‹ OEuvres de La Bruyère (volume 5)Chapitre 127 sur 875 · PREFACE. XXI · texte numérisé non relu

PREFACE. XXI

a Vous Tojez des gens qui entrent sans saluer que légèrement, qui marchent des épaules^ et qui se rengorgent comme une femme » (I, àoa) : accompagnant le mouTement des pieds d^un mouTement des épaules, haussant IVpaule en même temps qu'ils lèvent le pied.

a II entend déjà sonner le beffroi..., et crier à P alarme » (I, 870).

Construction remarquable de la locution à mesure : « A mesure que Ton acquiert d'ouverture dans une nouvelle métaphysique.... » (II, 246).

c Une science vaine, aride..., qui ne tombe point dans la conversation, qui est hors de commerce » (I, 148); a Ce prélat se montre peu à la cour, il n'est de nul commerce » (II, 90).

« Par les traitements que Ton reçoit de ceux avec qui Fon vit ou de qui Ton dépend. Ton est bientôt jeté hors de ses mesures^ et même de son naturel » (II, 17).

<( C'est un débordement de louanges en sa faveur.... On en a au-dessus desjreux^ on n'y tient pas 0 (I, 3 10 ) : par^dessus les yeux ^ dit l'Académie.

« Il est au-dessus de vouloir se soutenir ou continuer de plaire v (1, 111).

<c Être continuellement aux prises avec soi-même pour ne la pas craindre (la mort) » (II, a5).

a Se trouver tête pour tête k la rencontre d'un prince » (II, 7).

(i J'aurois Timpudence de me promener au Cours, et dV passer en revuê avec une personne qui seroit ma femme d (II, 181); « L'on y passe en revue (dans une promenade publique) l'un devant l'autre » (I, ^yS) : passer^ au sens neutre, être exposé aux regards, être passé en revue.

a II se rend maître du plat, et fait son propre <i^ chaque service d (11,55).

a Faire son capital de Tétudier (d'étudier cette espèce de talent) et se le rendre propre » (I, 3oo).

a Les scoliastes.... si fertiles.... dans les endroits clairs et qui ne font de peine ni à eux ni aux autres » (II, ao3) : qui n'embarrassent ni eux ni les autres.

a Je fais choix des choses dont il (mon élève) a plus besoin d'être instruit, sur lesquelles j'insiste fort et ne lui fais point de quartier i> (II, 5o5) : c'est-a-dire, et ne le ménage point, et ne lui en fais point grâce; il faut absolument qu^il les apprenne.

« Pourquoi me faire froid? » (II, ia3) : me montrer de la froideur.

« L'éioge (de Richelieu) et celui du prince qui ta mis en œuvre 0 (II, 457); c II faut des fripons à la cour...; mais l'usage en est délicat, et il faut savoir les mettre en œuvre » (I, 3 18).

a Un ancien galant.... cède à un nouveau mari... ; un nouveau galant.... lui rend le change 0 (I, 175).

a II tient le fauteuil (au jeu) quatre heures de suite chez Arîcie, où il risque chaque soir cinq pistoles d'or v (I, a84).

<r J'ai mené un vrai deuil «Tavoir échappé au plaisir d'entendre une si belle pièce (l'oraison funèbre de la princesse Palatine par Bossuet) » (II, 490*

a Comment le fixer, cet homme inquiet..., qui change de mille et mille figures? » (II, i5i.) On dit bien changer de figure \ mais étendre ainsi l'expression et dire changer de mille et mille figures pour signifier : « prendre successivement mille et mille figures », était tout aussi singulier, je pense, au temps de notre auteur qu'au nôtre.

Les locutions suivantes ont ceci de commun, qu'elles nous offrent de remarquables exemples de verbes réfléchis :

« Il ne se plaint non plus toute sorte de parure qu*an jeune homme qui a épousé une riche vieille » (I, 160).

« S*il se trouve bien iTun homme opulent, à qui il a su imposer, dont il est le parasite..., il ne cajole point sa femme » (II, i56).

a L'on ne se rend point sur le detîr de ^<Mtëder et de s^agnuidir » (I, »6a); a Une femme coquette me se rendpowt sur la pasûon de plaire, et sur Topinion qu'elle a de la beauté s (I, 173); c Ia dûtrmction (de aoa élève) diminue de jour à autre... : c*ett snr quoi je m^opiniâtre et atar rends point » (II, 4^3).

a Une affaire de rien, et qui ne mérite pas ^'on /«■ rtmuim 9 (I, 3ia).

a Où la religion a échoué..., Tintérét s*enjouê^ et le fiiit aans peine ■ (I, 337); a Celui qui a fait les cieux..., et qui ujame Jm \cM dire moa- Yoir » (II, aôo).

a II entre dans le secret des familles...; il s'offre, il se fmii de fête, il faut l'admettre » (I, 34s) : se faire de fête, dit l'Académie (i694-i835), c'est a s'entremettre de quelque affaire, et rouloir s'y rendre nëcemin sans j avoir été appelé. »

Voyez plus haut, p. it, m passer à moins.

