des cantiques "' : « Que les âmes abandonnées n'ont
a. On lit dans V Errata de l'édition des Dialogues^ publiée par du Pin : «Page 876 {Usez : p. 875 et 876; nos pages 707 et 708 répondent à cette indication)^ on cite trois passages tirés de V Explication du Cantique des cantiques. Le second est à la page i56 {lisez : p. 116 et 117) de ce livre; le troisième à la page 117 {Usez : 126 et 127). Le premier est équivalemment p. 146 et 176, et presque mot pour mot dans le Livre des Torrents. » — Le passage des Torrents dont il est question nous semble devoir être l'un de ceux qui sont cités ci-dessus en note, p. 620 et 621, et p. 706. Nous ne voyons nulle part, dans ce qui précède, cette sorte de citation qui commence à la dernière ligne du texte de la page 707 ; mais elle se rencontre plusieurs fois dans les OEuvres de Mme Guyon (voyez par exemple dans les Torrents., outre le passage que nous venons de rappeler, le chapitre IX de la I'"^ partie; dans le Moyen court .^ le § xxiv, etc.). Quant aux passages de V Explication du Cantique des cantiques où nous devons retrouver « équivalemment » ces six premières lignes enfermées à tort dans des guillemets, voici ce que nous donnent les pages indiquées. Pages 1 45 et 146 ; « La vraie consommation du mariage fait le mélange de l'âme avec son Dieu si grand et si intime, qu'elle ne peut plus se distinguer ni se voir, et c'est ce mélange qui divinise, pour ainsi parler, les actions de cette créature, arrivée à un état aussi haut et aussi sublime que celui-ci : parce qu'elles partent d'un principe tout divin, à cause de l'unité qui vient d'être liée entre Dieu et cette âme fondue et recoulée en lui , Dieu devenant le principe des actions et des paroles de cette âme , quoiqu'elle leur donne aussi le jour et les produise au dehors. » — Page 176 : « L'épouse ne peut plus rien craindre, parce que tout lui est devenu Dieu, et qu'elle le trouve également en toutes choses .... Elle est entrée dans une excellente participation de l'immensité de Dieu. » Peut-être n'est-ce pas à ce dernier passage
7o8 DIALOGUES SUR LE QUIÉTISME.
plus de pureté propre ; mais qu'elles ont, par leur union essentielle à Dieu, la pureté de Dieu, qui peut par conséquent leur commander toutes sortes d'excès, auxquels elles n'ont point de part, parce qu'elles ne sont plus, et que n'étant plus, il ne peut y avoir aucune malignité en elles » ? Il est encore dit dans le même ouvrage : « Que l'Epoux permet les fautes * dans son épouse, afin de la punir, et de la purifier en même temps de l'attache qu'elle avoit à sa pureté et à son innocence. » Ainsi l'attache d'une âme à la pureté et à l'innocence est une faute que Dieu punit, et les impuretés dans lesquelles elle tombe ne sont pas des crimes, mais la punition de ses crimes. Enfin peut-on rien de plus épouvantable que ce que l'on y fait dire à l'épouse , que « sa noirceur apparente, c'est-à-dire ses péchés, cachent la grandeur des opérations de Dieu dans son âme, comme l'humanité sainte couvre en Jésus-Christ la divinité ^ » ? Que vous semble, ma sœur, de cette comparaison de l'humanité de Jésus-Christ avec la noirceur de l'âme? N'est-ce pas un horrible blasphème?
La pénitente. Oui, mon frère, et je ne puis plus entendre ces choses sans horreur : confuse, interdite, étonnée, je rougis de honte d'avoir été malheureusement engagée dans des principes si pernicieux. Mais au moins ne croyez pas, mon frère, que mon cœur ait jamais eu part à de telles infamies, ou que
que renvoie l'éditeur, et faut-il lire : « p. i56, » au lieu de : « p. 176. » On lit, p. i56 : « Elle {rdme en qui le mariage a été parfaitement consommé) est très-parfaite , mais des perfections de Dieu même, et parce qu'elle est exempte de toute propriété;... elle est entrée dans l'innocence de Dieu. »
a. Cette faute^ dans le texte de V Explication du Cantique des cantiques.
