Us firent dessein de former
3. Georges Villiers, duc de Buckingbam. Nous conservons l'orthographe du manuscrit D; c'est aussi celle de Tallemant (tome II, p. 9), et elle indique la prononciation du temps : d'où ce jeu de mots de la Mén'ipée de Francion, pièce satirique insérée par M. Éd. Fournier dans ses Variétés /iistori<iues et littéraires (tome X, p. 267- 284) '• « Ce n'est pas un vieux boucquin, boucquin iinqiiam). »
4. « Le duc de Buckingbam fut le seul qui eut l'audace d'attaquer son cœur — Il étoit bien fait, beau de visage; il avoit l'âme grande; il étoit magnifique, libéral, et favori d'un grand roi. 11 avoit tous ses trésors à dépenser, et toutes les pierreries de sa couronne pour se parer. Il ne faut pas s'étonner si, avec tant d'aimables qualités, il eut de si hautes pensées, de si nobles, mais si dangereux et si blâmables désirs, et s'il eut le bonheur de faire avouer à cette belle reine que si une honnête femme avoit pu aimer un autre que son mari, celui-là auroit été le seul qui lui auroit pu plaire. Les louanges que je lui donne, je les ai entendues de la Reine même ; car c'est la personne du monde dont je lui ai ouï dire le plus de
première audience de cérémonie à parler d'affaires qui les touchoient plus vivement que celles des deux couronnes, et ils ne furent occupés que des intérêts de leur passion. Ces heureux commencements furent bientôt troublés : le duc de Montmorency* et le duc de Bellegarde^, qui étoient soufferts de la Reine, en furent méprisés; et quelque brillante que fut la cour de France, elle fut effacée en un moment par l'éclat du duc de Bouquinquan. L'orgueil et la jalousie du cardinal de Richelieu furent également blessés de cette conduite de la Reine, et il donna au Roi toutes les impressions qu'il étoit capable de recevoir contre elle : on ne songea plus qu'à conclure promptement le mariage, et à faire partir le duc de Bouquinquan. Lui, de son côté, retardoit le plus qu'il lui étoit possible ', et se servoit de tous les avantages de sa qualité d'ambassadeur pour voir la Reine, sans ménager les chagrins du Roi; et même, un soir que la cour étoit à Amiens et que la Reine se promenoit assez seule dans un jardin, il v entra avec le comte d'Hollande, dans le temps que la Reine se reposoit dans un cabinet; ils se trouvèrent seuls; le duc de Bouquinquan étoit hardi et entreprenant; l'occasion étoit favorable, et il essaya d'en profiter avec si peu de respect, que la Reine fut
bien. Il est donc sans doute à présumer que ses respects ne furent point importuns, et que ses vœux furent reçus avec quelque sentiment de complaisance. » (Mme de Motteville, tome I, p. 14 et i5.)
1. Henri II de Montmorency, fils du connétable Henri I, maréchal depuis i63o, fut décapité à Toulouse, le 3o octobre i632. I! était né à Chantilly en iSgS.
2. Roger de Saint-Lary, duc de Bellegarde, giand écuyer de France, gouverneur de Bourgogne. Il mourut en 1646, à quatrevingt-quatre ans. Sur cet « antique galant », comme l'appelle Mme de Motteviile (tome I, p. 14), voyez Tallemant des Beaux, tome I, p. 5q et suivantes, et les OEuires de Malherbe^ tome I, p. agS-agS.
3. Il partit de Paris le 2 juin 162 5, avec la reine Marie-Henriette, le duc et la duchesse de Chevreuse, etc.; il y était arrivé le 24 mai.
contrainte d'aj^peler ses femmes, et de leur laisser voir une partie du trouble et du désordre où elle étoit*. Le duc de Bouquinquan partit bientôt après, passionnément amoureux de la Reine et tendrement aimé d'elle; il la laissoit^ exposée à la haine du Roi et aux fureurs du cardinal de Richelieu, et il prévoyoit que leur séparation devoit être éternelle. Il partit enfin sans avoir eu le temps de parler en particulier^ à la Reine; mais, pari:^! emportement que l'amour seul peut rendre excusable*, il revint à Amiens le lendemain de son départ, sans prétexte et avec une diligence extrême. La Reine étoit au lit : il entra dans sa chambre, et, se jetant à genoux devant elle et fondant en larmes, il lui tenoit les mains ; la Reine n'étoit pas moins touchée, lorsque la comtesse de Lannoy, sa dame d'honneur, s'approcha du duc de Bouquinquan et lui fit apporter un siège, en lui disant qu'on ne parloit point à genoux à la Reine. Elle fut témoin du reste de la conversation, qui fut courte. Le duc de Bouquinquan remonta à cheval en sortant de chez la Reine, et reprit le chemin d'Angleterre^. On peut croire
1 . Voyez le récit à peu près conforme de la Porte (p. 296 et 297), et celui de Mme de Motteville (tome I, p. i5 et 16). Tallemant des Réaux (tome II, p. 10) charge rincidenl à sa façon; Retz (tome III, p. 287 et 238, édition Champollion, 1859) le raconte aussi d'une manière inexacte, et transporte la scène, en l'aggravant beaucoup, dans le petit jardin du Louvi'e.