‹ OEuvres de La Bruyère (volume 5)Chapitre 128 sur 875 · XXIV LEXIQUE DE LA BRUYÈRE · texte numérisé non relu

XXIV LEXIQUE DE LA BRUYÈRE

a Sur ce qui concerne les moeurs, le phtt beau et le meillMir ett tdeté; Ton ne fait que glaner aprèf les anciens » (I, ii3).

d Des gens enirr^s, emtoreelés de la faveur » (I, 3 a a).

« Un sujet où feutre si fort (auquel je prends tant a*intérèt) et par devoir et par inclination » (II, 491) : " * *gi^ ^^ roraiaon funèbre de b princesse Palatine par BoMuet.

a Envelopoer une dupe (comme dans un filet) » (I, 347); * Un ^'^^ *^ cret et enveloppé de la mort d*autrui » (I, «67).

a Un eualm de gens de livrées » (I, a8o).

a Un tissu d^ënigmes leur seroit une lecture divertiaMmte ; et e*est oar perte pour eux que ce style estrooié qui les enlère soit rare » (I, 114).

a II éîincelle des yeux » (II, 4).

a Télèphc.... a comme une barrière qui le ferme ^ et qui devroit Tawrtir de s'arrêter en deçà; mais il passe outre, il se jette hors de sa sphèrf > (11,65).

a Un ferme génie.... ne perd rien à retracer et à feuiiUier^ pour aini dire, sa rie et ses actions 0 (II, 33 et 34).

a Pendant que vous lui répondez, il perd le /S/ de sa curiositë» (1,314)*

a Un jeune homme fleuri^ rif, enjoué, spirituel » (I, 990); c Trof jeune et trop fleurie pour ne pas plaire » (II, 91).

a Un grain d'esprit et une onee d'affaires plus qu'il n'en entre dau h composition du suffisant, font ^important o (II, 99).

a Quelle facilité est la nôtre pour perdre.... la mémoire det cboKS dont nous nous sommes vus le plus fortement imprimés 1 » (II, 468) : on peut regretter que cette métaphore n'ait pas été adoptée à la place ^s néologisme aujourd'hui vulgaire d*impreuiotuter.

a L'on marche sur les mauvais plaisants, et il pleut par tout pays de cette sorte à^ insectes » (I, 91 5).

<c Ils ont une bile intarissable sur les plus petits iuconTénîentt » (II, 69): figure aussi commune aujourd'hui qu'autrefois; mais en voici lae extension inconséquente, qui étonne à bon droit : « Cela.... a semé dan le monde cette pépinière intarissable de directeurs]» (I, i83).

Lustre : voyez ci-dessus, p. xxiri, corde,

« Il s^est noyé de dettes 0 (I, 971) : l'exemple n'est à relever queponr le tour réfléchi.

ce II a du bon et du louable, qu'il offusque par l'affectation » (II, 6»

Once : voyez plus haut grain,

« Le magistrat coquet ou galant.... est ouvert par mille foiblet..., et l'on y arrive par toutes les femmes à qui il veut plaire » (O, 186); « U s^ouvre et parle le premier » (I, 374).

a II part de la main^ il rassemble le peuple » (I, 320 et 39i) : Wpmifi* la main y c'est-à-dire, il se met au galop, court soudain, s'empresse.

« Une grande parure pour le favori disgracié, c'est la retraite s (I, 379). Telle est la leçon des trois premières éditions; les suivantes portent : « Une belle ressource pour celui qui est tombé dans la diipice du Prince, c'est, etc. 0

« Elle (cette ville) me paroît peinte sur le penchant de la colline s (I, 933) : c'est-à-dire, elle foit tableau.

« Lisez dans ses yeux.... combien il est content el pénétré de soi^-même s (I, 3i7).

« Une femme de ville entend-elle le bruissement d'un carrosse..., elle pétille de goût et de complaisance pour quiconque est dedans » (T, 991).

(( Ils (certaines gens) sont comme pétris de phrases et de petits tours d'expression » (I, 393) : dans toutes les éditions anciennes, paistris ou jf ait ris.

PRÉFACE

«( VouB le voyez planté^ et qui a pris racine au milieu de ses tulipes » (II, i35).

