‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 3)Chapitre 107 sur 610 · Une cahaie de ceux · texte numérisé non relu

Une cahaie de ceux

5. Alexandre de Campion a tracé des Importants {^Recueil de lettres^

térèt, de qualité et de profession, tous convenoient d'être ennemis du cardinal Mazarin, de publier les vertus iniajjinaires du duc de Beaufort, et d' affecter un faux honneur, dont Saint-Ibar, Montrésor, le comte de Béihune et quelques autres s'étoient érigés en dispensateurs. Pour mon malheur, j'étois de leurs amis, sajis approuver leur conduite ^ Cétoit un crime de voir le cardinal Mazarin*: cependant, comme je dépendois entièrement de la Reine, elle m'avoit déjà ordonné une fois de le voir : elle voulut que je le visse encore ; mais, comme je voulois éviter la critique des Importants, je la suppliai d'approuver que les civilités qu'elle m'ordonnoit de lui faire fussent limitées^, et que je pusse lui déclarer

édition de M. C. Moreau, iSSj, p. 386) un portrait qui mërite d'être cité : « J'ai, dit-il, des amis qui n'ont pas toute la prudence qui seroit à désirer; ils se font un honneur à leur mode et donnent des habits si extraordinaires à la vertu qu'elle me semble toute déguisée, de sorte qu'en cas qu'ils aient toutes les bonnes qualités essentielles, ils s'en servent si mal que l'applaudissement qu'ils se sont attiré ne servira peut-être qu'à leur destruction. » — « Esprits absurdes, dit d eux V. Cousin dans Madame de CJiev'reuse (p. 233), cœurs intrépides, professant les maximes les plus outrées, et une sorte de culte pour de Thou, parce qu'il était mort pour son ami, invoquant sans cesse la vieille Rome et Brutus , mêlant à tout cela des intrigues galantes, et s'exaltant dans leurs chimères par le désir de plaire aux dames. > — On sait que ce nom à"* Importants, qui a pris place dans l'histoire, est de Mme Cornuel; elle appelait aussi les Jansénistes des Importants spirituels : voyez Tallemant des Beaux, tome V, p. iSy, et V. Cousin, la Société française au dix-septième siècle, tome II, p. 228.

I. Plus haut (p. 67), la Rochefoucauld écrit en parlant de Beaufort : 0 J'étois de ses amis, mais je le connoissois trop pour l'être particulièrement. »

a. Ici, et de même à la première phrase de l'alinéa, Mazarin est omis dans les éditions antérieures.

3. Que les civilités qu'elle m'ordonnoit de lui rendre fussent réglées. (1817, 26, 38.) — V. Cousin a publié dans le Journal des savants (années i854, i855, i856) une analyse des Carnets manu-

que je serois son serviteur et son ami tant qu'il seroit véritablement attaché au bien de TEtat et au service de la Reine, mais que je cesserois de Fètre s'il contrevenoit à ce qu'on devoit * attendre d'un homme de bien et digne de l'emploi qu'elle lui avoit confié. Elle loua avec exagération ce que je lui disois ; je le répétai mot à mot au Cardinal, qui apparemment n'en fut pas si content qu'elle, et qui lui fit trouver mauvais ensuite que j'eusse mis tant de conditions à l'amitié que je lui promettois*. La

scrits de Mazarin, qui fournit de curieux renseignements sur presque tous les personnages de marque de ce temps. C'est dire qu'il y est question de notre auteur. Ces notes, écrites au jour le jour par le Cardinal, nous permettent de suivre par le menu les fluctuations successives de la conduite politique de la Rochefoucauld ; la peinture la plus soignée ne rendrait pas l'homme avec une plus fine exactitude. Mazarin note, par exemple (3<^ carnet, p. 6) : « On attaque Marcillac, parce qu'il a l'intention de me voir. » Rapprochez cette phrase de ce que nous dit ici la Rochefoucauld : que, voulant « éviter la critique des Importants, » il supplia la Reine de lui permettre de ne rendre au Cardinal que des « civilités limitées. » C'est précisément ce qui est écrit dans le 2^ carnet (p. 78) : « Marcillac pèse dans la plus fine balance les visites qu'il doit me faire. » « De temps à autre, dit V. Cousin (Journal des sacants, i854ï P» 7^6), on rencontre quelques mots tels que ceux-ci (4® carnet, p. 61) : « Une pension pour Marcillac » ; mais on lit quelques pages après (ibidem, p. 80) : (c Marcillac est plus Important que jamais, il est tou- « jours avec Barillon; » plus loin (ibidem, p. 96) : « Marcillac est de tous les conseils des Importants ; » et le Cardinal ajoute : « Au reste, «< celui qui a été une fois infecté de ce venin n'en guérit jamais. »

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