C'est-à-dire de science
DES JUGEMENTS. 8r
prévention toute établie * contre les savants , à qui ils ôtent les manières du monde, le savoir-vivre, l'esprit de société, et qu'ils renvoient ainsi dépouillés à leur cabinet et à leurs livres. Comme l'ignorance est un état paisible et qui ne coûte aucune peine, l'on s'y range en foule, et elle forme à la cour et à la ville un nombreux parti, qui l'emporte sur celui des savants. S'ils allèguent en leur faveur les noms d'EsTRÉES, de Harlay, BossuET, Seguier, Montausier , Wardes, Ghevrelse, NovioN, Lamoignon , ScuDERY^, Pelisson , et de tant d'autres personnages^ également doctes et polis; s'ils
1 . Il y a toute établie dans les diverses éditions du dix-septième siècle.
2. Mlle de Scudery. (^Note de la Bruyère dans les éditions /\, 5 et 9; dans les éditions 6-8 on a imprimé ; « Mlle Scudery. ») — La Bruyère a cru nécessaire de placer ici cette note pour prévenir toute confusion entre la sœur et le frère; c'est sous le nom de son frère que les romans de Mlle de Scudery avaient paru. Georges de Scudery, auteur du poème à'Jlaricy de plusieurs tragi-comédies, etc., était mort depuis 1667; sa sœur, Madeleine de Scudery, auteur de Cyrus, de Clélief de plusieurs volumes publiés sous le titre de Conversations sur divers sujets^ Conversations morales ou nouvelles^ etc., vivait encore.
3. Var. (édit. 1-3) : S'ils allèguent eu leur faveur les noms de Hak- LAY, BossuET, Seguier, et de tant d'autres personnages, etc. — Les noms de Montausier, Wardes, Chevreuse , Novion , Lamoignon, Scudery et Pelisson ont été ajoutés dans la 4® édition ; celui d'Estrées dans la 6^. — Parmi les membres de la famille d'Estrées, le compliment de la Bruyère s'adressait particulièrement au cardinal César d'Estrées (1628-1714), membre de l'Académie française depuis i656, et à son neveu Victor-Marie d'Estrées, qui fut connu plus tard sous le nom de maréchal de Cœuvres, puis sous celui de maréchal d'Estrées. ce II n'a rien imprimé, que l'on sache, a écrit Chapelain en donnant place au cardinal d'Estrées sur la liste des écrivains célèbres qu'il a composée par l'ordre de Colbert ; mais on a vu de lui plusieurs lettres latines et françoises de la dernière beauté, et qui font bien voir qu'il n*est pas seulement docteur en théologie, mais encore au Parnasse entre les premiers. » Son neveu n'avait alors que trente ans; mais déjà il avait la réputation d'homme oc docte et poli : » voyez l'éloge qu*en fait Mme de Sévigné, toute charmée de son esprit et de
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osent même citer les grands noms de Chartres, de CoNDÉ, deCoNTi, de Bourbon, du Maine, de Vendôme \
son savoir, dans sa lettre du 20 novembre 1689 (tome IX, p. 819).
— Le nom de Harlay est sans doute placé ici comme un hommage à François de Harlay (iBaS-iôgS), archevêque de Paris et membre de l'Académie française depuis £671. Ses discours obtenaient toujours un grand succès. Le Harlay « docte et poli » est bien plus vraisemblablement lui que le premier président Achille de Harlay. — Le nom de Seguier est le seul des noms cités par la Bruyère ^ui n'eût pas à cette époque de représentant célèbre : le Chancelier était mort en 1672 ; mais la Bruyère, qui désirait entrer à l'Académie française, ne pouvait oublier ici le nom de celui qui en avait été si longtemps le protecteur. — Le duc de Montausier, ancien gouverneur du Dauphin, vivait encore quand parut la 5® édition des Caractères : il mourut le 17 mai 1690. — Sur le marquis de Vardes, courtisan instruit, dont le nom avait été prononcé lorsqu'il s'était agi de donner un gouverneur au duc de Bourgogne, voyez tome I, p. 5^6. — Le duc de Chevreuse, fils du duc de Luynes, avait reçu à Port-Royal une excellente éducation. Il « écrivoit aisément, agréablement et admirablement bien et laconiquement, » dit Saint-Simon (tome X, p. 274). C'est lui qui corrigea pour Fénelon les épreuves des Maximes des saints. — Nicolas Potier de Novion, premier président au Parlement jusqu'en 1689, était membre de l'Académie française depuis 1681 ; il mourut en 1693. — Paul Pellisson (1624-1693) a composé des mémoires pour Foucquet, une histoire de l'Académie française, dont il était membre, et divers autres ouvrages.
