LA DUCHESSE DE LA ROCHEFOUCAULD A LENET
Ce 25° décembre lôSa.
MONSIEUB,
Lorsque j'ai reçu votre lettre, j'en avoisreçu une autre* qui m'ordonnoit de vous écrire pour vous faire ^ cent mille compliments....^ Si je savois des nouvelles assure'es, je ne plaindrois pas ma peine de vous en mander ; mais, comme je ne sors presque point, je ne sais que ce que tout le monde sait. La prison de M. le cardinal de Retz ne fait plus aucun bruit*, et tous les raisonnements que l'on en avoit voulu tirer touchant Monsieur le Pi'ince ne s'appuient point, de sorte que les choses vont toujours leur même train. L'on assure Bar repris par M. de Turenne^; il a perdu devant plus de douze cents hommes, et sa cavalerie fort ruinée. Toutefois l'on parle qu'il va pourtant assiéger Rethel ou Sainte-Menehould®. S'il l'entreprend, il achèvera de ruiner son armée. Celle de Monsieur le Prince, Fuensaldagne
Lettre 20. — Manuscrits de Lenef, tome VI, fol. 201 et 202, autographe.
1. Du duc de la Rochefoucauld, qui était alors à DamTilliers : voyez la suite de cette lettre et la leltre précédente.
2. L'orthographe n'est pas plus correcte que dans les lettres précédentes de la duchesse : fere (pour faire) ; plus loin, penne^ appuie (pour appuient")^ jVer, issi, raconte (pour racontent)^ sermont.
3. Nous omettons ici huit lignes pleines de noms fictifs que l'absence de toute clef rend inintelligibles en grande jîartie, même si l'on se reporte au\ traductions des passages chiffrés contenues dans quelques autres de nos lettres.
4. Voyez ci-dessus, p. 272, la note 3 de la lettre précédente.
5. La nouvelle était vraie; la reprise de Bar-le-Duc est du 17 décembre •, le cardinal Mazarin y avait assisté.
6. Dans l'autographe, Mencou, et. à la ligne suivante, Fontsaldaigne. — Le grand froid empêcha les deux siégea. Rethel fut pris par Turenne, aidé du maréchal de la Ferté, le 8 juillet de l'année suivante, et Saintc-Menehould capitula le 25 novembre : voyez ci-dessus, p. 116, la note 7 de la lettre 42. — On a publié récemment, dans le Cabinet historique (tome XXV, p. 49-745 ^t tome XXVI, p. 49-82), les Mémoires <£ Hippolyte Thibaut ^prêtre à Sainte-Menehould, sur les deux sic"'es de cette fille en i63-j. et i653.
y étant joint, comme il s'avance pour cela, sera de plus de sept mille hommes de pied et de dix mille chevaux. C'est M. de la Rochefoucauld qui me le mande, et que Monsieur le Prince n'a pas une place qui vaille Damvilliers, ni qui serve comme celle-là. M. de Sillery n'a pourtant jias eu un sol depuis qu'il y est, et c'est ce que l'on voudroit fort que sût jM. le prince de Conty, non pas pour lui en demander ni pour se plaindre, mais seulement pour qu'iF sût qu'il n'a pas confié sa place à un homme qui oublie son devoir, quoique l'on ne lui ordonne rien. Je pars dans huit jours, pour aller aider à M. de la Rochefoucauld à passer son hiver à Damvilliers. Depuis qu'il y est. sa santé est si mauvaise, qu'il a cru que je luipouvois aider, en quelque petite chose, à supporter son chagrin. En quelque part où je sois, je vous assure que je conserverai chèrement la mémoire de toutes les bontés que vous avez pour nous, et j'espère. Monsieur, que vous me conserverez l'honneur de vos bonnes grâces. Je vous supplie que M. de Marchin sache que je lui demande la même chose. Je vous manderai des nouvelles du lieu où je vas, et vous nous en donnerez des vôtres. Gaultier, qui est à Bordeaux, nous les fera tenir ici, car celui à qui l'on les adresse y demeure. Je vous écris étant avec des personnes qui racontent le sermon et m'en font parler, de sorte que je ne sais pas bien ce que j'écris. Excusez-moi donc et me croyez, comme je dois.
Monsieur,
Votre très-humble et très-affectionnée servante,
A. DE ViVONNE.
7. Dans f'original, pour qui -^ à la ligne suivante, les deux mots rien de sont biffés après oublie.