‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 3)Chapitre 153 sur 610 · Ni les officiers · texte numérisé non relu

Ni les officiers

2. Il avait été décidé d'abord en assemblée de Ville qu'on ne lèverait que des garçons et des compagnons de métier, sans y mêler aucun cbef de famille, le vrai rôle des bourgeois n'étant pas de faire des sorties, mais de garder les portes, les murailles, et d'empêcher les séditions à l'intérieur. On voit par les Registres de PHotel de Ville pendant la Fronde (tome I, p. i34) que le régiment de Marcillac devait se composer de quatre compagnies.

3. La détresse, en effet, fut bientôt grande, et il fut un instant question d'expulser tous les pauvres étrangers à la ville, en leur donnant vingt sous par tête; mais on craignit d'exciter une émeute. Le Parlement remit le terme de Pâques aux locataires, et il fut décidé que le buffet d'argent vermeil doré de la Ville serait vendu ou engagé. Le setier de froment, trois jours après la sortie du Roi, était déjà monté de treize livres à trente livres; au moment de la paix de Rueil, il était à soixante. Ajoutez que cette année 1649, qui s'ouvrait, pour les Parisiens mutinés, sous de si tristes auspices, ne devait donner qu'une récolte fort mauvaise, et, pour comble de malheur, les misères du blocus coïncidèrent avec un débordement de la Seine si considérable, que Paris, dit Mme de Motteville (tome II, p. 3 2$), « étoit devenu semblable à la ville de Venise, » et qu' « on alloit par bateau dans les mes. »

qui s'en étoicnl emparés y avoieiit mis Claiileu avec deux mille hommes, pour conserver un poste sur les rivières de Seine el de Marne. Le prince de Condc l'y força, sans trouver presque de résistance. Cette action se fit en plein jour, à la vue de toutes les troupes du parti et de plus de cinquante mille bourgeois sous les armes. Le duc de Cliàtillon, lieutenant général dans l'armée du Roi, y fut tué'; de l'autre côté, Clanleu et toute sa garnison furent taillés en pièces *. Ce désavantage mit une grande consternation à Paris : les vivres y encliérissoient, et on commençoit à craindre d'en manquer. Il y entroit néanmoins souvent des convois, et un jour qu'on en amenoit un considérable , les troupes du Roi commandées par Nerlieu ^ se trouvèrent sur le cheminauprès de Villejuive*.

I . Gaspard IV, comte de Coligny, marquis d'Andelot, puis duc de Chatillon ; c'e'tait le second fils du maréchal de ce nom et le frère de Maurice de Coligny qui avait eu avec Guise le duel mentionne' plus haut (p. 90-92). Il était né en 1620. On compte, parmi les Mazarinades^ une dizaine de pièces sur la mort du duc de Chatillon. Condé pleura amèrement cet ami et ce compagnon d'armes, «< pour lequel racheter, dit Guy Patin {Lettres^ tome I, p. 4i3), il donneroit mille Charenton. »

a. Voyez sur cet engagement, qui eut lieu le 8 février, la Mazarinade intitulée : le Courrier burlesque de la guerre de Paris (tome II, p. 68-168, du recueil de M.-Moreau); et la Lettre d'un Normand aux fendeurs de naseaux de ce temps, qui ont peur de mourir pour leur patrie {Dihllo graphie^ tome II, p. laS). Le baron de Clanleu, qui était maréchal de camp, s'y fit tuer, après avoir refusé quartier, trouvant a plus honorable, dit Mme de Motteville (tome II, p. 329), de mourir en cette occasion que sur un échafaud. >j On verra cependant plus loin que les chefs de l'insurrection s'en tirèrent a meilleur compte que ne le supposait Clanleu mourant.

3. Charles de Beauvau, baron de Nerlieu ou Noirlieu, était mestre de camp d'un régiment du Roi ; il fut tué, en cette occasion (10 février), par le duc de Beaufort en personne. Tous les contemporains parlent de sa valeur.

