‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 4)Chapitre 516 sur 616 · I. Dans la i""* édition : f en jugeais · texte numérisé non relu

I. Dans la i""* édition : f en jugeais

•X. Désiré, sans accord, dans le manuscrit; à la ligne suivante, 11 y a hien : cr elles ne choquoient », au pluriel.

vant déguiser ni confesser une vérité si claire et si contraire à son intention, il essaya de nie faire prendre le change, et, sans répondre à ce que j'avois dit pour l'établissement de mon droit, il voulut me persuader de ne m'en servir pas. Mais je n'eus pas besoin des lumières que l'intérêt fait trouver même aux plus stupides, pour découvrir le foible de cet artifice et des moyens qu'il tenoit* pour y réussir; car il ne me proposa rien de plus délicat que de mépriser ce (jue je n'avois pas obtenu, et ce qu'il fit d'abord pour m'y disposer fut d'exagérer, avec son éloquence italienne, la gloire de ma naissance, et de me soutenir qu'elle me mettoit fort audessus de ces choses-là; enfin on auroit dit, à l'ouïr parler, que c'étoit un grand avantage à ma femme de n'oser aller ou d'être obligée de se tenir debout en un lieu où trente autres femmes se trouvoient assises, et que tout le monde sauroit qu'il n'y a point de souverains dans la chrétienté qui ne soient sortis d'une fille de ma maison, dès qu'on verroit les filles de ma maison derrière des demoiselles, parmi lesquelles il y en a qui ne le sont même que médiocrement. De cette belle persuasion il passa à une autre de la même force, et pour me prouver que je ne devois point m'arrêter à l'heure à ce tabouret, il s'avisa d'une raison digne du principal génie de l'État, et qui sérieusement étoit merveilleuse par l'effronterie qu'il falloit avoir pour oser entreprendre de m'en payer; car il me dit, et comme un secret et comme un reproche, que ce que je desirois ne pouvoit me manquer avec le temps, par la dignité qui étoit dans notre famille, et m'en parla de si bon air que je fus sur le point de lui demander s'il venoit de faire mou père duc

I. Nous suivons le manuscrit; faut-il lire tentait? La première édition porte aussi tenait.

La Rochefoucauld, ir 3o

et pair de France, ou s'il avoit fort aidé ù rendre les services qui lui avoient fait mériter de l'être, dix ans devant que la France eût ouï seulement le nom de Mazarin^. Mais si je ne suivis en cela mon premier mouvement, je ne laissai pas de le lui faire connoître, en sorte qu'il fut obligé de répondre plus précisément, et de me conseiller de parler à la Reine. Or j'entends assez ce langage-là pour ne m'y laisser pas tromper, et pour ne changer pas un homme qui demeuroit d'accord de m' avoir promis, à une reine qui étoit pour moi en possession d'oublier ses promesses^. Aussi m'assura-t-il qu'il lui parleroit, et qu'il me rendroit réponse dans fort peu de jours. Cependant celle qu'il me fit faire fut qu'il n'en avoit point encore parlé, parce qu'il avoit jugé à propos que j'en parlasse moi-même, mais en sa présence, m'assuranl qu'il m'en donneroit bientôt le moyen*, et celui de connoître de quelle façon il me vouloit servir. Il s'acquitta fort bien de la dernière partie de sa promesse, par le peu de soin qu'il prit de s'acquitter de l'autre, et tout ce qu'il me procura auprès de la Reine fut le commandement d'aller en Poitou, aussitôt que la cour eut quitté Paris pour aller à Saint-Germain *; car, lui ayant représenté que rien ne pressoit dans mon gouvernement et que j'avois beaucoup d'affaires à la cour, elle me répondit d'abord que je savois bien qu'il n'y avoit point d'argent; et, sur ce que

1. Voyez, dans le P. Anselme^ tome IV, p. 4i4-4i7i 1^ teneur des lettres d'érection du comté de la Rochefoucauld en duché-pairie (1622). C'est en i632 que Mazarin fut vice-légat à Avignon.

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