‹ Œuvres de La BruyèreChapitre 8 sur 797 · PRÉFACE. XXI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXI

« Vous voyez des gens qui entrent sans saluer que légèrement, qui marchent des épaules, et qui se rengorgent comme une femme » (I, 302) : accompagnant le mouvement des pieds d’un mouvement des épaules, haussant l'épaule en même temps qu'ils lèvent le pied.

« Il entend déjà sonner le beffroi..., et crier à l’alarme » (I, 370).

Construction remarquable de la locution à mesure: « A mesure que l’on acquiert d'ouverture dans une nouvelle métaphysique... » (IT, 246).

« Une science vaine, aride..., qui ne tombe point dans la conversation, qui est hors de commerce » (I, 148); « Ce prélat se montre peu à la cour, il n’est de nul commerce » (II, 90).

« Par les traitements que l’on reçoit de ceux avec qui l’on vit ou de qui l’on dépend, l’on est bientôt jeté hors de ses mesures, et même de son naturel » (II, 17).

« C’est un débordement de louanges en sa faveur... On en a au-dessus des yeux, on n’y tient pas » (I, 310) : par-dessus les yeux, dit l’Académie.

« Il est au-dessus de vouloir se soutenir ou continuer de plaire » (I, 222).

« itre continuellement aux prises avec soi-même pour ne la pas craindre (la mort) » (II, 25).

« Se trouver tête pour têle à la rencontre d’un prince » (II, 7).

« J'aurois l’impudence de me promener au Cours, et d’yÿ passer en revue avec une personne qui seroit ma femme » (Il, 181); « L'on y passe en revue (dans une promenade publique) l’un devant l’autre » (1, 275) : passer, au sens neutre, être exposé aux regards, être passé en revue.

« 11 se rend maître du plat, et fait son propre de chaque service » (IT, 55).

« Faire son capital de l’étudier (d'étudier cette espèce de talent) et se le rendre propre » (I, 300).

« Les scoliastes..… si fertiles... dans les endroits clairs et qui ne font de peine ni à eux ni aux autres » (II, 208): qui n’embarrassent ni eux ni les autres.

« Je fais choix des choses dont il (mon élève) a plus besoin d’être instruit, sur lesquelles j'insiste fort et ne lui fais point de quartier » (IL, 504): c’est-à-dire, et ne le ménage point, et ne lui en fais point grâce; il faut absolument qu’il les apprenne.

« Pourquoi me faire froid ? » (II, 123) : me montrer de la froideur.

« L’éloge (de Richelieu) et celui du prince qui l'a mis en œuvre » (II, 457); « Il faut des fripons à la cour... ; mais l’usage en est délicat, et il faut savoir les mettre en œuvre » (I, 318).

« Un ancien galant..….. cède à un nouveau mari... ; un nouveau galant.…. lui rend le change » (I, 175).

« Il tient le fauteuil (au jeu) quatre heures de suite chez Aricie, où il risque chaque soir cinq pistoles d’or » (I, 284).

« J'ai mené un vrai deuil d'avoir échappé au plaisir d’entendre une si belle pièce (l'oraison funèbre de la princesse Palatine par Bossuet) » (I, 491).

« Comment le fixer, cet homme inquiet..., qui change de mille et mille figures ? » (I, 151.) On dit bien changer de figure; maïs étendre ainsi l'expression et dire changer de mille et mille figures pour signifier : « prendre successivement mille et mille figures », était tout aussi singulier, je pense, au temps de notre auteur qu’au nôtre.

Les locutions suivantes ont ceci de commun, qu'elles nous offrent de remarquables exemples de verbes réfléchis :

« Il ne se plaint non plus toute sorte de parure qu’un jeune homme qui a épousé une riche vieille » (1, 160).

« S'il se trouve bien d'un homme opulent, à qui il a su imposer, dont il est le parasite. il ne cajole point sa femme » (II, 156).

xxuI LEXIQUE DE LA BRUYÈRE.

« L’on ne se rend point sur le desir de posséder et de s’agrandir » (I, 262); « Une femme coquette ne se rend point sur la passion de plaire, et sur l'opinion qu’elle a de sa beauté » (I, 173); « La distraction (de mon élève) diminue de jour à autre... : c’est sur quoi je m'opiniàtre et ne me

rends point » (IT, 483).

« Une affaire de rien, et qui ne mérite pas qu’on s’en remue » (I, 322).

« Où la religion a échoué..., l’intérêt s’en Joue, et le fait sans peine » (E, 327); « Celui qui a fait les cieux..., et qui se Joue de les faire mouvoir » (II, 269).

« Il entre dans le secret des familles... ; il s’offre, il se fait de fête, ïl faut l’admettre » (1, 342): se faire de fête, dit l’Académie (1694-1835), c’est « s’entremettre de quelque affaire, et vouloir s’y rendre nécessaire sans y avoir été appelé. »

Voyez plus haut, p. 1v, se passer à moins.

