‹ Œuvres de La Bruyère (volume 4)Chapitre 31 sur 257 · Versailles, Fontainebleau, Marly · texte numérisé non relu

Versailles, Fontainebleau, Marly

5. Voyez le la Rochefoucauld de M. Gilbert, tome I, p. 168, note i , f>. Vab. (édif. 4) • de nous rendre contents.

pour Tordinaire si flatteurs et si complaisants, peuvent se démentir : quelquefois on ne les reconnoît plus, et l'on voit l'homme jusque dans le courtisan, {éd. 4-)

L'afTectation dans le geste, dans le parler et dans les i46« manières est souvent une suite de l'oisiveté ou de l'indifFérence; et il semble qu'un grand attachement ou de sérieuses affaires jettent l'homme dans son naturel.

Les hommes n'ont point de caractères \ ou s'ils en ont, i47« c^est celui de n'en avoir aucun qui soit suivi, qui ne se ilémente point, et où ils soient reconnoissables. Ils souffrent beaucoup à être toujours les mêmes , à persévérer dans la règle ou dans le désordre; et s'ils se délassent quelquefois d'une vertu par une autre vertu, ils se dégoûtent plus souvent d'un vice par un autre vice. Ils ont des passions contraires et des foibles qui se contredisent ; il leur coûte moins de joindre les extrémités que d'avoir une conduite dont une partie naisse de F autre. Ennemis de la modération , ils outrent toutes choses , les bonnes et les mauvaises , dont ne pouvant ensuite supporter l'excès, ils l'adoucissent par le changement. Adraste étoit si corrompu et si libertin , qu'il lui a été moins difficile de suivre la mode et se faire dévot : il lui eût coûté davantage d'être homme de bien. (éd. 4-)

D'où vient que les mêmes hommes qui ont un flegme 148 tout prêt pour recevoir indifféremment les plus grands désastres , s'échappent , et ont une bile intarissable sur les plus petits inconvénients? Ce n'est pas sagesse en eux qu'une telle conduite , car la vertu est égale et ne se dé-

I. Il y a ainsi caractères ^ au pluriel, dans toutes les éditions du <lix-septième siècle.

^o DE L'HOMME.

ment point; c'est donc un vice, et quel autre que la vanité, qui ne se réveille et ne se recherche que dans les événements où il y a de quoi faire parler le monde , et beaucoup à gagner pour elle, mais qui se néglige sur tout le reste? (éd. 4*)

i49« L'on se repent rarement de parler peu, très-souvent de trop parler : maxime usée et triviale que tout le monde sait, et que tout le monde ne pratique pas. (éd. 4-)

i5o. C'est se venger contre soi-même, et donner un trop grand avantage à ses ennemis , que de leur imputer des choses qui ne sont pas vraies, et de mentir pour les décrier.

i5i. Si l'homme savoit rougir de soi, quels crimes, nonseulement cachés , mais publics et connus , ne s'épargneroit-il pas! (éd. 40

i52. Si certains hommes ne vont pas dans le bien* jusques où ils pourroient aller, c'est par le vice de leur première instruction ^.

i53. Il y ^ dans quelques hommes une certaine médiocrité d'esprit qui contribue à les rendre sages.

t54. Il faut aux enfants les verges et la férule ^ ; il faut aux

1. Var. (édit. 1-3) : Si les hommes ne vont pas ordinairement dans le bien.

2. Voyez plus loin, au chapitre des Jugements, p. ii3, les réflexions 84 et 85.

3. Tel n'était point l'avis de Montaigne (voyez ses Essais, livre I, chapitre xxv, et livrepl, chapitre vin, tome I,p. 219 et 220, et tosne II, p. 90 et suivantes); mais l'aphorisme que place ici la Bruyère n'avait jamais rencontré que de rares contradictions. Maie-

hommes faits une couronne, un sceptre, un mortier, des fourrures, des faisceaux, des timl)ales, des hoquetons*. La raison et la justice dénuées de tous leurs ornements ni ne persuadent ni n'intimident^. L'homme, qui est esprit, se mène par les yeux et les oreilles ^.

Timon^ ou le misanthrope, peut avoir* Tàme austère i55, et farouche ; mais extérieurement il est civil et cérémonieux : il ne s'échappe pas, il ne s'apprivoise pas avec les hommes; au contraire, il les traite honnêtement et sérieusement ; il emploie à leur égard tout ce qui peut éloigner leur familiarité ; il ne veut pas les mieux connoître ni s'en faire des amis , semblable en ce sens à une femme qui est en visite chez une autre femme, (éd. 5.)

Lranche lui-même , après avoir démontré « qu'il n'y a rien qui soit si contraire à l'avancement des enfants dans les sciences.... que les peines dont on les punit et dont on les menace sans cesse, » déclare qu'il est « quelquefois utile d'effrayer et de punir les enfants par des châtiments sensibles , » rappelant ce passage des Proverbes (chapitre XIII, verset 24) '. Qui parcït virgœ odit fHium suum. {De la Recherche de la vérité^ livre II, 2^ partie, chapitre viii, § 2 ; tome I. p. 204 et 207. — Voyez aussi le Traité de morale de Malebranche, 1^ partie, chapitre xxiv, § vu et x, p. 166 et 171, édition d'Amsterdam, 1684O

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