‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 4)Chapitre 4 sur 616 · I. Voyez ci-après, les Mémoires^ p. 2 et note · texte numérisé non relu

I. Voyez ci-après, les Mémoires^ p. 2 et note

a. Segraisiana, édition de 1721, p. i56 et suivantes.

3. Robert Arnauld d'Andilly, frère du fameux janséniste Antoine Arnauld, né en i588, mort en 1674 à Port-Royal-des-Champs, où il s'était retiré dès 1642. Il a laissé des Mémoires.

NOTICE. IX

dans cet intervalle, l'impression de ses Mémoires, « auxquels, dit Segrais, il avoit fait plusieurs changements depuis qu'il les avoit prêtés à M. d'Andilly, » chargea M. Pelot, qui allait précisément se faire recevoir premier président à Rouen, de faire saisir l'édition, ce qui eut lieu, moyennant une indemnité de vingt-cinq pistoles (on n'en avait demandé que vingt), accordée par 1 auteur à la veuve Barthelin, et l'ouvrage fut relégué dans un grenier de l'hôtel de Liancourt, à Paris'.

« Sans parler, ajoute Segrais (p. i58-i6o), des changements que M. delà Rochefoucauld avoit faits à ses Mémoires, comme je l'ai dit, il y avoit un grand défaut en cette édition, en ce que l'on avoit mis à la fin ce qui devoit être au commencement, de sorte qu'il n'y avoit pas moyen de la faire paroître en l'état où elle étoit. Cependant, après ce qui venoit d'arriver, M. Ménage, en disant à M. de la Rochefoucauld : « Si vous ne mariez pas votre fille vous-même, on la mariera, ?> lui conseilloit de les faire imprimer. Au contraire, M. de Gourville, à qui il les avoit communiqués, l'en détourna en lui représentant qu'il n'étoit pas sûr, quoiqu'il n'y eût rien que de vrai, que le Roi trouvât bon que toutes ces vérités fussent rendues publiques, et, de plus, qu'il étoit impossible que plusieurs particuliers, qui vivoient encore, dussent être contents d'y être nommés; et cela obligea M. de la Rochefoucauld à ne pas passer outre. Depuis ce temps-là, il est mort, et ses enfants n'ont pas cru devoir aussi les faire imprimer : ainsi il y a grande apparence qu'ils ne le seront pas. J'ai un exemplaire de l'édition telle qu'elle est, qui m'a été donné par M. de la Rochefoucauld. Outre qu'il y a des transpositions considérables, il y a aussi des mots les uns pour les autres : ce qui m'a obligé de le faii-e brocher avec du papier blanc entre chaque page, où j'ai fait des corrections nécessaires en plusieurs endroits, suivant l'intention de M. de la Rochefoucauld. Ces Mémoires sont intitulés : Relation des guerres civiles de France, depuis le mois d'août de l'année 1649 J^~ qu'à la fin de 1602. n

I. Il n'est resté dans les archives départementales de Rouen, où nous avons consulté les registres de la corporation des libraires, aucune trace de cette affaire, arrange'e d'ailleurs à l'amiable.

Dans ce témoignage de Segrais il y a trois points à relever : le premier, c'est que, dans le temps que l'on poussait à Rouen l'impression furtive des Mémoires, le duc y faisait des changements; le second point, c'est que l'édition de Barthelin contenait de telles fautes de texte et des transpositions si considérables, « qu'il n'y avoit pas moyen de la faire paroître en l'état où elle étoit; » le troisième point enfin ne mérite pas moins qu'on s'y arrête : « Ces Mémoires, dit Segrais, sont intitulés : Relation des guerres civiles de France » d'août 1649 à la fin de i652. Nous mettrons à profit cette triple remarque.

La Rochefoucauld avait pu sauver, une première fois, ses Mémoires de la publicité prématurée que leur destinaient les presses rouennaises; il ne les put soustraire à ces terribles presses de Hollande qui ont fait le désespoir de tant de gens haut placés dans le monde des lettres. En 1662, une première édition de son ouvrage paraît à Amsterdam, sous la fausse rubrique de Van Dyck, à Cologne, petit format elzévirien, avec ce titre : Mémoires de M. D. L. R. sur les brigues à la mort de Louis XIII, les guerres de Paris et de Guyenne et la prison des Princes * . Un Avis du libraire au lecteur dé-