Le trope le plus ordinaire, la figure par excellence, c’est la métaphore, la comparaison faite sans dire qu’on la fait. Tout le monde sait que l’on découvre, en remontant à l’origine des mots, un nombre infini de métaphores devenues, en grande partie, latentes par l’obscurcissement du sens primitif et par l'effet du fréquent usage, et que l’on reconnaît même que cette translation du sens est, dans les langues, le mode le plus ordinaire, et, pour bien des objets et des idées, le mode presque unique d’expression. Mais, parmi les métaphores encore senties, il en faut distinguer de deux, on peut dire de trois sortes : d’abord celles qui sont toutes faites et à la disposition de tous dans le dictionnaire, qui sont le bien commun, un bien durable et une des principales richesses de l’idiome; puis celles qu’une époque adopte, que la suivante laisse tomber en désuétude; et enfin celles que chacun peut créer, risquer à son gré, avec une liberté qui n'a d’autres limites que la justesse, la bienséance, le bon goût.

Cest, il va sans dire, à ces deux derniers genres seulement qu’on doit être attentif dans une étude où l’on se propose de caractériser la langue d’un temps ou d’un auteur, disons mieux, ces deux langues.

La Bruyère, dans son style tempéré, n’a point de ces métaphores éclatantes, audacieuses, qu’on rencontre chez le poëte inspiré, chez l'orateur passionné, sublime : en ce genre, comme en tout, il est modéré et discret, il se contente d’être fin, délicat, spirituel ; il ne vise qu’à être expressif.

Celles qui, chez lui, m'ont paru dignes de remarque et que je réunis ici, sont, la plupart, ingénieuses, et ont bien, sijene me trompe, les qualités que je viens de dire; quelques-unes sont toutes simples et n’attirent un peu l'attention que parce qu’elles ne s’emploient guère, quelque fréquente que soit l’occasion d’en user. Comme la métaphore se glisse partout de façon plus ou moins sensible, je n’ai pas besoin d’avertir que dans les précédentes listes d'exemples il s’en trouve plus d’un qui aurait droit de figurer aussi dans celle-ci. Je suis, comme j'ai déjà fait pour d’autres citations, l’ordre alphabétique.

PREFACE. XXIIT

« Il y a des âmes... enfoncées et comme abîmées dans les contrats, les titres et les parchemins » (1, 264): la métaphore n’a rien que d’ordinaire ; elle ne me paraît quelque peu remarquable que par ses compléments.

« L'histoire de Louis XII... s’achemine.... vers sa fin » (IL, 492): il s’agit des leçons qu’il donne au prince son élève.

« Ne faire sa cour à personne, ni attendre de quelqu'un qu’il vous fasse la sienne, douce situation, dge d’or » (II, 122 et 123).

« Toute campagne n’est pas agresle, et toute ville n’est pas polie » (II, 89): pour qu’on ne se trompe pas sur son intention, sur le passage du sens physique au sens moral, notre auteur a soin de dire en note : « Ce terme s'entend ici métaphoriquement. »

« Les esprits vifs... ne peuvent s’assouvir de l’hyperbole » (TI, 145).

« On annonce, au moment qu’il parle, un cavalier, qui de sa seule présence démonte la batterie de l’homme de ville » (I, 245); « La vie de la cour est un jeu sérieux. : il faut arranger ses pièces ct ses balleries, avoir un dessein, le suivre » (I, 325).

« C’est un homme qui est de mise un quart d’heure de suite, qui le moment d’après baisse.…., perd le peu de lustre qu’un peu de mémoire lui donnoit, et montre la corde » (I, 167 ; voyez ci-dessus, p. xx).

Corrompre, au sens d’altérer: « On affecte de les corrompre (ces noms) en les prononçant » (I, 239); « Ces traits (ces extraits d’un ouvrage), ainsi corrompus et défigurés..…, ils les exposent à la censure » (I, 121); « Une nouyelle qui se corrompt la nuit » (I, 127); « Ces efforts de mémoire (du prédicateur) qui corrompent le geste et défigurent le visage » (II, 235).

« La foule innombrable de clients ou de courtisans dont la maison d’un ministre se dégorge plusieurs fois le jour » (1, 359).

« Pressez-les, tordez-les, ils dégoultent l’orgueil » (I, 322).

« Quelque idée qui me vienne et quelque nouvel établissement que je fasse au sujet des études de Monsieur le duc de Bourbon, je déménage sans peine pour aller où il plaît à Votre Altesse » (II, 478).

« Tous... lisent ces sortes d'ouvrages... ; ils en dépeuplent les boutiques » (II, 445).

« [Les gens d’esprit] ne savent-ils pas... détourner les petits défauts, ne montrer que les vertus ? » (I, 350.)

« Quel moyen de vous définir, Téléphon? on n’approche de vous que comme du feu, et dans une certaine distance, et il faudroit vous développer, vous manier..…., pour porter de vous un jugement sain et raisonnable » (I, 344).

