A MADEMOISELLE DE SCUDÉRY
J'ai bien des pardons à vous demander, Mademoiselle, de n'avoir pas mieux fait mon devoir sur le mai que vous avez eu; je ne l'ai point su du tout, et je suis si peu en état de faire ce que je voudrois, que vous aurez sans doute la bonté de ne pas croire que ce soit ma faute si je suis quelquefois si longtemps sans avoir l'honneur de vous voir. Après vous avoir dit mes raisons, souffrez. Mademoiselle, que je vous rende mille très-humbles remerciements de votre souvenir, et de la part que vous prenez si obligeamment à ce qui nous est arrivé : c'est un nouveau sujet de joie pour moi, qui ne m'est pas moins sensible que le premier. Croyez, s'il
Lettre 107. — Vue sur un autographe qui faisait partie de la collection de M. Gilbert; cachets conservés. Elle ne se trouve pas, non plus que la lettre iio, dans la Correspondance de Mlle de Scudéry, publiée par ]\DL Rathery et Boutron : voyez la note préliminaire de la lettre 108. — Les dates des lettres 107-116 sont ou inconnues ou très-douteuses. Peut-être, dans celle-ci, la Rochefoucauld fait-il allusion par ces mots : « ce qui nous est arrivé, » soit au don de l'abbaye de Fontfroide (voyez p. 193, lettre 94 et note 5), soit à la faveur qui valut à son fils le gouvernement du Berry, avec le titre de duc et une nouvelle pension : la lettre, dans ce dernier cas, serait de 1671 (voyez Mme de Sévigné, tome II, p. 334, 348, 438 et 43y;. Elle serait d'octobre 1672, s'il s'agissait de la charge de grand maître de la garde-robe, donnée au même prince de Marcillac (voyez l'extrait du Dictionnaire des bienfaits du Roi, de l'abbi' de Dangeau, cité à VappenJice ix de la Notice biographique, p. cxv, et les Porlefeuilles de f^allant, tome VII, fol. i83). Nous ne supposons pas qu'il faille descendre jusqu'à l'année 1679, qui fut marquée par un double « sujet de joie, » le don de la charge de grand veneur [Mme de Sévigné, tome V, p. 55o), et le mariage du petit-fîls de notre auteur, François de la Roche-Guyon, avec Madeleine le Tellier de Louvois, mariage qui eut lieu àlafîn de 1679, et qui avait été proposé par Gourville dès 167 1, comme nous l'apprend ce dernier dans ses Mémoires, p. 445 et 44^- — Voyez, à Vappcndice i de ce volume (p. 279), une lettre de félicitation de Mme de Sablé, que nous n'avons datée qu'approximativement.
2i6 LETTRES.
vous plaît, Mademoiselle, que vous n'aurez jamais de bonté pour personne qui vous estime et qui vous honore tant que je fais, ni qui soit si passionnément Votre très-humble et très-obéissant serviteur.
La Rochefoucauld.
A Paris, le 11 d'août.
Permettez-moi* de vous envoyer une lettre pour M. de Pellisson^, et de vous suppHer très-humblement de la lui faire tenir.
Suscription : Pour Mademoiselle de Seudéry.
1. Cette dernière phrase est en post-scriptum dans l'original.
2. Paul Pellisson-Fontanier, né, en 1624, à Béziers, mort à Paris, en 1693, grand ami de Conrart, de Ménage, et surtout de Mlle de Seudéry, qui, on le sait, se montra pour lui d'un dévouement inaltérable. Pourvu d'une charge de secrétaire du Roi en 1 65 2, il publia, cette même année, une Histoire de F Académie française, qui le fit nommer, par une faveur exceptionnelle et unique, membre surnuméraire de cette compagnie, où il n'j avait pas alors de fauteuil vacant. Premier commis de Foucquet, puis conseiller d'Etat (1660), il fut enveloppé en 1661 dans la disgrâce du Surintendant et jeté à la Bastille, où il demeura jusqu'en 1666. C'est là qu'il composa ses éloquents Mémoires en faveur de Foucquet, outre son poëme d'Eurymédon, dédié à Mlle de Scudérj, et qui est peut-être l'ouvrage dont la Rochefoucauld parle plus bas, dans la lettre iio. Voyez les pages que V. Cousin lui a consacrées dans son ouvrage sur la Société française au dix-septième siècle, tome H, p. 196-221: et la thèse de doctorat de M. Marcou, intitulée : Etude sur la vie et les œuvres de Pellisson, Paris, 1869. Ses OEuvres diverses ont été publiées en ijSS, 3 vol. in-12, Paris, Didot.
LETTRES. ai7