Madame de Sablé, édition de 1869, p. iSp
NOTICE. Lv
pies manuscrites les plus importantes (ms. Harlay, ms. Arnauld, ms. C, ms D.), un aussi grand nombre de leçons diverses. Il est vrai que la langue française de ce temps n'était point encore absolument fixée. Le travail d'épuration, d'affînement, commencé au siècle précédent, se continuait tous les jours ^ Vaugelas et les autres grammairiens s'évertuaient à tracer les limites entre la parole familière et le style soutenu. Pendant ces disputes, qui n'allaient point toujours sans aigreur, les grands, les habiles écrivains, tels que la Rochefoucauld, tranchaient la question de leur propre chef, mettaient fin, d'un coup de plume, à la controverse, et telle locution réputée douteuse, qu'ils introduisaient avec aisance dans leurs ouvrages, se trouvait avoir cause gagnée et droit de cité.
Les notes dont se compose notre commentaire sont de trois sortes, en dehors des variantes du texte. Les unes a])pellent l'attention sur des analogies de pensée ou d'expression entre les Mémoires et les Maximes ou les Réflexions diverses contenues dans le tome I : c'est la Rochefoucauld moraliste rapproché de la Rochefoucauld historien. Les autres signalent, dans un double intérêt de contrôle ou de curiosité, les conformités ou les divergences importantes entre le récit de notre auteur et celui de tel ou tel de ses contemporains. Enfin une troisième catégorie de notes est celle de la glose historique; nous nous sommes proposé d'y être bref et sobre, car le véritable commentaire des Mémoires^ très-concis parfois , et partant quelque peu obscurs, de la Rochefoucauld, c'est la Notice biographique^ qui se trouve en tête de notre premier volume ,
I. Nous voyons, dans la préface même de la i"^^ édition des Mémoires (1662), ce qu'on pensait alors sur ce point : « Je ne vous demande autre grâce pour la récompense de mon travail, dit le libraire hollandais au lecteur, sinon que vous excusiez les fautes que vous y trouverez ; que vous ne preniez pas garde à quelques ponctuations mal mises, ni à quelques mots qui ne sont pas écrits dans toute l'exactitude possible de Yortographe (sic). Vous aurez moins de peine à le faire, si vous considérez qu'étant imprimé hors de France, ni mon correcteur ni moi ne pouvons pas savoir tous les changements que r usage apporte tous les jours dans votre langue. »
■ Tai passé les dernières années du ministère du cardinal Mazarin^ dans loisiveté que laisse d'ordinaire la
^ T. Vojez, au tome I, dans la Notice bibliographique, sous quHs titres ont etë imprimés, de 1662 à i838, les Ménwires de la Rochefoucauld.— La partie du récit qui va de la page i à la page 120 e.t restée inédite jusqu'en 1817. Elle a été publiée à part, cette annéela, par Renouard, comme annexe à son édition des Mémoires, de 1804 ; puis insérée dans les collections de Petilot (1826), et de Michaud (i838). Elle a pour titre, dans la i^e édition ('1817) • c Première partie, jusqu'à ce jour inédite et publiée sur le manuscrit de l'auteur; >, chez Petitot, simplement : « Première partie- » chez Michaud : or Première partie, d'après le texte découvert en 1817. » Dans le manuscrit D de la Roche-Gujon, dont la présente édition reproduit le texte, on lit, en tête de la page i des Mémoires, une note marginale, d une vieille écriture, ainsi conçue • c Ici commencent les Mémoires non imprimés, lesquels finissent à la page m, » qui correspond, nous l'avons dit, à la page 129 de notre volume - Jusqu'à cette page 129, nous donnons en note les variantes, fort peu considérables, des trois éditions antérieures a la notre : au sujet de leur texte, vojez la Notice qui précède.
2. Dans les g I et II, qui sont la partie la plus ancienne des Mé^ mares, non par la date de la composition, l'auteur va nous le dire, mais par celle des faits racontés, la Rochefoucauld remonte, en intervertissant parfois l'ordre des événements, à l'année 1624. Ce n'est qu a partir de i63o qu'il raconte ceux auxquels il a eu part ou qui tout au moins se sont accomphs sous ses yeux ou à ses côtés. i. Cest-a-dire de i65a à 1661. - Grièvement blessé d un coup La Rochefoucauld, ii
a MÉMOIRES. [1624-1625]
disgrâce* : pendant ce temps % j'ai écrit ce que j'ai vu des troubles de la Régence. Bien que ma fortune soit changée, je ne jouis pas d'un moindre loisir : j'ai voulu remployer à écrire des événements plus éloignés% ov hasard m'a souvent donné quelque part.
J'entrai dans le monde quelque temps devant disgrâce de la Reine mère, Marie de Médicis^ Le Louis XIII, son fils, avoitune santé foible, que les gués de la chasse avoient usée avant l'âge; ses incon dites augmentoient' ses chagrins et les défauts de humeur "^ : il étoit sévère, défiant, haïssant le mond vouloit être gouverné, et portoit' impatiemment Fêtre. Il avoit un esprit de détail appliqué uniquen
de feu au combat du faubourg Saint-Antoine, le 2 juillet 1 le duc de la Rocbefoucauld fut longtemps à se guérir. L'inacti laquelle il se vit alors condamné sembla venir à point pour le lier d'une fidélité, désormais embarrassante et stérilement héroi. envers Condé et ceux des Frondeurs qui voulaient être ou par irréconciliables. Voyez, au tome I, la Notice biographique.
1. Après avoir passé l'année i653 à Damvilliers, en Lor (voyez p. 137, note 6), la Rocbefoucauld obtint en i654la pe sion de revenir en France et se retira dans sa terre de Verteu:, Poitou. En 1659, il reparut à Paris, guéri des aventures politi qui ne lui avaient guère réussi, et dorénavant tout entier au . merce des lettres et du monde.