‹ OEuvres de La Bruyère (volume 5)Chapitre 115 sur 875 · LA LANGUE DE LA BRUYERE · texte numérisé non relu

LA LANGUE DE LA BRUYERE

La première édition des Caractères a paru il y a près de deux cents ans, en 1688; la dixième, onze ans plus tard, en 1699, ^^^ ans après la mort de la Bruyère. Deux «iècles, c'est beaucoup pour une langue, surtout quand les éyénements qui ont rempli ce temps, ont, comme chez nous le dix-huitième et les trois premiers quarts du dixH[ieuvième (que nous garde le dernier?), exercé sur une nation, sur les institutions, les idées, les mœurs, une influence si puisp santé, si profonde, et successivement si diverse.

Mais, quand on parle de la langue, il faut, si Ton veut être compris, conmiencer par dire ce qu'on entend par ce mot, quelle étendue de sens on lui donne. Nous lisons dans notre auteur (tome I, p. 36i) : a Qui dit le peuple dit plus d'une chose. » Cela est vrai aussi, et au moins autant, de la langue, qui est encore loin, si jamais elle le doit atteindre, de ce but où tend, nous dit-on, le monde démocrcaisé^ de cette égalité qui doit niveler un jour, non-seulement les conditions, mais aussi la culture des esprits, et, qui sait? à la longue (des rêveurs ne ront-41spas dit aussi?) les esprits mêmes. D'abord il y a et il y aura toujours, sans aucun doute, le langage familier et le langage noble et soutenu, car, avec les petits et légers sujets d'entretien, nous garderons toujours, je l'espère, les grands et graves intérêts de l'âme et les hautes régions de la pensée. Dans ces deux domaines, le noble et le familier, nous aurons toujours aussi, avec leurs genres divers, la langue parlée et la langue écrite. C'est de la seconde seulement que nous devons ici nous occuper^ en nous bornant à ce genre qui a droit à l'épithète de littéraire,

La Beutèex. m, 1 a

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