‹ OEuvres de La Bruyère (volume 5)Chapitre 116 sur 875 · LEXIQUE DE LA BRUTÉRB · texte numérisé non relu

LEXIQUE DE LA BRUTÉRB

La Bruyère dit quelque part (I, i3o) qu'il n*j a guère entre la langue de Man>t et celle de la fin du dix-iq>tiènie siècle que h différence de quelques mots. Cela est bien plus vrmi de h Ungue de la Bruyère lui-même, comparée à la nôtre, à ne prendre que le dictionnaire du bon usage, et non ceux, bien entendu, qui ont enregistré tous les néologismes dont s'est dirai-je enrichi ou appauvri? lo français littéraire ou se croyant tel.

Dans un ])assage bien connu (II, aoS-sig], commençant par celle question : « Qui pourroit rendre raison de la fortune de certains mots et de la proscription de quelques autres? », la Bruyère regrette quantité de mots vieux ou vieillissants ^ Malgré ses regrets, bien légitimes, de ces termes qu'il n'eût point fallu, dit-il, abandonner, son stjle, mil dans deux passages* qui sont des pastiches, des jeux, n*a rien d'arclialquê : il suit Tusage de son teiiips et le respecte à un tel point (|ue, s*il lui arrive de s'en écarter tant soit peu, de se permettre une expression insolite, il a soin de la souligner; on reconnaîtra ces petites licences au caractère italique dont il a marqiië, et nous d'après lui, outre beaucoup de noms propres, certains autres mots.

En somme, nous ne trouvons chea lui presque aucim terme vrainMit tombé en désuétude. De ce nombre pourrait être, aux yeux de qndques lecteurs, l'adjectif recru^ harassé, que la Bmjère emplois une fois absolument : « Il revient de nuit, mouillé et recru 0 (t^ aàs); une autre fois avec un synonyme et un complément expEcatif : «Jsflse et recrue de fatigue* » (II, a3) ; remarquons toutefois que ni PAca^

I. Parmi les exemples qu*îl doxme, on peut s^étonner d*en un bon nombre qui aujoiird*hui ne choquent penonne, comme ou TieilliftsaiiU, tcU que TadTerbe certes^ les adjectifii MwtirMar, fructueux j piteuXy jovial^ eouriols^ ytuUwrd^ mêiuongmr. Ce loat de ce auxquels s applique le mot d*Horace {jért poétiqm^ vert ;p et 71) : JM^ remuceniur aim,,,, cecldêre,,,, wocûhula. Au reste, on peut voir, •!•— 'lia» notes, que la Bruyère n^est point, pour tous, absolument 'd*aceord aiee l(>s lexiques et les grammairiens contemporains. Pour certes^ en peitû

dans une première rédaction, qu'il a corrigée au moyen d'ua

(Toyez la Notice bibliogrmphique^ p. i36). Quant à frmciutmm^ la BimpJh Teut dire, sans doute, qu'il a Tieilii au sens propre (voyca la note • et la page 308 du tome II) ; lui-même s^en sert au uguré : c Maw;BHff fructueuse » (I, 38i). — A propos du carton où d a elboé ctrus^ pouTons citer, comme preuves aussi de son respect de la grammaire oa

sieurs

Cour^ n<* 54, tome I, p. SiQ.

3. Je remarque que, sur les trois exemples ^ne M. Littré cite outie ks deux nôtres, il en est deux où le mot est aussi accompagné d*un synonyme {épuisé y /tarasse), qui semble être là pour réclaircir.

PRÉFACE

ni

mie ( i835) ni M. littrë ne marquent le mot de T^ithète de TieOIi on d'inusitë. Plus d'an lecteor aussi ne connaît guère l'onomatopëe, claire comme telle, (laquer (II, la), jeter avec force un liquide, que TAcadëmie dit peu usitée. Mais, dans l'expression : « hauteur immensu" rable d'une étoile » (II, a6a et a63), aucun, je pense, n'hésitera sur le sens du second mot et ne voudra le condamner comme un néologisme d'autrefois, devenu archaïsme, bien que l'Académie, à tort, je crois, l'ait toujours omis, et qu'elle ne donne, comme terme technique de géométrie, qn^incommensuroàle. ^

Sont encore devenus plus ou moins rares, mais restent fodles ht comprendre les mots : désoccupé (I, 67, note 4 ; I, 289) ; décréditement (II, 11 a); indévot (II, 173). Y joindrai-je prom^no/r, pour I/ck de promenade (I, aa), que je retrouvais, il y a peu de jours, au bas d'un journal, dans un feuilleton; pécunieux^ ayant beaucoup d'argent comptant (I, agi ; II, 448), crierie^ a crieries des avocats » (I, 85), deux mots que l'Académie, depuis sa quatrième édition (1761), range, non dans les inusités, mais dans les familiers ; quelques substantifs en eur : escrimeur (I, 45), épouseur (I, 290), énumérateur (II, aaa), tous admis encore par l'Académie : elle dit le dernier seul l>eu usité; hypocondre^ « un goût hypocondre » (I, 178) : l'Académie ne reconnaît le mot que conmie terme anatomique, puis comme adjectif pris substantivement, au sens d' (homme) hypocondriaque. Elle continue d'admettre ( 1 835) , et sans restriction, bien qu'on ne s'en serve plus guère, l'expression de delà^ pour « de l'autre côté de » : « Les gens de delà Feau », les Anglais (II, i3a); « de delà les monts » (II, 87); et les deux verbes, de sens très-différent, meugler (II, 66), imprower (II, 38 et 197), qui pourtant, si je ne me trompe, ont à peu près cédé la place, dans le langage ordinaire, à beugler et désapprouver : de meugler^ M. littré ne donne qu'un exemple, de Mathurin Régnier ; d'improuver^ û n'en a pas de postérieur au dix-septième siècle : les trois qu'il cite sont de Pascal, de Mme de Sévigné, de Bossuet.

Quant aux mots dont la vétusté ne consiste que dans une différence d'orthographe modifiant la prononciation, la liste n'en est pas longue. De ce genre sont : naviger^ pour naviguer (I, 81, et 8'i, note i); succery pour sucer (I, 117); bienfacteur (I, a56); bienfactrice (I, i8o; II, 181); apprenti f (II, aai) : l'Académie, dans sa première édition, donne les deux formes, apprenti f^ ive, et apprenti^ isse ; capriole^ pour cabriole (I, 179; voyes Molière, Dépit amoureux^ vers 1109); échet, échet..., mat^ pour^cAA?(1, 3a5);7arar/c, pour pratique (1, 1 14, éd. 1-8); Ittiteur^ pour lutteur (I, 86, éd. i-3); fetoux (II, i'<7), pour /fou, terme de numismatique ; quereUeux^ revenant jusqu'à cinq fois (voyez au Lexique) y pour querî^ieur; a Sa Majesté Maroquine », pour Mitrocaine^\ k» formes verbales : assit ^ employé par notre auteur

I. Dans la Lettre à Poateharinun : voyez à la fin du tome III, i^ partie.

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