I. Une intéressante communication que nous devons à l'obligeance de M. Régis de Chantelauze ne laisse aucun doute sur le lieu de l'impression. Un nommé M. de Wicquefort, agent secret de Mazarin, puis de Lionne, -avait été chargé par eux de surveiller les presses étrangères, de découvrir les pamphlets et libelles qui sortaient de ces presses, de les supprimer, autant qu'il serait possible, lorsqu'ils étaient défavorables à la France et à son gouvernement, et de ne rien négliger pour connaître le nom de leurs auteurs. Voici ce qu'écrivait cet agent à l'un de ses chefs, le 3 août 1662 : « L'on m'avoit assuré que les Mémoires de la Rochefoucauld et de la Châtre avoient été imprimés à Bruxelles, mais j'ai su depuis qu'ils ont été imprimés à Amsterdam, et, de peur qu'on les découvrit, on les a fait vendre à meilleur marché à Bruxelles qu'à Amsterdam. Le libraire qui les a imprimés les a apportés cet hiver de Paris et l'on pourroit savoir de qui il les a eus. J'en parle, tant parce qu'il importe que ce livre soit supprimé, que parce qu'on m'a accusé autrefois de les avoir donnés à un libraire ; mais je ne crains point que l'on m'en puisse seulement soupçonner. » Et, le 5 octobre de la même année, il écrivait à la même personne : « J'ajouterai à la même lettre que le même Elzevier d'Amsterdam, qui

NOTICE. XI

butait par cet aveu, qui n'était rien moins que superflu : « L'impatience que tout le monde a témoignée de voir ces Mémoires m'a obligé d'en précipiter l'impression, et de me servir pour cela d'une copie fort mal écrite, qu'un de mes amis m'avoit envoyée de France et qu'il avoit faite pour lui seul : aussi ne l'aurois-je pu tirer de ses mains, s'il avoit pu me refuser cette prière, que je ne lui faisois que pour satisfaire la juste curiosité de tous les honnêtes gens de l'Europe. C'est ce qui m'a fait passer par-dessus beaucoup de considérations qui mauroient pu retenir, et qui m'a obligé de vous donner cette j)remière édition, quoique j'eusse bien prévu qu'il étoit impossible qu'elle ne fût accompagnée de beaucoup de fautes, »

Ici se posent naturellement deux questions :

1° Cette copie subreptice et hâtive livrée sous main à l'éditeur hollandais était -elle exactement conforme à la copie remise auparavant par Brienne à Barthelin ? Evidemment non : nous savons déjà par Segrais que cette dernière avait pour titre : Relation des guerres civiles de France depuis le mois d'août de Vannée i6^f) Jusqu'à la fin de iGSa, ce qui prouve qu'elle ne renfermait qu'une seconde partie, telle quelle, des Mémoires de la Rochefoucauld. L'édition d'Amsterdam contient, en outre, un l'écit, en deux fragments distincts, des premières années du ministère de Mazarin.

2" Peut-on supposer que le duc lui-même fut complice du larcm et se prêta complaisamment à cette comédie, pourtàter, sans se trahir, l'effet de son œuvre sur le public ? Cette hypo-

a imprimé les Mémoires de la Rochefoucauld et de la Châtre, imprime encore quelques autres pièces , touchant les affaires de France, et que je ne vois point d'autre remède d'empêcher ce désordre qu'en kii faisant dire par M. d'Estrades, ou par quelque autre, que l'on confisquera tous les livres de son impression, de quelque nature qu'ils puissent être, et que l'on en défendra la vente en France. Il s'en voudra peut-être défendre; mais il est certain que c'est lui qui a imprimé les Mémoires, et qu'il imprime aussi le reste. » — La même année i66a, il parut une autre édition, d'un format un peu plus grand, et d'iui caractère plus fin, portant le même titre et les mêmes noms de lieu et de libraire. Voyez la Notice bibliographique, au tome I.

x.i MEMOIRES.

thèse ne semble pas admissible. Outre qu'à cette date de 1662 les Mémoires n'étaient assurément pas terminés et que l'amour-propre de l'auteur ne se serait point accommodé d'un àpeu-près, l'amant i-efroidi de Mme de Longueville, l'ancien criminel de lèse-majesté, devenu sage à ses dépens, et qui ne visait qu'à pousser son iils à la cour*, ne pouvait pas même avoir la pensée de risquer cette imprudente épreuve. Bien des raisons, toutes plus graves les unes que les autres, le lui défendaient. Victor Cousin, qui, préoccupé de sa thèse brillante, justifie ou du moins excuse volontiers Mme de Longue- \ille aux dépens de la Rochefoucauld, pouvait reprocher à ce dernier ses insinuations contre la duchesse'^; mais l'amour de son sujet n'entraîne-t-il pas l'illustre écrivain au delà de la justice et de la vérité quand il déclare que la Rochefoucauld s'est fait un plaisir de livrer outrageusement , de son vivant, à la malignité publique celle qui s'était donnée à lui sans réserve' ? Sans doute, le duc a maltraité Mme de Longue\'ille dans ses Mémoires, je parle des plus authentiques ; sans doute , il a, un peu trop volontiers, laissé courir des fragments de ses manuscrits ; mais ne faut-il pas tenir compte de la distance qui sépare une confidence faite au papier, ou même à l'amitié, de la vraie publicité, immédiate et universelle? Si certains passages des Mémoires attestent que la belle duchesse n'a jamais obtenu un entier pardon de la Rochefoucauld, en revanche, toute la conduite du duc le démontre, il s'efforça de persuader aux contemporains qu'il avait fait à Mme de Longueville une pleine remise du passé ^.

Page 1