Le tropc le plus ordinaire^ la figure par ezcelience, c'est la méuphore, la comparaison faite sans dire qu'on la foit. Tout le monde sait que Ton découvre, en remontant à l'origine des mots, un nambit infini de métaphores devenues, en grande partie, latentes par Fabscurcissement du sens primitif et par l'effet du fréquent usage, d (pie l'on reconnaît même que cette translation da sens est, dans b langues, le mode le plus ordinaire, et, pour bien des objets et dci idées, le mode presque unique d'expression. Mais, parmi les mtephores encore senties, il en faut distinguer de deux, on peut dire de trois sortes : d'abord celles qui sont toutes faites et à la disposîtifli de tous dans le dictionnaire, qui sont le bioi coounun, un faîn durable et une des principales richesses de l'idiome; puis ceDM qu'une époque adopte, que la suivante laisse tomber en dë8uétade;cK enfin celles que chacun peut créer, risquer à son gré, avec une libarté qui n'a d'autres limites que la justesse, la bienséance, le bcm goAL

C'est, il va sans dire, à ces deux derniers genres seulement qu'on doit être attentif dans une étude où Ton se propose de caractériser b langue d*un temps ou d'un auteur, disons mieux, ces deux langneSi

La Bruyère, dans son style tempéré, n'a point de ces métophoni éclatantes, audacieuses, qu'on rencontre chez le poète inspiré, cbei l'orateur passionné, sublime : en ce genre, comme en tout, il eH modéré et discret, il se contente d'être fin, délicat, spirituel; il ne vise qu'à être expressif.

Celles qui, chez lui, m'ont paru dignes de remarque et que je résnis ici, sont, la plupart, ingénieuses, et ont bien, si je name tranpe^ les qualités que je viens de dire ; quelques-unes sont toutes sini^ et n'attirent un peu l'attention que parce qu'elles ne s'emploknl guère, quelque fréquente que soit l'occasion d'en user. Gomme h métaphore se glisse partout de façon plus ou moins sensible, je nai pas besoin d'avertir que dans les précédentes listes d'exemples 3 s'en trouve plus d'un qui aurait droit de figurer aussi dans celle-ci. Je suis, comme j'ai déjà fait pour d'autres citations, l'ordre alphabétique.

PRÉFACE. xxiii

« Il y a des âmes.... enfoncées et comme ab(mêet dans les contrats, les titres et les parchemins d (I, a64) : !& métaphore n*a rien que d'ordinaire; elle ne me paraît quelque peu remarquable que par ses compléments.

(( L'histoire de Louis XII.... s*achemine„,, rers sa fin » (II, 49^) : îl s'agit des leçons qu'il donne au prince son élève.

(( Ne faire sa cour à personne, ni attendre de quelqu^un qu'il tous fasse la sienne, douce situation, àgt d'or » (II, laa et ia3).

(t Toute campagne n'est pas agreste, et toute rille n'est pas polie d (II, 89) : pour qu'on ne se trompe pas sur son intention, sur le passage du sens physique au sens moral, notre auteur a soin de dire en note : « Ce terme s'entend ici métaphoriquement. »

« Les esprits vifs.... ne peuvent s*assou9tr de l'hyperbole » (I, i45).

(( On annonce, au moment quUl parle, un cavalier, qui de sa seule présence démonte la batterie de l'homme de ville » (I, a45) ; a La vie de la cour est un jeu sérieux... : il faut arranger seB pièces et ses batteries, avoir un dessein, le suivre » (I, 3a5).

u C'est un homme qui est de mise un quart d'heure de suite, qui le moment d'après baisse..., perd le peu de lustre qu'un peu de mémoire lui donnoit, et montre la corde » (I, 167; voyez ci-dessus, p. xx).

Corrompre, au sens d'altérer : « On affecte de les corrompre (ces noms) en les prononçant » (I, sSg); « Ces traits (ces extraits d'un ouvrage), ainsi corrompus et défigurés..., ils les exposent à la censure » (I, lai); a Une nouvelle qui se corrompt la nuit d (I, 137); a Ces efforts de mémoire (du prédicateur) qui corrompent le geste et défigurent le visage » (II, a35).

« La foule innombrable de clients ou de courtisans dont la maison d'un ministre se dégorge plusieurs fois le jour m (I, SSg).

c( Pressez-les, tordez-les, ils dégouttent l'orgueil d (I, 3aa).

a Quelque idée qui me vienne et quelque nouvel établissement que je fusse au sujet des études de Monsieur le duc de Bourbon, je déménage sans peine pour aller où il plait à Votre Altesse » (II, 478)*

« Tous.... lisent ces sortes d'ouvrages...; ils en dépeuplent les boutiques » (II, ^^S),

ik [Les gens d'esprit] ne savent-ils pas.... détourner les petits défauts, ne montrer que les vertus ? o (I, 35o.)

« Quel moyen de vous définir, Téléphon? on n'approche de vous que comme du feu, et dans une certaine distance, et il faudroit vous dévelop^ per, vous manier..., pour porter de vous un jugement sain et raisonnable » (I, 344).

a U lui dresse une épitaphe » (I, 74); « Dresser des comptes » (I, i53).

<( L'Opéra est V ébauche d'un grand spectacle » (I, i33).

« Les mêmes hommes qui ont un flegme tout prêt pour recevoir indifféremment les plus grands désastres, s^échappent et ont une bile intarissable sur les plus petits inconvénients v (II, 69); a II est.... cérémonieux: il ne Réchappe pas, il ne s'apprivoise pas avec les hommes d (II, 71).

<( Les éclats et les applaudissements aux théâtres de Molière et d'Arlequin » (I, 3 a 4).

« S'attendrir sur le pitoyable..., éclater sur le ridicule » (I, i37).

« \^^ embellissement (l'accroissement) de sa fortune » (I, 367).

(( Ceux qui doivent tout leur relief et toute leur enflure à l'autorité où ils sont établis de faire valoir ces.... lois 9 (II, 77) : c'est-à-dire, les jurisconsultes, les magistrats.

a Un certain nombre de gens.... n^ont pas...» deux pouces de profon-deur; si vous les enfoncez^ vous rencontrez le tufti (I, 33 1).

a Les hommes.... sont.... charmés, enlevés par la réussite » (II, ia3; voyez ci-après, p. xxiv, estropié).

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