h. Ici non plus la citation n'est pas textuelle. Voici le texte • « Là l'humanité adorable paroît noire comme un corbeau, en ce qu'elle paroît, non-seulement couverte de meurtrissures, mais aussi chargée de péchés et de la noirceur de tous les hommes, quoiqu'elle soit la blancheur et la pureté sans pareille. Là où Jésus- Christ parut un ver et non un homme, l'opprobre des hommes et le mépris du peuple, combien étoit-il noir ! Cette noirceur néanmoins ne laissoit pas de relever sa beauté, parce qu'il n'en étoit chargé que pour en décharger tout le monde. »
j'aie été capable de rien faire contre mon devoir. Ah! plutôt que le ciel
Le docteur. J'en suis très-persuadé, ma sœur, et je sais que vous avez été trompée par les fausses promesses de ce directeur, qui vous flattoit de vous conduire à Dieu par une voie sûre et abrégée. Il vous conduisoit, ma sœur, dans un précipice ; Dieu vous le fait apercevoir; rendez-lui de trèshumbles actions de grâces de ce bonheur ; cherchez, cherchez d'autres directeurs qui vous conduisant, non par leurs propres lumières, mais par celles de l'Evangile et de l'Eglise , vous mènent infailliblement au port du salut. Pour Monsieur, je crois qu'il a trop d'esprit pour approuver les principes des faux mystiques, et qu'il est trop homme de bien pour mettre en pratique aucune des conséquences funestes qu'il a tirées si naturellement de ces principes.
Le gentilhomme. Il faut vous l'avouer. Madame, j'ai donné trop légèrement dans les pernicieux préceptes de l'auteur des Torrents. Dieu m'a tiré de mon aveuglement par le secours de Monsieur votre beau-frère : ses chrétiennes leçons m'ont convaincu qu'il n'appartient qu'à Dieu de tracer des routes certaines pour le salut. Je lui ai. Madame, cette première obligation ; mais je lui suis encore très-redevable de s'être servi aujourd'hui de moi pour vous faire sortir de votre erreur, et vous remettre ainsi dans la voie du salut. J'ai goûté. Madame, pendant quelques années le dangereux poison qui vous infectoit : comme vous, je me suis laissé séduire au jargon et aux termes spécieux des nouveaux mystiques ; leurs directeurs se sont prévalus de ma foiblesse comme de la vôtre; mais heureusement Monsieur votre frère nous rend l'un et l'autre à Dieu et à la vérité par la force de l'Evangile, et par la solidité de ses raisons. Nous serions tous contents, si le Révérend Père, éclairé des lumières célestes, et touché des mouvements de la grâce, reconnoissoit aussi son égarement.
La pénitente. Ah! plût à Dieu que mes vœux y pussent contribuer, et que de concert avec vous j'eusse l'avantage de....
Le docteur. Ah! ma chère sœur, quel comble de joie de vous voir revenue de votre erreur, et que votre charité vous porte à vouloir sauver celui qui vous alloit perdre ! Mais je
crains que son heure ne soit pas encore venue, et qu'il ne reste encore beaucoup à travailler pour le remettre dans le bon chemin.
Le directeur. Toutes les cre'atures me condamneroient , Monsieur, que ce me seroit moins qu'un moucheron, comme je vous l'ai déjà dit*. Que mes disciples m'abandonnent; que tous les docteurs du monde me combattent; que les évêques me proscrivent; que l'Eglise me chasse de son sein; qu'on m'accable d'autorités; qu'on me confonde par une foule de raisons, rien n'est capable d'ébranler mon cœur et mon esprit.
Le docteur. Adieu donc, mon Père : vous voyant dans une disposition si ennemie de la vérité, je n'entreprends pas de vous en convaincre ; tout ce que je puis faire est d'offrir mes vœux et mes sacrifices à celui qui force les volontés rebelles, afin qu'il amollisse la dureté de votre cœur, et qu'il vous rende quelque jour capable d'entendre et d'aimer la vérité.
a. Voyez ci-dessus, p. 63 1,