(( Ils portent au veitt, attelés tous deux au char de la Fortune » (I, 3o4). La mëtaphore porter au peni ne cadrerait-elle pas mieux encore arec un navire qu'avec un char?

Racine : voyez plus haut planté.

« Elles (les femmes de la cour) regorgent de train, de splendeur et de dignités » (I, 191).

Jtelief : voyez ci-dessus, p. xxiii, enflure.

<i Le visage du Prince fait toute la félicité du courtisan;... il s*occupe et se remplit pendant toute sa vie de le voir et d'en, être vu v (I, 3 29).

« Riches talents » (I, 343); a Belles paroles..., rictus figures » (II,

<x Des âmes sales^ pétries de boue et d'ordure » (I, a64). Rapprochez les emplois suivants du substantif io/e/^ : a On lui voit aux mains des poireaux et d*autres saletés » (I, 70); a Les saletés des Dieux, la Vénus, le Ganymcde et les autres nudités du Carrache » (II, 170).

« Ils (jusqu'à des princes) viennent trouver cet homme dès qu'il a sifflé n (II, i33). Cet homme, c'est le roi Guillaume III ; il eût été difficile de mieux faire sentir par un seul mot que leur conduite sentait le valet.

« Les naseaux soufflent le feu et la vie » (II, 44^) • î^ s*agit d*un cheval sculpté par Bernin ; le second complément est d'une heureuse hardiesse.

(c II n'y a rien qui mette plus subitement un homme à la mode et qui le soulève davantage que le grand jeu » (II, i44)*

« Sa tannerie^ qu'il appelle bibliothèque » (II, 139) : la raillerie est à l'adresse d'un amateur de reliures, toutes en maroquin noir.

Tuf \ voyez ci-dessus, p. xxiii, enfoncer.

Dans presque tous ces passages, la métaphore se réduit à un seul mot ; elle n'est un peu continuée que dans trois ou quatre des phrases citées. Rarement la Bruyère la prolonge d'une manière frappante, comme dans cet endroit bien connu: « La gloire aime le remue-ménage^ et elle est personne d*un grand fracas » (II, i3o).

Assez rarement même il emploie à la rendre toute une locution, comme dans ce peu d'exemples : a Ltvcr t étendard d^aumônier, et.... avoir tous les pauvres d'une ville assemblés à sa porte, qui y reçoivent leurs portions » (II, a48 et 349). — a (C'est) folie.... de mettre l'enseigne d'auteur ou de philosophe » (II, 88). — a Vous me peignez un fat, qui met l'esprit en roture » (II, 85). — « J'ai mené un vrai deuil d'avoir échappé au plaisir d'entendre une si belle pièce (l'oraison funèbre de la princesse Palatine par Bossuet) » (II, 491) : plus haut déjà (p. xii et p. xxi), nous avons eu à citer ce dernier passage dans deux autres catégories d^exempies.

Jusqu'ici nous n'avons guère considéré les mots qu'un à un ou par petits groupes formant des locutions, et quant à leur sens. La manière de les placer a aussi son importance pour la physionomie du discojurs, et peut donner lieu, dans la comparaison des auteurs, des ëpoques, à diverses observations. Pour la construction de tel ou tel mot en particulier, les différences qui vraiment marquent, dans la langue de la Bruyère rapprochée de la nôtre, sont assez rares.

Dans cette phrase : a Je consens que tous disiez d'un homme qui court

xxTi LEXIQUE DE LÀ BRUTÂRE.

le sanglier..., qui le perce : Voilà um èrmpe kommê » (II, 1919), nous dînooi plutôt : a Voilà un homme brave. »

Dans cette autre : « Une excustPê (^imiom de •oi-même » (I, 34^), nom déplacerions aussi Tadjectif.

Dans cet exemple : a Vouloir tirer de la rertu tout antre avantaKe qae

nu : « la m^me vertu. »

La place de TadTerbe soupMt peut ëtonaer d'abord un peu dam ect endroit : a Leur extrême pente à rire aux dépena d*antmi, et a jeter m ridicule souvent où il n*j en peut aroir » (I, 347); mais une petite addition : a souvent là, sourent là même où.... », tumt pour qne le tour a"^ plus rien qui arrête.

Voyez aans le Lesiqme^ à Seul et SRUuanuiT, des emplois de ces deu mots où leur place est pour nous quelque peu remarquable.

