‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 2)Chapitre 3 sur 256 · I. En una balanza a onzas. S*^ carnet, p · texte numérisé non relu

I. En una balanza a onzas. S*^ carnet, p

On sait quel rôle joua notre auteur dans l'insurrection parisienne qui se termina par la paix de Rueil, enregistrée au Parlement le I" avril 1649. De cette période, exclusivement consacrée à l'action, il ne nous reste de lui aucune lettre, et il est peu probable que, sauf de courts billets, de rapides avis, il en ail alors écrit un grand nombre. Il reprend la plume l'année suivante, durant la campagne entreprise pour la délivrance des Princes prisonniers, et sa première lettre d'affaires est à l'adresse de Pierre Lenet, cet ancien président, puis procureur général au parlement de Dijon, que les Mémoires nous ont fait connaître comme l'homme d'affaires et le financier du parti de Condé, principalement dans la deuxième Fronde.

Nous ne possédons pas moins de trente-six lettres adressées ])ar la Rochefoucauld à ce personnage, la plupart de i65o à i65'3. Les plus importantes sont celles des derniers mois de l'année lôSa. Le duc, rentré à Paris avec tout l'état-major de Monsieur le Pi'ince, entretient alors une active correspondance avec l'autre fraction de la Fronde restée à Bordeaux. De l'ensemble de ces lettres écrites par lui ou en son nom, qui sont conservées à la Bibliothèque nationale dans les Mcinuscriis de Lenet^, huit seulement avaient été publiées jusqu'à présent, quatre par M. Servois, et quatre par MM. Champollion dans la troisième partie de leur édition des Mémoires de Lenet'^. De ces trente-six lettres donc, vingt-huit paraissent ici pour la première fois. Une partie est de la main de notre auteur, avec ou sans signature; pour celles qui sont d'un*» autre main,

1. Fonds français^ n°s 6702 à GySo, avec un double tome XXI. Il se trouve de nos lettres dans dix des volumes de ce recueil.

2. On a imprimé dans cette partie des Mémoires de P. Lenet cinq lettres de plus, que nous ne reproduisons pas en entier : nous ne croyons pas qu'on puisse les considérer comme faisant partie de la correspondance de la Rochefoucauld; elles sont de celles, dont nous parlons quelques lignes plus loin, que le secrétaire écrivait pour son propre compte. — C'est d'après cette édition de i838, publiée dans la Collection Michaud et Poujoulat, que nous citerons ces Mémoires de Lenet ^ à cause des parties jusque-là inédiles qu'elle contient ; pour les autres Mémoires, les renvois se rapporteront, comme dans les deux tomes précédents, à la Collection Petitot,

et qui, en ge'néral, comme au reste plus d'un des rapides billets du duc lui-même, sont loin d'être des modèles épistolaires, il n'est pas toujours possible de distinguer, d'une manière certaine, si le secrétaire, Gourville, le président Viole, ou quelque autre, a écrit sous la dictée du duc ou du moins par son ordre et en son nom. Il y a présomption pour l'affirmative toutes les fois qu'au dos se trouve cette mention : « Rochefoucauld j) ou « M. de la Rochefoucauld. » Quelquefois aussi, à défaut de cet indice, un examen attentif de la pièce autorise une hypothèse dans ce sens. Quant aux lettres que Gourville, par exemple, qui est l'ordinaire et principal secrétaire, a visiblement écrites pour son propre compte, nous nous bornons à en insérer dans les notes, à titre de nouvelles ou de renseignements justificatifs, les passages qui concernent notre auteur ou quelqu'un des siens*. Plusieurs de ces missives sont partiellement rédigées en chiffre ; mais il y a toujours en interligne, de la main de Lenet lui-même, une clef pour le chifTre et pour les pseudonymes, Astropol, Pluton, Junon, et autres. Cet ensemble de lettres politiques, dont les dernières sont de l'année i653, époque où la Rochefoucauld s'est retiré hors de France, constitue la portion la plus neuve et la plus curieuse de notre recueil. C'est tout ensemble un complément et un correctif aux Mémoires du duc. A la relation qu'il nous a laissée des troubles contemporains, relation un peu sèche, ne présentant d'ailleurs les choses qu'à l'endroit et visant manifestement à la gravité historique, cette correspondance ajoute toutes sortes de particularités, d'une nature souvent assez piquante; la Fronde s'y laisse surprendre à l'envers, et, si l'on peut dire, en déshabillé : la voilà bien dans son désarroi et son impuissance, avec ses mesquins calculs et toutes ses misères, avec ses défiances nées des égoïsmes individuels et ses chipotâmes (le mot est dans une des lettres, p. 70), fruit naturel des défiances. Dans ses Mémoires, la Rochefoucauld n'a rien jeté d'une plume négligente ; partout il arrange son personnage et travaille de son mieux à se couvrir : ici, au contraire, il n'a eu ni le temps ni le souci de prendre son point

I. Voyez p. 106 et 107, lettre 38, note 3 ; p, I10-II2, lettre Sg, note i3-, et p. 116-118, lettre 42, notes 6 et 12.

de reculée pour s'assurer de la perspective; si, par exemple, il est fatigué, découragé, dégoûté, comme l'est aussi le peuple de Paris, il ne s'en cache en aucune façon. Son irrémédiable irrésolution, son défaut de conduite pratique, ce « je ne sais quoi 3) qu'indique Retz dans le portrait qu'il a tracé de lui*, paraissent aussi manifestement : tout malade qu'il est et aveuglé par la blessure qu'il a reçue au combat du faubourg Saint- Antoine, il proteste sans cesse qu'il fera jusqu'au bout ce qu'il considère comme son devoir; il se fâche, jusqu'à parler de coups d'étrivière, contre ceux qui, à Bordeaux, répandent des bruits injurieux pour sa constance de Frondeur^; mais on voit que, malgré tout, il a hâte d'en finir, et que, n'étaient le « principe d'honneur jj et cet amour-propre dont plus tard il scrutera si bien les moindres replis, il accepterait immédiatement l'amnistie qui lui est offerte, comme au moins dangereux des rebelles'.

Le second groupe des lettres de la Rochefoucauld offre un caractère tout différent, et se rapporte à la période de sa vie que j'ai appelée, d'un mot de Montaigne, celle du ravisemeni '. Elles sont adressées à la marquise de Sablé, à l'académicien Jacques Esprit, au comte de Guitaut, au jésuite René Rapin, à Mlle de Scudéry, à Lenet derechef, et à divers. Les unes sont inédites, les autres ont été déjà publiées dans des recueils antérieurs, mais sans que les éditeurs aient pris soin de ranger, d'après les dates probables, celles, et c'est le plus grand nombre, qui ne sont point datées : aussi la partie la plus délicate de notre tâche a-t-elle été d'établir le mieux possible, d'après le contenu de chacune d'elles et les allusions qu'elles renferment, leur succession chronologique. Celles de ces lettres qui ont rapport au commerce littéraire d'où est sorti le livre des Maximes sont extraites, presque toutes, du recueil en quatorze volumes, de la Bibliothèque nationale, connu sous le titre de Portefeuilles de Fallant ^.

Des cent seize lettres dont se compose notre recueil (toutes

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