LE PIUNXE DE CONTY * AU DUC
Au camp de Saint-Jordy ', ce 17^ septembre [i654l-
Quoique j'eusse résolu de faire réponse à votre lettre et de
Lettre 21. — Revue sur la copie qui est à la Bibliothèque de l'Arsenal, Belles-lettres françaises^ n° 3202 (ancien SGg), in-4'', fol. 45 et 46, avec cette mention en tête : « Feu 3L le prince de Conty à M. le duc de la Rochefoucauld. » Cette lettre se trouve, à la date de 1654, avec quelques légères différences de texte, dans les Mémoires de Gourville (p. 290 et 291), où elle est précédée de ces mots : « Il {le prince de Conty) écrivit à M. de la Rochefoucauld la lettre dont voici la copie, qui m'a été remise, il y a environ trois mois, par une personne des amis de Mlle de la Rochefoucauld", qui l'avoit trouvée parmi des lettres que son père avoit mises à part. »
I. Le prince de Conty, après la rentrée du Roi dans Paris et la soumission de Bordeaux (voyez les Mémoires, p. 432), s'était d'abord retiré à la Grange, près de Pézenas, « où il s'ennuya bientôt, » dit Montglat (tome II, p. 43 1), et où il n'eut qu'ime pensée, celle de faire au plus vite son accommodement. On sait que cette réconciliation fut scellée par le mariage de l'ex-généralissime de l'armée parlementaire avec une des nièces de Mazarin, Anne Martinozzi (22 février i654). La même année, le prince de Conty fut nommé gouverneur de Guyenne et général de l'armée de Catalogne. Après avoir fait au delà des Pyrénées une première campagne, marquée par la prise de Villefranche (f) juillet), il s'était remis en marche pour une seconde, au mois de septembre : voyez les Mémoires de Montglat, tome II, p. 43i, et p. 452-455.
2. La Rochefoucauld, après avoir passé la fin de l'année 1662 et l'année i653 à Damvilliers, avait obtenu la permission de rentrer en France, grâce aux bons offices de M. de Liancourt son oncle, et de Gourville, qui raconte tout au long dans ses Mémoires (p. 269- 273) la négociation assez difficile qu'il eut à conduire en cette occasion. Le duc, rapatrié, mais toujours en disgrâce, s'était rendu à Verteuil en Angoumois {Ibidem^ p. 274 et 283), et, pendant ce temps, Gourville, muni des pleins pouvoirs de Mazarin, avait amené, par d'habiles stratagèmes, la pacification de Bordeaux : voyez ibidem, p. 273-286; et la Notice biographique^ p. lv et lvi.
3. Nous avons cherché en vain quelle localité, soit de la France
" Marie-Catherine, dite Mlle de la Rochefoucauld, fille aînée de notre auteur, née en 1637, morte en 171 1, et enterrée à Sainte-Geneviève : voyez la Gèaéalo^ie^ à Wippeiuiice u du la IVotice biographique ^ p. xcvu.
vous rendre grâces '' de votre souvenir, j'ai présentement la tête si pleine de Gourville, que je ne vous puis parler d'autre chose. Comment ! Monsieur, ce diable-là a été à l'attaque des lignes d'Arras ' ! Sa destinée veut qu'il ne se passe rien de considérable dans le monde, qu'il ne s'y trouve, et toute la fortune du Royaume et de Monsieur le Cardinal n'est pas assez grande pour nous faire battre les ennemis, s'il n'y joint la sienne ^. Cela nous épouvante si fort, M. de Caudalle" et moi, que nous som-
méridionale, soit du nord de l'Espagne, ce nom pouvait ici désigner.
4. Dans le texte de Gourville, grâce ; à la ligne suivante, Je ne puis i'ous; puis, après Comment, est omis Monsieur-^ devant destinée, il y a La au lieu de Sa.
