Voyez ibidem, p
DE MARGILLAC. 463
tisfaction que celle de me l'aire voir encore à un homme à qui mon abord devoit reprocher tant de perfidies, et je n'espérai point qu'il me fît de réparation d'une offense qui ne pouvoit plus être réparée de sorte qu'il ne m'en demeurât beaucoup de ressentiment. Je me trompai moins en cela que je n'avois fait en la confusion dont je m'imaginois que mon visage couvriroit le sien à notre entrevue; car il ne me parut jamais moins embarrassé, et il me reçut comme si j'avois eu tous les remerciements du monde à lui faire, et que, par un excès de générosité ou de modestie, il ne m'en eût pas voulu donner le loisir. Ce fut un débordement de caresses et de civilités : une cajolerie n'attendoitpas Tautie, et tout préparé que j'étois à n'en recevoir que des déplaisirs, je doutai s'il ne me vouloit point disposer par là à me contenter de ce qui lui restoit à faire pour moi, et à croire que pour être en effet le dernier obligé, je ne laissois pas d'avoir été le premier dans l'intention. Mais, voyant que pas un de ses discours n'aboutissoit là , je connus bien qu'il ne tendoit qu'à faire passer en de vaines démonstrations de tendresse un entretien qu'il éviteroit, après cela, des semaines entières sans qu'il y parût, et qu'il croyoit que, cette occasion étant une fois passée, je penserois moi-même n'avoir plus de grâce à me plaindre de ce qu'une longue dissimulation sembloit déjà avoir approuvé. Cela me fit résoudre à le faire déclarer en quelque façon et à quelque prix que ce fût, et m'imaginant bien que sa confusion me divertiroit mieux que sa colère, j'aimai mieux le réduire par mes paroles à demeurer d'accord qu'il ne lui en restoit point, que de lui donner un prétexte de me tourner brusquement le dos et faire croire' qu'il n'auroit manqué à me répondre
I Dans la i'"^ édition : me faire croire.
que pour n'avoir pas voulu m'offenser. Mais que ne peut Teffronterie, quand elle est venue jusqu'à l'excès? Il osa nie débiter d'abord la grâce que l'on avoit faite à tant de personnes pour une chose à laquelle je n'avois aucun intérêt, et qui choquoit aussi peu sa promesse que ma prétention, puisque c'étoit pour ma maison que je demandois ce que les services de Mme de Senecey avoient obtenu pour la seule personne de Madame sa fille, et ce qu'il avoit fallu accorder nécessairement à ceux qui avoient des lettres de duché. J'aurois pu répondre à cela qu'il devoit s'accorder avec ses gazettes, en ce qui regardoit INIme la comtesse de Fleix, et que, pour ce qui regardoit les autres, nous avions eu tout loisir d'apprendre dans notre famille que le tabouret n'est dû de plein droit qu'après que les lettres de duché et pairie ont été vérifiées dans le Parlement ; mais, attendu que cette faveur avoit été faitQ à des personnes que j'en estimois* extrêmement dignes et pour qui je l'aurois désirée^ comme pour moi-même, je me contentai de lui soutenir qu'elles ne choquoient pas si peu sa promesse ni ma prétention qu'il faisoit semblant de se l'imaginer ; car, sans compter que, dans la parole qu'il m'avoit donnée, il avoit formellement dérogé aux explications dont il se servoit, ces mêmes explications-là se trouveroient encore à son désavantage, et ç'auroit toujours été une méchante raison pour ne m'accorder pas ce qu'on avoit bien voulu accorder aux autres, que de s'être engagé à me servir en quelque chose de plus que ce que les autres avoient obtenu. L'évidence et la force de ce raisonnement le mirent en désordre, et ne pou-