‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 3)Chapitre 491 sur 610 · APOLOGIE DU PRINCE DE MARCILLAC · texte numérisé non relu

APOLOGIE DU PRINCE DE MARCILLAC

gence : ses diverses prétentions éludées, les emplois et les honneurs par lui vainement sollicités, surtout ce tabouret pour sa femme brigué si passionnément, et qui, n'ayant pas été obtenu, était bien fait, il faut en convenir, malgré le gouvernement du Poitou rendu à sa famille et remis entre ses mains, pour triompher de sa philosophie et lui faire tirer l'épée contre une reine si peu reconnaissante et un ministre si peu complaisant*. »

'L' Apologie est, en effet, un commentaire piquant et détaillé de certaines parties des Mémoires ; mais encore et surtout c'est un monument littéraire de grande importance. Venu trèspeu de temps après les Lettres de Balzac (1624 et i636) et le Discours delà Méthode de Descartes (1637), cet écrit est, avant les Provinciales de Pascal (i656 et 1657), un des premiers modèles de la prose française du dix-septième siècle, naturelle, nerveuse, de ferme et libre allure. L'auteur, âgé alors de trente-six ans, n'est pas encore un lettré amoureux de la fine pensée ou du beau style ; c'est tout simplement un ambitieux déçu, un gentilhomme offensé, ou se tenant pour tel, qui excelle déjà dans l'art d'aiguiser sa plume en la maîtrisant, et dont le discours, plein d'énergie naturelle et de malice calculée, annonce bien les diverses qualités d'esprit et de langage du futur auteur des Maximes.

Le précieux manuscrit A, conservé dans les archives de la famille de la Rochefoucauld-Liancourt, et qui renferme, à la suite de la rédaction primitive d'une partie des Mémoires que nous donnons à \ Appendice de ce volume (p. 471-481), un texte autographe des Maximes.^ porte, à sa première page, un avertissement, d'une écriture ancienne, commençant par ces mots : « Ce manuscrit contenoit originairement trois ouvrages, dont le premier, écrit de la main du secrétaire de M, le duc de la Rochefoucauld, occupoit une vingtaine de feuillets, qui ont été arrachés, comme on peut le voir ci à côté. « Ce premier ouvrage était X Apologie : on ne peut conserver aucun doute à cet égard en lisant, comme premier titre, au dos de la reliure de parchemin du manuscrit, le mot Apologie. La perte de

I. V. Cousin, la Jeunesse de Madame de Longuevillej ^<^ édition, p. 472 et 473.

NOTICE. /,Î7

ce texte, qui eiU mérité toute conliance, est regrettable. Il est bien possible que la Rochetbucauld ait voulu lui-même tktruire cette déieiise, ([ui fait moins d'honneur à l'homme qu'à l écrivain, et qui rappelait des souvenirs dont il n'avait plus sujet ni envie de se viuiter. Nous aimons à croire (pie la copie de l'Arsenal est exacte et fidèle.

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