4. Villejuif, à deux lieues de Paris, au sud. — Nous conservons l'orthographe de notre manuscrit; voyez ci-après, p. 398.

Il y eut un combat assez opiniâtre dans le village de Vitry*, où Nerlieu fut tué; le convoi passa, et, comme cette action dura quelque temps, tout Paris en prit Talarme, et plus de cent mille bourgeois sortirent pour nous recevoir ^. Ce succès, qui n'étoit d'aucune importance, fut reçu de ce peuple préoccupé comme une victoire signalée, qu il vouloit devoir à la seule valeur du duc de Beaufort, et il fut conduit comme en triomphe jusqu'à THôtel de Ville, au milieu des acclamations d'une foule innombrable de monde.

Peu de temps après, le marquis de Noirmoustier sortit avec sept ou huit cents chevaux et quelque infanterie, pour escorter un grand convoi qui venoit du côté de la Brie. J'allai au-devant de lui avec neuf cents chevaux, pour faciliter son passage, que le comte de Grancey ^ vouloit empêcher avec pareil nombre de cavalerie et deux régiments d'infanterie. Nous étions à une demilieue l'un de l'autre, le marquis de Noirmoustier et moi,

1 , A trois kilomètres à l'ouest de Villejuif.

2. Retz (tome II, p. 218) dit de même que le convoi, qui venait d'Étampes, « rentra dans Paris, accompagné — de plus de cent mille hommes, qui étoient sortis en armes au premier bruit qui avoit couru que M. de Beaufort étoit engagé. » Le Journal du Parlement (p. 71) parle de plus de vingt-cinq mille hommes « résolus de se bien battre, si l'on eût eu besoin d'eux. » Dubuisson-Aubenay (p. 104) mentionne aussi cette affaire, et décrit le convoi de bœufs et de moutons. Quelques jours auparavant (28 janvier), Paris avait reçu un convoi semblable, qui inspira à un pamphlétaire une curieuse pièce de vers héroï-comique, adressée à Scanon, et insérée par M. Moreau dans son Choix de Mazarinades^ tome I, p. 109 et suivantes. Il paraît qu'en ce temps, où pour ceux de Paris les bourgs de Chaillot et de Charenton étaient devenus places frontières, c'étaient les pourceaux qui abondaient le plus, ce qui fît manger aux Parisiens, dit une satire contemporaine {Fariétés historiques^ tome V, p. 10), bien des cochons en carême.

3. Jacques Rouxel de Médavj, comte de Grancey, qui fut fait maréchal de France en i65i. Né en 1G02, il mourut en 1680.

et nous étions convenus de nous secourir en cas * que le comte de Grancey vînt attaquer l'un de nous. Il me manda de m' avancer, et qu'il alloit être chargé ; je fis ce qu'il desiroit do moi ; mais le comte de Grancey, qui sut que j'avançois, quitta le dessein d'attaquer Noirmoustier, et vint au-devant de moi pour me combattre seul. Le marquis de Noirmoustier lui vit faire ce mouvement; mais, au lieu de faire pour moi ce que j'avois fait pour lui, il continua son chemin avec le convoi, et se mit peu en peine d'un combat qu'il rendoit si inégal par sa retraite. Nous marchâmes l'un à l'autre, le comte de Grancey et moi , avec pareil * nombre de cavalerie , mais très-différent par la bonté des troupes ; il avoit de plus deux régiments d'infanterie , comme j'ai dit. Je fis ma première ligne de cinq escadrons, et la seconde de quatre, commandée par le comte de Rozan ', frère des maréchaux de Duras et de Lorges * ; mais, comme le comte de Grancey étoit éloigné de mille pas de son infanterie, je fis toute la diligence qu'il me fut possible * pour le charger avant qu'elle fût arrivée^. Nous trouvâmes, à vingt pas les uns des autres, une ravine ' qui nous séparoit ; nous la côtoyâmes deux cents pas pour

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