Que je ne pouvois me dispenser. {Ibidem
priai Craft * , gentilhomme anglois , de ses amis et des miens, de Tavertir de ma part qu'on m'avoit défendu de la voir, et qu'il étoit nécessaire qu'elle envoyât un homme sûr, par qui je lui pusse mander ce que je n'osois lui aller dire à Tours. Elle fit ce que je desirois, et elle fut informée de tout ce que la Reine avoit dit au Chancelier, et de la parole qu'il avoit donnée à la Reine, qu'elle et Mme de Chevreuse seroient désormais en repos, à condition de n'avoir plus aucun commerce ensemble.
Cette tranquillité ne leur dura pas longtemps, par une méprise bizarre, qui replongea Mme de Chevreuse dans des disgrâces qui l'ont accompagnée pendant dix ou douze ans, et qui ont causé les miennes particulières, par un encliamement d'accidents que je n'ai pu éviter. Pendant que Monsieur le Chancelier interrogeoit la Reine à Chantillv, et qu'elle craignoit le plus le succès* de cette affaire, elle craignoit aussi que Mme de Chevreuse ne s'y trouvât embarrassée ; et Mlle de Hautefort étoit con-
I . Craf dans les éditions antérieures ; il y a Crafst dans notre manuscrit. — Le comte Guillaume Craft avait été envoyé en France par le roi et la reine d'Angleterre, avec lord Montaigu, dont il sera question plus loin. L'un et l'autre passèrent à Paris Ja fin de l'année i634 ; puis ils allèrent successivement consoler en Touraine la duchesse de Chevreuse, qui avait déjà fait leur conquête à Londres en iGsS : Craft était alors page de la reine Henriette-Marie. V. Cousin parle assez longuement de ce galant gentilhomme dans Madame de Chevreuse (p. ii5 et suivantes), et donne de curieux extraits de lettres passionnées que Craft, après son départ, adressa de Calais et de Londres à la helle exilée. Gourville le mentionne dans ses Mémoires (p. 869 et Syo), à la date de i663 : « Je trouvai aussi en ce pays-là {en Angleterre) le milord Craff, qui avoit été fort des amis de M. de la Rochefoucauld à Paris, et à qui j'avois même prêté quelque argent, qu'il m'avoit rendu depuis le rétahlissement du Roi Le milord Craff nous mena à une trèsjolie maison de campagne qu'il avoit à dix milles de Londres, sur le hord de la Tamise, »
a. Le succès, l'issue, comme plus haut, p. i3, ligne î4-
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venue avec elle que, quand elle lui enverroit des Heures reliées de vert, ce seioit une marque que les affaires diî la Reine prendroienl des voies de douceur et d'accommodement ; mais que si elle lui envoyoit des Heures reliées de rouge, ce seroit avertir JMiiie de Chevreuse de pourvoir à sa sûreté, et de sortir du Royaume avec le plus de diligence qu'elle pourroit. Je ne sais laquelle des deux se méprit; mais au lieu d'envoyer à Mme de Chevreuse les Heures^ qui la dévoient rassurer % celles qu'elle reçut lui firent croire que la Reine et elle étoient I perdues : de sorte que, sans consulter davantage et sans se souvenir de ce que je lui avois mandé, elle se résolut de se sauver en Espagne. Elle confia ce secret à l'archevéque de Tours', qui étoit un vieillard de quatrevingts ans, plus zélé pour elle qu'il ne convenoit à un homme de son âge et de sa profession ; il étoit de Réarn, et avoit des parents sur la frontière d'Espagne : il donna à Mme de Chevreuse une route *, et les lettres de créance qu'il crut lui être nécessaires. Elle se déguisa en homme, et partit à cheval^, sans femmes^, et accompagnée de deux hommes seulement; la précipitation de son départ lui fit oublier, en changeant d'habit, d'emporter avec elle les lettres de créance et la route que l'archevêque de Tours lui avoit données, et elle ne s'en aperçut qu'après avoir fait cinq ou six lieues. Cet accident lui fit clianger de dessein, et ne sachant quel parti prendre,