N'empêchèrent pas qu'on ne m'envoyât
compte de mes actions '. J'y obéis aussitôt, pour porter moi seul la peine de ce que j'avois fait, et pour n'exposer pas mon père à la partager avec moi si je n'obéissois pas.
Le maréchal de la Meilleraye^ et M. de Chavigny, qui étoient de mes amis, avoient un peu adouci le Cardinal : ils m'avoient représenté, bien qu'il ne fût pas vrai, comme un jeune homme lié à Mme de Chevreuse par un attachement plus fort et plus indispensable encore que celui de l'amitié , et donnèrent envie au Cardinal de me parler lui-même, pour essayer de tirer de moi tout ce que je saurois ' de cette affaire. Je le vis, et il me parla avec beaucoup de civilité, en exagérant néanmoins la grandeur de ma faute, et quelles en pourroient * être les suites, si je ne la réparois par l'aveu de tout ce que je savois : je lui répondis dans le même sens de ma déposition, et comme je lui parus plus réservé et plus sec qu'on n'avoit accoutumé de l'être avec lui, il s'aigrit, et me dit assez brusquement que je n'avois donc qu'à aller à la Bastille. J'y fus mené le lendemain par le maréchal de la Meilleraye, qui me servit avec beaucoup de chaleur dans tout le cours de cette affaire, et qui tira parole du Cardinal que je n'y serois que huit jours '.
1. Voyez encore le procès- verbal de l'enquête du président Vignier, dans MaJante du Clievreuse^ p. 435.
2. Charles de Ja Porte, marquis de la Meilleraye, puis duc et pair (décembre ifiGJ), cousin germain de Richelieu, né en 1602, mort en 1664 H était grand maître de l'artillerie depuis i634; il devint maréchal de France en 1639. Son iils épousa (1661) Hortense Mancini, et prit le nom de duc de Mazarin.