Toujours au plus grand nombre on doit s'accommoder
DE LA MODE. i47
L'on blâme une mode qui divisant la taille des hommes 12. en deux parties égales, en prend une tout entière^ pour le buste, et laisse l'autre pour le reste du corps; Ton condamne celle qui fait de la tête des femmes la base d'un édifice à plusieurs étages^ dont l'ordre et la structure change ^ selon leurs caprices , qui éloigne les cheveux du visage, bien qu'ils ne croissent que pour l'accompagner, qui les relève et les hérisse à la manière des bacchantes, et semble avoir pourvu à ce que les femmes changent leur physionomie douce et modeste en une autre qui soit
Et jamais il ne faut se faire regarder.
L'un et l'autre excès choque, et tout homme bien sage
Doit faire des habits ainsi que du langage,
N'y rien trop affecter, et sans empressement
Suivre ce que l'usage y fait de changement.
Mon sentiment n'est pas qu'on prenne la méthode
De ceux qu'on voit toujours renchérir sur la mode,
Et qui dans ces excès dont ils sont amoureux,
Seroient fâchés qu'un autre eût été plus loin qu'eux ;
Mais je tiens qu'il est mal, sur quoi que l'on se fonde,
De fuir obstinément ce que suit tout le monde,
Et qu'il vaut mieux souffrir d'être au nombre des fous
Que du sage parti se voir seul contre tous.
(Molière, V École des Maris, acte I, scène i, vers 4i-54.)
« A quoi, dit Malebranche en parlant de Tertullien, sert par exemple à cet auteur, qui veut se justifier d'avoir pris le manteau de philosophe au lieu de la robe ordinaire, de dire que ce manteau avoit autrefois été en usage dans la ville de Cartilage? Est-il permis présentement de prendre la toque et la fraise, à cause que nos père& s'en sont servis? Et les femmes peuvent-elles porter des vertugadins, et des chaperons, et des escoëffions, si ce n'est au carnaval, lorsqu'elles veulent se déguiser pour aller en masque? » {De la Recherche de la vérité, livre II, 3^ partie, chapitre m, tome I, p. 3o2, édition de 1675.) — La Bruyère a reproduit ce dernier trait à la fin de la remarque suivante, n» 12.
1. « Toute entière, » dans les éditions du dix-septième siècle,
2. Et qu'une main savante, avec tant d'artifice, Bâtit de ses cheveux le galant édifice.
(Boileau, satire X, vers 198 et 194O