ORTHOGRAPHE. LXXI
les deux / maintenant se prononcent; pour le remplacement par uni de l'y, signe d'origine des mots tirés du grec : slile, hipocrite, hiperbole, phisionomie, sinonime, etc. ; pour le changement, dans cette même espèce de mots, de ch et de then ceten t: cronique, arconle, entousiasme, misantrope, Mitridate, etc.
L'influence de Richelet se retrouve aussi dans quelques formes diverses, comme equille, pour aiguille; cahos, pour chaos ; quadrer, pour cadrer; dragme, qui est aussi l'orthographe de Furetière, pour drachme; ustenciles, pour ustensiles ; baailler, pour bäiller (l'Académie, 1694, a les deux formes) ; ballie (Richelet, balie), pour balaye; paistrir (ailleurs pétri; Richelet, paitrir), pour pétrir; sausse, pour sauce (Richelet donne les deux formes) ; solemnel, pour solennel (encore les deux formes dans Richelet, qui du reste avertit qu'on prononce solanel).
De ces manières d'écrire nous trouvons, dans les éditions qui nous occupent, pour certains mots l'usage constant, pour d’autres des exemples seulement avec d'autres manières différentes ; car on ne se pique pas, dans ces anciennes impressions, d’être très-uniforme etconséquent. A côté des formes à la Richelet, nous en rencontrons d’autres d'une tout autre méthode; à côté de solise, molesse, des doublements de consonnes, comme : cotterie, robbe, rolle (Richelet et l'Académie, rôle), abboyer (orthographe de l’Académie et de Furctière).
Si l'on supprime l'y, comme Richelet, dans les mots dérivés du grec, on le conserve, contrairement à son usage, à la fin des mots; soy, Loy, bailly, decry, etc. Si l'on efface l'aspiration du chi et du théla, on laisse intact le phi et ne le remplace point par f; on écrit phantome, phanlaisie, phiole; l’Académie a pour ces mots les deux formes, et renvoie du ph à l'f. Nos éditions conservent aussi, contrairement à Richelet, mais conformément, si nous en croyons l’Académie (1694), au meilleur usage, des lettres étymologiques: poulmons, colomnes, etc., parfois là même où l’Académie les supprime, ainsi dans épices, pour épis. Les formes omeltre et obmettre, que nous trouvons toutes deux dans le texte imprimé, méritent une mention particulière : voyez ce qui en est dit au tome II, p. 191, note 5. Il faut noter aussi bienfacteur, bienfactrice, qui est l'orthographe unique de Furetière; l'Académie (1694) laisse le choix entre bienfacteur et bienfaicteur; Richelet entre bienfacteur et bienfaileur : voyez au tome I, p. 180, note 5.
Nous ne relèverons plus qu'un petit nombre de faits particuliers, dont quelquesuns, dans ces textes, peuvent bien être des fautes, par exemple l’e, au masculin, dans les adjectifs subtil (pour lequel notre auteur donne lui-même la vraie règle, II, 215), puéril, brut (subliles détours, stile puérile, organes brutes); au contraire frust, que nous écrivons fruste; felour, que nous écrivons flou; quaisse, pour caisse ; maïterie, pour métairie; essain, pour essaim; adhérant, pour adhérenl; pratic, adjectif, pour pratique, dans les huit premières éditions ; échet, pour échec, dans toutes les éditions (l'Académie, 1694, a soin d'avertir que le c final ne se prononce pas); dans les trois premières, l’archaïsme luileur, pour lutteur, dont M. Littré cite un exemple tiré de la 1re salire (vers 87) de Regnier ; dans la 4e édition, condemnalion, pour condamnation ; dans toutes, succer, pour sucer ; etc., etc.
En voilà assez, trop peut-être, sur l'orthographe deséditions publiées du vivant de la Bruyère dont on ne sait à qui il faut attribuer la responsabilité. C'est sans doute, nous l'avons dit, à l'imprimeur plus qu'à l’auteur, et, puisqu'il s'agit de toute une série d'éditions, de 1688 à 1696, aux protes et correcteurs qui se sont succédé dans l'imprimerie de Michallet. Ces agents anonymes, assez éclectiques, on l'a vu dans ce qui précède, nous sont des témoins de la méthode, ou mieux de plusieurs méthodes du temps ; mais ce ne sont pas assurément de ces autorités dont on ait à tenir grand compte dans l'histoire de l'orthographe française.