Et portoit quelquefois
à (le petites choses*, et ce qu'il savoit de la guerre conveiioit plus à un simple olficier qu'à un roi.
Le cardinal de Richelieu gouvernoit l'État, et il devoit toute son élévation à la Reine mère. Il avoit l'esprit vaste et pénétrant, Fliumeur âpre et dilficile; il étoit libéral^, hardi dans ses projets, timide pour sa personne. Il voulut étabhr l'autorité du Roi et la sienne propre par la ruine des huguenots et des grandes maisons du Royaume, pour attaquer ensuite la maison d'Autriche et abaisser une puissance si redoutable à la France ' . Tout ce qui n'étoit pas dévoué à ses volontés étoit exposé à sa haine, et il ne gardoit point de bornes pour élever ses créatures ni pour perdre ses ennemis*. La passion qu'il avoit eue depuis* longtemps pour la Reine s' étoit convertie en dépit* : elle avoit de l'aversion pour lui, et il croyoit que d'autres attachements ne lui étoient pas désagréables. Le Roi étoit naturellement jaloux, et sa jalousie, fomentée par celle du cardinal de Richelieu', auroit suffi pour l'aigrir contre la Reine, quand même la stérilité de leur mariage et l'incompatibilité de leurs humeurs n'y auroieut pas contribué. La Reine
1. Rapprochez des maximes 41 et Sfig, tome I, p. 4*5 et p. 248.
2. « Il n'étoit pas libéral; mais il doiiiioit plus qu'il ne promettoit, et il assaisonnoit admirablement les bienfaits, s {Mémoires du cardinal de Relz, tome I, p. 281 et 282.)
3. « Deux desseins que je trouve presque aussi vastes que ceux des Césars et des Alexandres. » {Ibidem, tome I, p. 227.)
4- « La fortune des grands de la cour dépendoit de la faveur du Ministre ; les établissements n'y étoient solides qu'à mesure qu'on lui étoit dévoué. » [Mémoires du chevalier de Gramont, i83o, in- 8°,