‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 3)Chapitre 108 sur 610 · A ce que l'on doit · texte numérisé non relu

A ce que l'on doit

2. Il est certain que c'est la Rochefoucauld, qui, à force de hauteur, finit par lasser la bonne volonté de Mazarin à son égard. On lit dans les Mémoires de la Châtre (p. a 17 et 218) : « Le Cardinal jugeant qu'il témoigneroit une extraordinaire déférence aux sentiments de la Reine en faisant quelques avances pour acquérir l'amitié de ceux qu'elle avoit toujours crus ses serviteurs, il commença par M. de Marcillac, comme étant le premier à qui elle avoit protesté hautement de faire du bien, et lui fit demander son amitié avec de termes les plus civils et les plus pressants qui se puissent imaginer; et, entre autres choses, il lui fit dire qu'il Je prioit de se

Reine ne m'en fit pourtant rien paroîlre alors, et elle me témoigna d'approuver ce que j'avois fait.

J'allai au-devant de Mme de Chevreuse, et je la trouvai à Roye^. Montaigu ', Anglois, y étoit arrivé devant moi ' : il étoit chargé, de la part du Cardinal, de toutes les avances qui la pouvoient engager dans son amitié et

séparer entièrement de lui, en cas qu'il remarquât jamais en lui aucun intérêt particulier de biens, de charges, ni d'autres avancements, ou aucune intention de nuire à un homme de condition. M. de Marcillac rendit compte à la Reine de ce que le Cardinal lui avoit fait dire ; et lui demandant ce qu'elle lui ordonnoit là-dessus, elle lui dit que le plus grand plaisir qu'il lui pouvoit jamais faire étoit d'être son ami, et lui en parla avec une estime et un empressement qui découvroient assez son inclination. Après ce discours, M. de Marcillac n'eut plus à consulter; mais, avant que de l'aller voir, il déduisit ce qui lui étoit arrivé à ses amis particuliers, et, entre autres, me fît la grâce de me le raconter assez amplement. »

I. Ville de Picardie, entre Noyon et Montdidier. Le comté de Roye était passé dans la famille de la Rochefoucauld, avec le comté de Roucy, par le mariage de Charlotte de Roye avec François III de la Rochefoucauld (i55y). — Mme de Chevreuse, partie de Bruxelles le 6 juin i643, était venue coucher le 12 à Roye : voyez la Gazette du 28 juin.

a. Lord Ralph Montaigu , gentilhomme de la chambre du roi d'Angleterre, l'ami de Buckingham et de Holland. Il entra ensuite dans l'Eglise. Il est souvent mentionné dans les Mémoires de Mme de Motteville^ sous les noms soit de milord^ soit, vers la fin, d'a^^e de Montaigu. Ce soupirant de Mme de Chevreuse avait joué un rôle actif dans toutes les intrigues ourdies en Lorraine. On voit dans une lettre d'Alexandre de Campion, en date de mai i643 (p. 383-385), que Montaigu était chargé d'offrir à la duchesse, de la part du Cardinal, de l'argent pour payer ses dettes.

3. Un autre ami de Mme de Chevreuse, fort avant dans ses intrigues, cet Alexandre de Campion dont nous venons /Je citer le Recueil de lettres^ alla aussi au-devant d'elle, à Péronne, et lui parla dans le même sens que la Rochefoucauld et Montaigu. « Quelquesuns de vos bons amis, lui écrit- il (mai i643) en la prévenant de ce voyage, désirent fort que j'aie une conférence avec vous; mais, quoique je sois leur serviteur, pour beaucoup de raisons que je vous expliquerai, je ne m'exposerai point à rien déterminer, ne pouvanl pas encore juger bien certainement. »

72 MEMOIRES. [i643]

dans ses intérêts. Elle me pria de ne lui point parler devant Montaigu. Je Tinformai le plus précisément qu'il me fut possible de Fétat des choses; je lui dis la disposition où la Reine étoit * pour le cardinal Mazarin et pour elle; je l'avertis de ne juger pas de la cour par ses propres connoissances, et de n'être pas surprise de trouver beaucoup de changement ^ ; je lui conseillai de suivre les goûts de la Reine, jDuisque apparemment elle ne les teroit pas changer; je lui représentai que le Cardinal n' étoit accusé d'aucun crime , qu'il n'avoit point eu part aux violences du cardinal de Richelieu, qu'il étoit presque le seul qui eût connoissance des affaires étrangères, qu'il n'avoit point de parents en France, qu'il étoit trop bon courtisan pour ne faire pas^ vers elle toutes les avances qu'il devoit, mais que, les faisant, je croyois qu'elle les devoit recevoir*, pour le soutenir s'il faisoit son devoir, ou pour l'empêcher de manquer à le faire ; j'ajoutai encore qu'il y avoit peu de sujets dont la probité et la capacité fussent assez connues pour les devoir préférer au cardinal Mazarin ; je l'exhortai, sur toutes choses, de ne laisser pas imaginer à la Reine qu'elle revmt dans le dessein de la gouverner, puisque c'étoit le prétexte dont ses ennemis se servoient le plus pour lui nuire; qu'elle devoit uniquement s'appliquer à reprendre dans son esprit et dans son cœur la même place qu'on avoit essayé de lui ôter, et se mettre en état de protéger ou de détruire le cardinal Mazarin', selon que sa conservation ou sa ruine seroient utiles au public.

I. La disposition où etoit la Reine. (1817, 26, 38.) a. Beaucoup de changements. (^Ibidem.)

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