I. Var. (édit. 1-3) : les grands noms de Condé, d'ENGHiEN et de CoNTi. — Les noms de Bourbon, du Maine, de Vendôme ont été ajoutés dans la 4* édilion (1689) > celui de Chartres dans la 6^ (1691).
— Le duc de Chartres, qui devait être duc d'Orléans et régent du royaume, avait alors dix-sept ans. Il était « savant sans être pédant, » au témoignage de sa mère (voyez la Correspondance de Madame ^ duchesse d'' Orléans^ née princesse palatine^ tome I, p. 3o). — Le seul prince de Conti qui vécût à cette époque était François-Louis de Bourbon-Conti (1664- 1709), l'un des plus savants et des plus charmants personnages de la cour : a C'étoit, dit Saint-Simon (tome VII, p. 83), un très-bel esprit, lumineux, juste, exact, vaste, étendu, d'une lecture infinie. » Son père , Armand de Bourbon , qui avait composé des livres de théologie et de morale, était mort en 1666.
— Le nom de Bourbon en 1689 représentait l'élève de la Bruyère, M. le duc de Bourbon, alors âgé de vingt et un ans. Son père, Henri-
comme de princes qui ont su joindre aux plus belles et aux plus hautes connoissances et Tatticisme des Grecs et l'urbanité des Romains, l'on ne feint* point de leur dire que ce sont des exemples singuliers; et s'ils ont recours à de solides raisons , elles sont foibles contre la voix de la multitude. Il semble néanmoins que Ton devroit décider sur cela avec plus de précaution, et se donner seulement la peine de douter si ce même esprit qui fait faire de si grands progrès dans les sciences *,
Jules de Bourbon, que depuis la mort du grand Condé (1686) l'on nommait Monsieur le Prince, c'est-à-dire M. le prince de Condé, devait recevoir au nom de Condé plutôt qu'au nom de Bourbon la part d'éloges qui lui revenait : la Bruyère, il est vrai, qui dans les trois premières éditions , comme on l'a vu au début de cette note, avait réservé le nom de Condé pour le grand Condé, et désigné son fils Henri-Jules de Bourbon par son ancien titre d'Engbien, n'effaça Enghien qu'au moment où il ajouta Bourbon; mais le nom de Bourbon ne prit jamais place dans les titres qui furent donnés à Henri - Jules de Bourbon. La Bruyère n'avait certainement aucune pensée qui pût déplaire à ce dernier, en attribuant uniquement à son illustre père le nom de Condé dans les trois premières éditions ; peut-être avait-il écrit cet alinéa du vivant de Condé, alors qu'il y avait lieu de distinguer Condé et Engbien. — Le duc du Maine (Louis- Auguste de Bourbon, fils légitimé de Louis XIV), l'ancien élève de Mme de Maintenon, avait alors vingt ans. Dès son enfance on le tenait pour c un prodige d'esprit a (voyez les Lettres de Mme de Séngné^ tome IV,. p. 549, et tome V, p. 10 et 11), et aussi pour un prodige d'instruction : en 1678 Mme de Maintenon et l'abbé le Ragois avaient fait paraître un recueil de ses lettres et de ses tlièmes sous ce titre : OEiwres diverses d'un auteur de sept ans. — Le nom de Vendôme était alors porté par le duc Louis-Joseph de Vendôme et par le grand prieur Philippe de Vendôme, qui vivaient l'un et l'autre au milieu d'un cercle de beaux esprits.