L.\ Rochefoucauld, m, i
Lk recueil des lettres contenues dans ce tome III embrasse une période de quarante ans, de 1687 à 1677, et peut se répartir en deux groupes principaux, correspondant aux deux moitiés si diverses de la vie de la Rochefoucauld. Entre la j)remière lettre, que le futur auteur des Maximes écrit à l'âge de vingt-cinq ans, et la dernière que nous ayons pu dater, qu'il adresse, moins de trois ans avant de mourir, au P. Rapin, tout en lui et autour de lui s'est profondément modifié : aux ministères tourmentés de Richelieu et de Mazarin a succédé la phase binllante du règne de Louis XIV, et l'ancien Frondeur, si malencontreusement jeté à la côte par les orages de la politique, n'a plus de goût que pour les douces et intimes relations, où il repose dans les passe-temps littéraires (on n'ose dire rassérène, à cause des Maximes) son es])rit et son cœur aigris par les aventures.
L'intérêt de la première partie du recueil, celle qui va de i6'Î7 à i653, est précisément de nous montrer la Rochefoucauld, mieux encore que ne font ses Mémoires, dans toute l'ardeur de l'intrigue et de l'ambition. Deux de ces lettres (n"' -x et 6) ont trait à cette funeste liaison de jeunesse qui, en l'engageant à la suite de Mme de Chevreuse et des autres brouillons d'Etat, fit de lui, par avance, une recrue assurée de la Fronde. Deux autres, adressées à Mazarin aux mois de septembre et d'octobre 1648, laissent déjà voir que Marcillac, tout en protestant de son « entière obéissance, » commence à peser par onces, comme le Cardinal lui-même dit en ses Carnets^, les conditions de son dévouement; deux mois après, dans un billet au comte de Chavigny, ses prétentions et son dépit s'exhalent.