‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 4)Chapitre 142 sur 616 · I. Le 26 août · texte numérisé non relu

I. Le 26 août

a. René Potier de Blancmesnll, président en la première chambre des Enquêtes, mort en 1680. Il habitait une maison donnant rue du Renard et rue Neuve-Saint-Merry. Ce fut du Bois, exempt des gardes de la Reine, qui l'arrêta.

3. Pierre Broussel (dans notre manuscrit, le plus souvent Brous^ selle, d'autres fois Brousselles), conseiller à la grand'chambre , avait alors plus de soixante-dix ans. Il devint, Tannée suivante, gouverneur nominal de la Bastille pour le peuple insurgé, et fut prévôt des marchands, lors de la seconde Fronde, en 1 65 2. Le bonhomme Bioitssel, comme Retz l'appelle (tome II, p. 1 3 et 14), « qui avoit toujours levé l'étendard contre le Roi..., s'étoit érigé en tribun du

peuple, dit Mme de Motteville (tome II, p. i5i), en montrant

l'esprit d'un homme né dans une république, en affectant de paroître avoir les sentiments d'un véritable Romain. » Il fut arrêté chez lui, rue du Port-Saint-Landry, par Comminges, lieutenant des gardes de la Reine. L'Histoire du temps, écrite dans le feu même du combat, insiste (p. 186), avec une emphase qui nous fait aujourd'hui sourire , sur l'effet soudain produit dans Paris par ce coup de force : « C'est ici, cher lecteur, et qui que tu sois, que tu dois suspendre et arrêter ton esprit; c'est ici que tu dois admirer les ouvrages du souverain des Dieux, et reconnoître qu'il n'abandonne jamais la vertu, quoique persécutée. C'est enfin sur ce héros que tu dois jeter les yeux, qui est beaucoup plus illustre que ceux de l'antiquité, quand même tu prendrois pour des vérités les fables qu'on a inventées pour les rendre plus célèbres. » Jamais popularité n'égala celle de Broussel : « Il n'y a coin de rue où l'on ne voie son portrait, a dit V^évis sincère aux bourgeois de Paris sur ce qui s'est passé en leur ville depuis l'an 1648. {Bibliographie des Mazarinadcs, tome I, p. 167.)

4. Ce mot quelques autres ne répond à aucun fait précis. En réalité, Blancmesnil e Broussel furent seuls arrêtés; le président Charton, qui devait avoir le même sort, eut le temps de se sauver par-dessus les murs de son jardin. Trois lettres de cachet furent remises aux conseillers Laine, Benoit et Loisel, pour les exiler en divers lieux.

MÉMOIRES. [1648] io3

s'étoient opposés avec plus de chaleur aux nouveaux édits et à la misère publique. Cette entreprise du Cardinal n'eut pas le succès qu'il en altendoit : le peuple prit les armes; le Chancelier, pour éviter sa fureur, se sauva dans l'hôtel de Luyncs * ; on le chercha dans la maison pour le mettre en pièces, et le maréchal de la Meilleraye y alla en diligence, avec quelques compagnies du régiment des Gardes, pour le sauver. Il fut en péril lui-même; on tendit les chaînes des rues; on fit partout des barricades; et le Roi et la Reine se virent investis dans le Palais-Royal, et forcés de rendre* les prisonniers, que le Parlement leur envoya demander*. Dans ce trouble, le coadjuteur de Paris *, qui jusqu'a-

I. L'hôtel du duc de Luynes, qui avait épousé une cousine du Chancelier, se trouvait sur le quai des Augustins, au coin de la rue Gît-le-Cœur. — Voyez ci-aprrs, p. 121, note i ; et, au sujet de cet hôtel, le tome II des Mémoires de Retz, p. 43, note 3.

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