Dom dans les éditions
6. Var. (édit. 4-6) : et il sera tué. — Cette allusion aux violences des gentilshommes de province a son commentaire dans les Mémoires de Fléchier sur les grands jours cT Auvergne (i665-i666).
et à lui-même, souvent sans toit , sans habits et sans aucun mérite, répète dix fois le jour qu'il est gentilhomme, traite les fourrures^ et les mortiers^ de bourgeoisie, occupé toute sa vie de ses parchemins et de ses titres , qu'il ne changeroit pas contre les masses d'un chancelier ^ (ÉD. 4.)
i3i. Il se fait généralement dans tous les hommes des combinaisons infinies de la puissance, de la faveur, du génie, des richesses , des dignités , de la noblesse , de la force , de l'industrie , de la capacité , de la vertu, du vice, de la foiblesse , de la stupidité , de la pauvreté , de l'impuissance, de la roture et de la bassesse. Ces choses, mêlées ensemble en mille manières différentes, et compensées l'une par l'autre en divers sujets, forment aussi les divers états et les différentes conditions. Les hommes d'ailleurs, qui tous savent le fort et le foible les uns des autres, agissent aussi réciproquement comme ils croient le devoir faire, connoissent ceux qui leur sont égaux, sentent la supériorité que quelques-uns ont sur eux, et celle qu'ils ont sur quelques autres ; et de là naissent entre eux ou la familiarité *, ou le respect et la déférence, ou la fierté et le mépris. De cette source vient que dans les
1 . a On appelle absolument fourrure une sorte d'habit que portent les docteurs et bacheliers d'une université dans quelque action de cérémonie. La fourrure qui est dans cet habit marque leur caractère et leur qualité. » (Le Dictionnaire des arts et des sciences^ par M. D. C. de l'Académie Françoise, 1694.)
2. Les mortiers désignent les présidents du Parlement. Voyez tome I, p. 290.
3. Les masses d'un chancelier sont les bâtons, à tête garnie d'argent, que l'on portait devant lui dans les cérémonies, et que l'on figurait en sautoir derrière l'écu de ses armes.
4. Une erreur d'impression a substitué formalité' à familiarité dans le texte des g^ et lo^ éditions.
endroits publics et où le inonde se rassemble, on se trouve à tous moments entre celui que l'on cherche à aborder ou à saluer, et cet autre que Ton feint de ne pas connoître, et dont l'on veut encore moins se laisser joindre; que l'on se fait honneur de l'un, et qu'on a honte de l'autre ; qu'il arrive même que celui dont vous vous faites honneur, et que vous voulez retenir, est celui aussi qui est embarrassé de vous, et qui vous quitte ; et que le même est souvent celui qui rougit d'autrui , et dont on rougit, qui dédaigne ici, et qui là est dédaigné. Il est encore assez ordinaire de mépriser qui nous méprise. Quelle misère! et puisqu'il est vrai que dans un si étrange commerce, ce que l'on pense gagner d'un côté, on le perd de l'autre, ne reviendroit-il pas au même de renoncer à toute hauteur et à toute fierté, qui convient si 2)eu aux foibles hommes, et de composer ensemble , de se traiter tous avec une mutuelle bonté, qui avec l'avantage de n'être jamais mortifiés, nous procureroit un aussi grand bien que celui de ne mortifier personne? (éd. 4-)
Bien loin de s'effrayer ou de rougir même du nom de i32. philosophe, il n'y a personne au monde qui ne dût avoir une forte teinture de philosophie ^ Elle convient à tout le monde ; la pratique en est utile à tous les âges , à tous les sexes et à toutes les conditions ; elle nous console du bonheur d'autrui, des indignes préférences, des mauvais succès, du déclin de nos forces ou de notre beauté ; elle nous arme contre la pauvreté, la vieillesse , la maladie et la mort, contre les sots et les mauvais railleurs; elle nous fait vivre sans une femme, ou nous fait supporter celle avec qui nous vivons.
I . L'on ne peut plus entendre que celle qui est dépendante de la religion chrétienne. (Note de la Brujère.)
i33. Les hommes en un même jour ouvrent leur âme à de petites joies, et se laissent dominer par de petits chagrins; rien n'est plus inégal et moins suivi que ce qui se passe en si peu de temps dans leur cœur et dans leur esprit. Le remède à ce mal est de n'estimer les choses du monde précisément que ce qu'elles valent.
ï34. Il est aussi difficile de trouver un homme vain qui se croie assez heureux, qu'un homme modeste qui se croie trop malheureux.
i35. Le destin du vigneron, du soldat et du tailleur de pierre m'empêche de m'estimer malheureux par la fortune des princes ou des ministres qui me manque.
i36. Il n'y a pour l'homme qu'un vrai malheur, qui est de se trouver en faute , et d'avoir quelque chose à se reprocher * .
13^. La plupart des hommes, pour arriver à leurs fins, sont plus capables d'un grand effort que d'une longue persévérance : leur paresse ou leur inconstance leur fait perdre le fruit des meilleurs commencements; ils se laissent souvent devancer par d'autres qui sont partis après eux, et qui marchent lentement, mais constamment^.
i38. J'ose presque assurer que les hommes savent encore mieux prendre des mesures que les suivre, résoudre ce
1. C'est un des sens qu'on peut donner à la maxime suivante de la Rochefoucauld (n» clxxxiii) : « Il faut demeurer d'accord, à l'honneur de la vertu, que les plus grands malheurs des hommes sont ceux où ils tombent par les crimes. »
2. La Bruyère ne se souvient-il pas de la fable x du livre VI de la Fontaine : le Lièvre et la Tortue?
qu'il faut faire et ce qu'il faut dire que de faire ou de dire ce qu'il faut. On se propose fermement, dans une affaire qu'on négocie, de taire une certaine chose, et ensuite ou par passion, ou par une intempérance de langue, ou dans la chaleur de l'entretien , c'est la première qui échappe, (éd. 7.)
Les hommes agissent mollement dans les choses qui ï^g. sont de leur devoir, pendant qu'ils se font un mérite, ou plutôt une vanité, de s'empresser pour celles qui leur sont étrangères, et qui ne conviennent ni à leur état ni à leur caractère ^ .
La différence d'un homme qui se revêt d'un caractère i^o, étranger à lui-même, quand il rentre dans le sien, est celle d'un masque à un visage, (éd. 4-)
Télèphe a de l'esprit , mais dix fois moins , de compte i^i fait, qu'il ne présume d'en avoir : il est donc, dans ce qu'il dit, dans ce qu'il fait, dans ce qu'il médite et ce qu'il projette, dix fois au delà de ce qu'il a d'esprit; il n'est donc jamais dans ce qu'il a de force et d'étendue : ce raisonnement est juste. Il a comme une barrière qui le ferme , et qui devroit l'avertir de s'arrêter en deçà ; mais il passe outre, il se jette hors de sa sphère; il trouve lui-même son endroit foible, et se montre par cet endroit; il parle de ce qu'il ne sait point, et de ce qu'il sait mal ^ ; il entreprend au-dessus de son pouvoir , il désire au delà de sa portée ; il s'égale à ce qu'il y a de meilleur en tout genre. Il a du bon et du louable, qu'il
I. Cette même pensée se trouve déjà exprimée cî-dessus, p. 48, no 104.