Ce petit nombre d'exemples ne se rapporte qu'à la coostraction de mots uniques. Pour la structure des phrases, des membres de phrases, voyez ce qui est dit de la Construction à l'article XVI de TJ^dvthiction grammaticale j p. lxui-lxvu; de la Variété de régimes d de dépendances et un même motj à l'article XII, p. Lv-x.Tn ; et de h place des relatifs à l'article Qui, que, p. 3oo-3o2 du Lexique,

Au sujet de quelques longues périodes que la Bruyère a libremeol développées dans des écrits dont le genre les comportait, et ansquelles renvoie la fin de l'article XVII, qu'on veuille bien me permettre une remarque. On peut dire qu'elles suffisent à montrer que si, en général, son style n'est pas périodique, cela tient à la nafenre de son sujet, et qu'on ne peut pas conclure de là qu'il soit de FaTii^ aujourd'hui si commim, qu'il faut, partout et en tout genre d'ëcriti, hacher le discours, juxtaposer sans lier, éviter les mots conjonctib, ni qu'il partage cette sorte d'horreur (c'est le mot) que maintenaot tant de critiques, de maîtres même éprouvent et professent pour ks qui et les fjue. J'ai vu tel professeur de rhétorique qui, annotant ime copie d'élève, se bornait en quelque sorte, pour toute correctioD, à souligner ces petites jointures. Faire la guerre aux enchevètremeoti^ aux obscurités, apprendre à l'écolier à ne pas prodiguer les infîitw^ les dépendances, et surtout à les bien placer, à tenir toajours gnad compte et de la clarté et de l'harmonie, rien de mieux assurément; mais aller jusqu'à défendre de marquer par les mots le développe* ment logique des idées, la relation des membres de phrase entre eux, de faire un tout par l'expression de ce qui est un tout par la pensée ; n'autoriser que le moule à la Sénèque, et, chez nous, si Ton veut, à la Voltaire, et interdire l'ample développement à la GicéroD, à la Bossuct : c'est appauvrir la langue, réduire ses moyens d'expression, et, dans l'enseignement, se priver d'une excellente gymnastic{ue. Que récolicr, quand le moment est venu, quand il a la force voulue pour cet exercice s« propre à donner de la vigueur et de la

PRÉFACE. xxvii

souplesse à l'esprit^ apprenne à enchaîner ses idées; à rendre, là où le sujet et le genre le permettent et souvent le demandent, cet enchaînement par les mots ; à dëvider, sans l'embrouiller, Técheveau du raisonnement. Pour reprendre haleine, marquer les repos, faire de petites haltes, pas n'est besoin d'entières solutions de continuité : il faut pour nier à notre idiome cette aptitude à la période, qui y est moindre que dans les langues à flexion nominale, mais qui ne lui manque assurément pas, il faut pour la lui nier ou la lui vouloir ôter, n'avoir pas pratiqué nos grands orateurs. Ils savent unir les propositions de manière à en faire un ensemble net et dégagé, allonger leur course sans s'essouffler, varier les allures ; ils savent, si l'on veut me passer cette autre figure, couvrir la pensée, je ne dis pas d'une robe sans couture, mais d'un habit bien cousu, et ne la condamnent pas à n'être vêtue, quelle qu'elle soit, que de pièces et de morceaux. Qu'on me pardonne cette digression; mais je crois qu'il importe vraiment de réagir contre cette tendance à supprimer la diâiculté pour ne pas enseigner l'art de la vaincre, à méconnaître ce que peut notre langue, et, je le répète, à l'appauvrir, à diminuer ses moyens, ses ressources.

