‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 3)Chapitre 239 sur 610 · Elle y fut encore confirmée. {Ms. H, réd. i et a · texte numérisé non relu

Elle y fut encore confirmée. {Ms. H, réd. i et a

MÉMOIRES. [i65o] 209

Roche foiicaiikl curent séparément avec le Cardinal*, dans le dessein de le faire résoudre de donner la liberté aux Princes, ou au moins de le rendre suspect à M. le duc d'Orléans. Ils étoient convenus de parler au Cardinal dans le même sens, et ils lui dirent^ que Monsieur le Prince lui seroit d'autant plus obligé de sa liberté, que le succès de la guerre ne Tavoitpas contraint de l'accorder. Ils lui représentèrent que le procédé des Frondeurs lui devoit faire connoître leurs desseins, et qu'ils ne vouloient avoir les Princes en leur disposition que pour se joindre à eux contre lui ; que la guerre civile étoit finie en Guyenne, mais que le désir de la rallumer dans tout le Royaume ne finiroit jamais qu'avec la prison des Princes ^ Ils ajoutèrent que tous les peu-

I, Lenet raconte (tome II, p. i35 et suivantes) toutes ces entrevues de la Rochefoucauld , ainsi que les siennes propres, avec Mazarin. Le Cardinal, montant en carrosse avec les deux ducs et Lenet, se prit à sourire : « Qui auroit cru il y a quinze jours, voire huit, dit-il, que nous eussions e'té tous quatre aujourd'hui dans un même carrosse? » A quoi la Rochefoucauld fit la réponse demeurée célèbre : « Tout arrive en France. » — Dans une autre conversation avec Lenet (p. 146 et i47)j Mazarin parla de Mme de Longueville et de la Rochefoucauld « comme de gens dont il lui seroit mal aisé d'avoir l'amitié parce qu'ils n'en avoient, disoit-il, que l'un pour l'autre. » C'était encore vrai au moment où parlait le Cardinal, mais cela devait bientôt cesser de l'être. — Retz, mentionnant ces conférences de Mazarin et de la Rochefoucauld (tome II, p. aSg, éd. Ch.), dit que n'ayant fi: point été de cela, non plus que de tout ce qui se passa en Guyenne, » il ne sait « ce qui en fut. t — Mme de Motteville se borne à dire, au sujet de ce même entretien (tome III, p. 23o) : «< Il est à croire qu'ils ne parlèrent pas de bagatelles. »

a. Et de lui représenter. (Ms. H^ réd. i et 1^

3. C'est bien ce que dit, assez naïvement, Lenet (tome II, p. i83) : ¥■ Tous nos gens étoient tellement persuadés qu'on ne devoit rien tenir de tout ce qu'on promettoit au Cardinal, qu'ils ne firent point de difficulté de me dire en général et en particulier que l'amnistie ne les empêcheroit pas d'aller joindre M. de Turenne, et de retour-

La RoCHKPOUCAULD. II i4

2IO MÉMOIRES. [i65o]

pies et tous les parlements s'uniroient pour une cause si juste, et qu'elle seroit soutenue du même parti qui venoit de faire la guerre ; mais ils lui dirent aussi qu'il étoit en son pouvoir de détourner tant de malheurs en mettant les Princes en liberté, et de les attacher inséparablement aux intérêts de la Reine et aux siens. Bien que cette conversation fît alors peu d'effet sur le Cardinal, elle eut néanmoins d'ailleurs une partie du succès qu'on avoit prévu : M. le duc d'Orléans et les Frondeurs en eurent du soupçon, et perdant l'espérance d'avoir les Princes entre leurs mains, ils se résolurent à chercher de nouveaux moyens de ruiner le Cardinal * .

ner à Montrond, et partout ailleurs où il pourroit y avoir de la guerre pour le service des Princes , si leur prison continuoit. Je n'eusse pas voulu leur conseiller telle chose, et parce que je crois qu'il faut toujours exécuter ce qu'on promet, et parce que, quand je l'aurois cru autrement, il n'eût pas été prudent de me confier d'une telle chose à plus de cent cinquante officiers qui me tenoient ce langage. »

I. Comparez la fin de cet alinéa, après les mots : « suspect à M. le duc d'Orléans » (p. 209), avec la version longue et diffuse du ms. H (réd. i et 2) , reproduite par l'édition de 1804, et, avec de nombreuses variantes, par les éditions antérieures : « Ils étoient convenus de parler au Cardinal dans le même sens, et de lui représenter que Monsieur le Prince lui seroit d'autant plus obligé de cette grâce, qu'il savoit bien qu'il n'y étoit pas contraint par la guerre ; qu'il lui étoit glorieux (assez glorieux, réd. i) de faire voir qu'il pouvoit le ruiner et le rétablir en un moment; que le procédé des Frondeurs lui devoit (bien, réd. i) faire connoitre qu'ils avoient dessein d'avoir les Princes en leur disposition, afin de les perdre, s'il leur étoit avantageux (utile de le faire, réd. i), ou de le perdre lui-même avec plus de facilité en leur donnant la liberté, et en les engageant par ce moyen (par là, réd. i) à travailler ensemble à sa ruine et à celle de la Reine; que la guerre étoit finie en Guyenne; mais que le dessein de la recommencer dans tout le Royaume ne finiroit jamais qu'avec la prison des Princes, et qu'il en devoit être d'autant plus persuadé qu'eux-mêmes ne craignoient pas de lui dire lorsqu'ils (pendant qu''ils, réd. i) étoient entre ses mains, et (qu'ils, réd. i) n'avoient autre sûreté que sa parole. Ils lui représentèrent