5. Tandis que Fabert et la Ferté poussaient le siège de Stenay, entrepris le 19 juin t654, Condé et l'Archiduc, pour faire diversion, avaient investi Arras (3 juillet:. Gourville fut alors chargé par Mazarin d'une mission assez épineuse : il s'agissait d'arriver jusqu'à Monsieur le Prince, pour « lui donner idée d'une souveraineté » par laquelle le Cardinal « croyoit pouvoir le tenter. » Gourville fît tout son possible « pour être pris prisonnier » et conduit ainsi au camp de Condé ; mais, suivant son expression, quelque soin qu'il eût mis à s'exposer sans escorte, il joua de malheur, et l'affaire manqua. Le 26 août, les lignes espagnoles furent forcées; on secourut Arras, et Condé et l'Arphiduc se virent obligés de battre en retraite. Voyez les Mémoires de Goitriùlle, p. 287-290, et ceux de Montglat, tome II, p. 44o-448.
fi. « Gourville, dit Sainte-Beuve [Causeries du lundi, tome V, p. 359), c'est l'homme à expédients, à moyens, à invention; il a de l'imagination, mais sans chimère; rien ne l'embarrasse; il n'est
pas de ceux qui engendrent le doute et le scrupule Il fait jaillir
les ressources des difficultés mêmes. C'est un homme précieux, un homme d'or. Il est né heureux, il a une étoile; mais ce bonheur, on le sait, se compose toujours, chez ceux qui le possèdent, de mille finesses et adresses, de mille précautions imperceptibles dont les gens malencontreux ne se doutent pas. »
7. C'était le duc de Caudale, fils unique du second duc d'Epernon, né en 1627, mort en i658, qui, sous les ordres du duc de Vendôme, avait achevé de maîtriser la Fronde en Guyenne et signé la paix de Bordeaux (3o juillet i653). En i654, il fut chargé d'aller en Espagne commander sous le prince de Conty : voyez les ]Hé~ moires de Montglat, tome II,p.453et454>
mes muets sur cette matière-là. Se'rieusement, je vous supplie de me l'envoyer bien vite en Catalogne , car, comme j'ai fort peu d'infanterie, et que, sans infanterie ou sans Gourville, on ne sauroit faire de progrès en ce pays *, je vous aurai une extrême obligation de me donner lieu, en le faisant partir proraptement, de faire quelque chose d'utile au service du Roi. Si je manque de cavalerie, la campagne qui vient, je vous prierai de me l'envoyer encore; car, sur ma parole, la pre'sence de Gourville remplace tout ce dont on manque. Il est, en toutes choses, ce que les quinolas sont à petite prime ^. Et quand j'aurai besoin de canon, je vous demanderai encore Gourville*". Au reste, je vous garde un commentaire assez curieux que j'ai fait sur des lettres que Mme de Longueville a e'crites à Mme de Châtillon. Je prétends vous le dédier; et ainsi, devant que de le faire imprimer, je veux qu'il ait votre approbation : ce sera à notre première ^■ue*^. En attendant, je vous supplie d'être persuadé que je suis pour vous, comme je dois**, dans les termes de notre traité,
Armand de Bourbon.
8. Dans le texte de Gourville, en ce pays-ci \ cinq et six lignes plus bas, « ce que les quinola sont à la petite prime ».
9. Le jeu de prime, dit la grande ou la petite prime, selon le nombre des points, se jouait à quatre cartes ; le valet de cœur, carte principale de ce jeu, portait le nom de quinola.
10. La question de l'artillerie était particulièrement grave dans ces guerres de montagnes. On voit par les Mémoires de Montglal (tome II , p. 454) que Birague, chargé d'amener le canon du prince de Contj, le perdit, puis le reprit en route.
11. Sur les sentiments antérieurs du prince de Conty à l'égard de Mme de Longueville sa sœur, et sur les rivalités entre cette dernière et la duchesse de Chatillon, fort en faveur auprès de Condé. voyez les Mémoires .^ au tome II, p. 109 et suivantes, et p. 390-392, 399, 4ao. Le prince de Conty, qui badine ici d'un air dégagé sur le compte de 3Ime de Longueville, n'en suivit pas moins jusqu'à la fin son irrésistible influence. Après l'avoir suivie dans la Fronde, il la suivit dans la pénitence; ce fut elle, autant que sa femme Anne Martinozzi, qui fut l'ouvrière de sa conversion, et le détermina à finir sa vie comme il l'avait commencée, par des pratiques pieuses et des études théologiques et morales.
ïi. Dans le texte de Gourville, comme je le dois.
Nous marchons après-demain pour aller attaquer une place, TJTsT en Cerdaigne ^^ appelée Puicerda ; j'attends Gourville pour en faire la capitulation.