Je reviens à la Bruyère^ Il me reste à dire que , dans l'étude de sa langue, il faut, non-seulement pour la structure des phrases, mais à tous égards, distinguer entre ses divers genres d'écrits. Les différences sont grandes, d'abord entre la partie traduite du grec, les Caractères de Théophrasîe^ et les œuvres originales ; puis, à ne prendre que celles-ci, entre l'ouvrage capital, les Caractères ou les mœurs de ce siècle^ et le reste des œuvres : d'une part le Discours à CAcof demie; d'atïtre part les annexes et préliminaires, tels que la préface de ce discours, puis le Discours sur Théophraste , la préface des Caractères ; et d'autre part encore les Lettres. Je ne parle pas des Dialogues sur le Quiétisme : bien que leur attribution à la Bruyère ait beaucoup de vraisemblance, l'authenticité n'est point assez incontestable pour qu'on ait cru devoir grossir le Lexique de leurs mots et tours remarquables. D'ailleurs ce serait surtout pour un vocabulaire spécial et technique de théologie et de mysticisme qu'il y aurait de l'intérêt à les dépouiller. Au point de vue littéraire, quoique restant à une infinie distance des Provinciales , ils ne sont certes pas sans mérite et ne manquent ni de force logique, ni de mordant, ni de finesse ; mais ils ne marquent point dans Thistoire de la langue de manière à fournir d'importantes et vraiment intéressantes additions à nos relevés de termes et de tournures. Conune toute traduction, celle de Théophraste, dont il sera facile de distinguer les extraits, pour peu qu'on veuille bien y prendre garde, par les chiffres des renvois (I, 33 à 88], ne rend pas un sûr et pur témoignage de la manière de notre auteur. Quoique sa version ne soit pas un simple calque, loin de là, elle participe trop du style de l'original qu'elle a à

xxviii LEXIQUE DE LA BRUTÉRE.

reproduire, |>our pouvoir nous montrer yraiment quel usage le grand moraliste fait de la langue quand il l'emploie à sa guise et pour rendit sa propre pensée. Ses préfaces et dissertations prëliminaires sont plos propres à le caractériser; on les pourrait vouloir plus coulantes, mais par cela même que Fart les a moins achevées et dégagées, elles font mieux voir |)eut-ètrey non ce que peut l'écrivain , mais ce qu'il Eût de naturel et premier mouvement. C'est ce que nous montre aussi, et moins à l'avantage de son esprit que de son caractère, une partie de ses Lettres : celles qu'il adresse au grand Condé au sujet des études de son petit-fils ; ce sont de courts et rapides bulletins, négligés, plus que simples. Y semer les traits, y faire de l'esprit, n'eût pas été de fort bon goât, ni, en ce temi)s-là, suffisamment respectueux avec sob Très-haut et Sérénissime correspondant ; mais avoir tant d'esprit et s'en |)ouvoir défendre et abstenir à ce point ne laisse pas d'étonner. Dans une autre lettre, celle à Phélypeaux, comte de Pontchartrain, trouvée récemment à la Bibliothèque nationale, et que nous donnons en appendice à la fin de la i'* partie du tome III, ce qui étonne, ce n'est pas l'absence de toute prétention à l'esprit, c'est plutôt le contraire, et surtout le genre d'esprit auquel cette prétention aboutit: je ne sais si l'on trouverait ailleurs, dans une littérature quelconque, un tel homme, un penseur aussi profond, aussi délicat, prenant plaisir à un tel jeu, à des riens aussi fades, à écrire et lire des plaisanteries faites sur le ton de cette lettre et des deux que nous avons de Phélypeaux à lui*. Dans le Discours à V Académie^ ^ évidenunent trètsoigné à tous égards, on peut relever peut-être quelques traits d'un goût risqué, et, çà et là, un certain embarras dans les constructions; mais, du reste, il est assez conforme, en général, pour le stjrle et la langue, à ce qu'on peut appeler la vraie manière de la Bruyère, à celle qu*a immortalisée sa grande œuvre des Caractères^

Ce livre , qui lui a donné et lui conserve un haut rang parmi nos grands écrivains , est un ouvrage, non de prompt et premier jet, mais de patient labeur, le fruit d'un art consommé. Nulle part on n'est tenté de se dire qu'il lâche la bride à sa plume, et s'abandonne de prime saut à sa verve : il compte et assure tous ses pas ; c'est même d'oii lui vient parfois je ne sais quel air (oserai-je le dire?) un peu trotte-menu. Il suit de là, à savoir de cette habitude de minutieuse attention, que sa langue, tout en témoignant, dans son ensemble, du bon usage de son temps, nous marque principalement, en ce qui frappe, ressort, se distingue, le tour personnel de son esprit, et que, parmi les exemples réunis dans ce Lexique^ les plus remarquables caractérisent plus le style de la Bruyère que la langue du temps où il écrivait,. de la fin du dix-septième siècle.

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