MÉMOIRES. [i65o] 211

Cest* ainsi que finit la ï^ncrre de Bourdeaiix. On s'étonnera peut-être que les ducs de Bouillon et de la Rochefoucauld eussent osé T entreprendre, et que deux particuliers, sans places, sans troupes, sans argent, et sans autre prétexte que la liberté des Princes , aient pu soutenir cette guerre, dans le temps que tout le Royaume étoit soumis au Roi et que M. le duc d'Orléans et les Frondeurs étoient unis au Cardinal pour opprimer Monsieur le Prince. Mais ce qui n'est pas moins extraordinaire, c'est qu'ils aient défendu une place ouverte en beaucoup d'endroits, avec si peu de forces, contre une armée considérable , commandée par le maréchal de la Meilleraye , sous le cardinal Mazarin , et fortifiée de la présence du Roi; qu'après treize jours de tranchée, les assiégeants n'aient pu se rendre maîtres d'un ouvrage fait de fumier et de barriques, sans fossé et sans parapet, et que, durant tout ce temps, les généraux aient toujours été plus en péril par les factions du peuple et du Parlement que par l'armée qui les assiégeoit. On peut

encore que les cabales se renouveloient de toutes parts clans le parlement de Paris et dans les autres parlements du Royaume pour procurer la liberté aux Princes , ou pour les ôter de ses mains; que pour eux, ils lui déclaroient qu'ils favoriseroient tous les desseins qu'on feroit pour les tirer de prison, mais que tout ce qu'ils pouvoient faire pour lui étoit de souhaiter que, préférablement à tout autre, ils lui en eussent l'obligation. Ce fut à peu près le discours qu'ils tinrent au Cardinal, qui eut une partie du succès qu'ils avoient désiré; car outre qu'il en fut ébranlé, il donna de la jalousie à M. le duc d'Orléans et aux Frondeurs. Il leur ôta l'espérance d'avoir les Princes entre leurs mains, et les fit enfin résoudre à se réunir avec eux, et à chercher de nouveau les moyens de perdre le Cardinal, comme on le verra dans la suite. »

I. Tout ce paragraphe : « C'est ainsi que.... qu'on rasoit ses maisons », manque dans le ms. H (réd. i et 2) et dans toutes les éditions antérieures à la nôtre. Il est évident que la Rochefoucauld a senti, après coup, le besoin de mettre en relief ce qui, dans sa conduite, pouvait, sinon le justifier, du moins tourner à son honneur.

212 MÉMOIRES. [i65o]

ajouter encore que, pendant cette résistance, la duchesse de Bouillon étoit en prison; que la mère, la femme, et les enfants du duc de la Rochefoucauld étoient sans retraite, qu'on pilloit ses terres, et qu'on rasoit ses maisons * .

Pendant que les choses se passoient ainsi, et que les soins de la cour étoient employés à pacifier les désordres de la Guyenne, M. de Turenne tiroit de grands avantages de l'éloignement du Roi. Il avoit obhgé les Espagnols à lui donner le commandement d'une partie* de leurs troupes et de celles de M. de Lorraine; il avoit joint ^ tout ce qu'il avoit pu conserver de celles de Monsieur le Prince; il étoit maître de Stenay, et n'avoit point d'ennemis qui lui fussent opposés*. Ainsi rien ne l'empêchoit d'entrer en France , et d'y faire des progrès considérables, que la répugnance que les Espagnols ont accoutumé d'avoir pour des desseins de cette nature, parce qu'ils craignent ^ également de hasarder leurs troupes pour des avantages qui ne les regardent pas directement et de se mettre en état qu'on leur puisse ôter

1. Le 6 octobre, le duc de la Rochefoucauld avait quitté Bourg pour retourner à Verteuil. «Il emmena avec lui, dit Lenet (tome II, p. i6i), quantité de noblesse qui l'avoit suivi, et laissa un grand regret à Son Altesse, à Monsieur le duc {de Bouillon) et à toute leur cour de cette se'paration, s'e'tant acquis l'amitié et l'estime de tout le monde par son courage, son esprit, l'agrément de sa conversation et la netteté de son procédé pendant tout le temps que cette affaire avoit duré, et encore par les protestations qu'il fît à la Princesse de recommencer toutes les fois qu'il lui plairoit lui commander. Elle lui donna, comme elle fit encore au duc de Bouillon, une reconnoissance, signée de sa main, de la somme à quoi se montoient les frais et avances qu'ils avoicnt faits pour son service, au payement desquelles sommes Monsieur le Prince a pourvu depuis. »

Page 1