Sa crainte et son abattement. {Ms. H, réd. i et
4- Les mots: <c il faisoit faire », jusqu'à « carte blanche », manquent dans les anciennes éditions.
La RocHEFoucArLD. II 10
nances. Ces promesses si étendues et données en termes généraux faisoient tout l'effet que le Cardinal pouvoit désirer. Elles éblouissoient et rassuroient Monsieur le Prince et tous ses amis*. Elles confirmoient le monde dans l'opinion qu'on avoit conçue de l'étonnement^ du Cardinal, et elles faisoient désirer sa conservation à ses ennemis même, par la créance de trouver plus aisément * leurs avantages dans la foiblesse de son ministère que dans un gouvernement plus autorisé et plus ferme * ; enfin il gagnoit avec beaucoup d'adresse le temps qui lui étoit nécessaire pour les desseins qu'il formoit^ contre Monsieur le Prince ^
I « Le Cardinal, dont l'esprit étoit plein de lumières, et qui savoit se tourner de plusieurs côtés, fit parler à Mme de Longueville par quelques-unes de ses confidentes. U l'assura qu il vouloit être de ses amis, et que, pour acquérir ses bonnes grâces, il vouloit faire tout ce qui seroit possible pour la satisfaire. La proposition fut reçue agréablement. Elle ne travailloit que pour avoir du crédit, et croyoit en pouvoir espérer par cette voie. Le duc d'Orléans et le prince de Condé soubaitoient chacun pour soi une grande puissance Mme de Longueville et le prince de Conty vouloient aussi en leur particulier avoir part à la faveur. Tous, par l'état ou étoit le Ministre, prétendoient mieux faire leurs affaires avec lui qu avec un autre Le Cardinal, plus fin que tous les autres, pour gagner du temps, travailloit lui-même à les persuader par ces mêmes raisons qui paroissoient lui être si contraires, et leur faisoit dire, par des gens qui paroissoient être de leurs amis, qu'il leur etoit a tous plus commode de le laisser jouir des avantages que sa faveur lui donnoit, puisqu'un autre que lui en useroit avec plus de hauteur.» (Mme de Mottevilie, tome III, p. 54 et 55.)
2 De la crainte et de l'étonnement. {Ms. //, red. i.) 3' Elles faisoient même désirer sa conservation a ses propres ennem'is, croyant plus aisément trouver, eic.{Ms. H réd let 2^) A *Dansungoavernementplusferraeetmieuxregle.(i¥5.//,red.i.;
t Ml gagnok par là, avec beaucoup d'adresse, tout le temps qui lui étoit nécessaire pour tous les desseins qu'il pourroit former.
^""e. oVtait qullle^était la devise de Mazarin: «le temps et moi,» avait- il co-itume de répéter
Les choses demeurèrent en cet état durant un temps assez considérable, et cependant le Cardinal donnoit toutes les démonstrations publiques de vouloir, non-seulement entrer dans les sentiments de Monsieur le Prince n^is encore dans les intérêts de ses amis, bien qu'en effet il y fût directement contraire, comme il le fit voir dans une rencontre qui se présenta. Monsieur le Prince ayant obtenu pour la maison de la Rochefoucauld les mêmes avantages de rang qui avoient été accordés à celles de Rohan, de Foix et de Luxembourg, le Cardinal* fit demander* une pareille grâce pour celle d'Albret, et suscita en même temps une assemblée de noblesse pour s'y opposer'; mais, soit qu'il en craignît enfin les sui-
I. Les choses furent disposées de la sorte un temps assez considérable pendant lequel le Cardinal donnoit toutes les démonstrations publiques de vouloir entrer non-seulement, comme je viens de dire, dans les sentiments de Monsieur le Prince, mais encore dans tous les mlérêts de ses amis, bien qu'en effet il y fût sous main directemciU contraire, comme il le fît paroitre dans une rencontre qm se présenta, ou .Monsieur le Prince obtint pour la maison de k Rochefoucauld les mêmes avantages de rang qui avoient ete' accordes a celle de Montbazon et à quelques autres, car le Cardinal. (Ms
2. *Fit demander par M. le duc d'Orléans. (.1/,. H, réd. t et ^^ 6. Les honneurs, qui étaient le tabouret (c'est-à-dire le droit d être assis au cercle de la Reine) et la permission d'entrer dans le Louvre en carrosse, appartenaient d'abord aux seuls princes du sang, aux bâtards de France et aux maisons de Savoie et de Lorraine. -Mme de Motteville dit à ce sujet, en parlant de la Rochefoucauld (tome III, p. 56) : . Ces avantages le Lttoient audessus des ducs et a l'égal des princes, quoiqu'il ne fut ni l'un ni autre. 11 n etoit pas de maison souveraine : il n'étoit que ffentUhomme, et son père, le duc de la Rochefoucauld, n'étoit pas mort. IT! etoit assez grand seigneur et avoit assez de considération Clans le monde pour pouvoir soutenir une folle chimère. » Et plus 'OUI (p. 59) : « Toute la noblesse se trouva offensée dans cette préterence. Chaque particulier alla chercher dans ses titres des marques de principauté, et d'ancieimes aUiances qui eussent le pouvoir ae les élever. » Sur la réunion de la noblesse elle ajoute (p 65) •
tes* ou qu'il feignît de les craindre, il aima mieux faire révoquer ce qu'on avoit déjà fait en faveur des autres maisons *, que de maintenir ce que Monsieur le Prince avoit obtenu pour celle du prince de Marcillac * .
« Cette assemblée ne déplut nullement au Ministre. Il voyoit avec joie que M. le prince de Conty et Mme de Longueville, protecteurs du prince de Marcillac,... alloient être haïs des princes et de la noblesse. » — Les personnages les plus qualifiés de la cour s'étaient réunis chez le marquis de Montglat ; mais, nous dit ce dernier (tome II, p. igfi et suivantes), « la pelote grossissant, la salle du marquis de Montglat n'étant pas assez grande pour tenir tant de monde, il fut résolu de prendre la maison du marquis de Sourdis, pour le lieu de l'assemblée. » Voyez aussi Retz, tome II, p. 54o et suivantes, et Orner Talon, tome III, p. 5 et suivantes.
I. * Ainsi {et enfin, réd. i),soit qu'il en craignit véritablement les suites. {Ms. H, réd. i et -x.)