« Il lui dresse une épitaphe » (1, 74); « Dresser des comptes » (I, 153).

« L'Opéra est l’ébauche d'un grand spectacle » (1, 133).

« Les mêmes hommes qui ont un flegme tout prêt pour recevoir indifféremment les plus grands désastres, s’échappent et ont une bile intarissable sur les plus petits inconvénients » (II, 69); « Il est... cérémonieux : il ne s'échappe pas, il ne s’apprivoise pas avec les hommes » (II, 71).

« Les éclats et les applaudissements aux théâtres de Molière et d’Arlequin » (I, 324).

« S’attendrir sur le pitoyable…., éclater sur le ridicule » (I, 187).

« L’embellissement (l'accroissement) de sa fortune » (I, 363).

« Ceux qui doivent out leur relief et toute leur enflure à l’autorité où ils sont établis de faire valoir ces... lois » (IL, 77): c’est-à-dire, les jurisconsultes, les magistrats.

« Un certain nombre de gens... n’ont pas... deux pouces de profondeur ; si vous les enfoncez, vous rencontrez le tuf » (1, 33x).

« Les hommes... sont... charmés, enlevés par la réussite » (II, 128; voyez ci-après, p. XxIV, es{ropié).

Xx1V LEXIQUE DE LA BRUYÈRE.

« Sur ce qui concerne les mœurs, le plus beau et le meilleur est enlevé ; l'on ne fait que glaner après les anciens » (I, 113).

« Des gens enivrés, ensorcelés de la faveur » (I, 322).

« Un sujet où J'entre si fort (auquel je prends tant d’intérêt) et par devoir et par inclination » (Il, 491): il s’agit de l’oraison funèbre de la princesse Palatine par Bossuet,

« Envelopper une dupe (comme dans un filet) » (1, 347); « Un desir secret et enveloppé de la mort d’autrui » (I, 267).

« Un essaim de gens de livrées » (LI, 280).

« Un tissu d’énigmes leur seroit une lecture divertissante ; et c’est une perte pour eux que ce style estropié qui les enlève soit rare » (I, 124).

« Il étincelle des yeux » (I, 4).

« Télèphe.... a comme une barrière qui le ferme, et qui devroit l’avertir de s’arrêter en deçà ; mais il passe outre, il se jette hors de sa sphère » (I, 65).

« Un ferme génie... ne perd rien à retracer et à feuilleter, pour ainsi dire, sa vie et ses actions » (II, 33 et 34).

« Pendant que vous lui répondez, il perd le fil de sa curiosité » (I, 324).

« Un jeune homme fleuri, vif, enjoué, spirituel » (TI, 290); « Trop jeune ct trop fleurie pour ne pas plaire » (Il, 9x).

« Un grain d’esprit et une once d’affaires plus qu'il n’en entre dans la composition du suffisant, font l’important » (IT, 99).

« Quelle facilité est la nôtre pour perdre... la mémoire des choses dont nous nous sommes vus le plus fortement imprimés | » (IT, 468) : on peut regretter que cette métaphore n’ait pas été adoptée à la place du néologisme aujourd’hui vulgaire d’impressionner.

« L’on marche sur les mauvais plaisants, et il pleut par tout pays de cette sorte d'insectes » (1, 215).

« Ils ont une bile intarissable sur les plus petits inconvénients » (II, 69) : figure aussi commune aujourd’hui qu’'autrefois ; mais en voici une extension inconséquente, qui étonne à bon droit: « Cela... a semé dans le monde cette pépinière intarissable de directeurs » (1, 183).

Lustre : voyez ci-dessus, p. xx111, corde.

« Il s’est noyé de dettes » (T, 251) : l'exemple n’est à relever que pour le tour réfléchi.

« Il a du bon ct du louable, qu'il offusque par l'affectation » (II, 65 et 66).

Once : voyez plus haut grain.

« Le magistrat coquet ou galant..….. est ouvert par mille foibles..…., et l'on y arrive par toutes les femmes à qui il veut plaire » (II, 186); «Il s'ouvre et parle le premier » (I, 374).

« Il part de la main, il rassemble le peuple » (I, 320 et 321) : il part de la main, c’est-à-dire, il se met au galop, court soudain, s’empresse.

« Une grande parure pour le favori disgracié, c’est la retraite » (I, 379). Telle est la leçon des trois premières éditions ; les suivantes portent : « Une belle ressource pour celui qui est tombé dans la disgrâce du Prince, c’est, etc. »

« Elle (cette ville) me paroit peinte sur le penchant de la colline » (I, 233) : c’est-à-dire, elle fait tableau.

« Lisez dans ses yeux... combien il est content et pénétré de soi-même » (1, 317).

« Une femme de ville entend-elle le bruissement d’un carrosse.…, elle petille de goût et de complaisance pour quiconque est dedans » (I, 291).

« Ils (certaines gens) sont comme pétris de phrases ot de petits tours d'expression » (1, 223): dans toutes les éditions anciennes, paistris ou paitris.

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