‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 4)Chapitre 519 sur 616 · PREMIERE REDACTION DU COMMENCEMENT DE LA SECTION II DES MÉMOIRES · texte numérisé non relu

PREMIERE REDACTION DU COMMENCEMENT DE LA SECTION II DES MÉMOIRES

La persécution que j'avois soufferte durant l'autorité du cardinal de Richelieu étant finie avec sa vie, je crus devoir retourner à la cour, où la mauvaise santé du Roi et le peu de disposition oit il était de confier ses enfants et son Etat à la Reine me faisoient espérer de trouver bientôt des occasions considérables de la servir, et de lui donner, dans l'état présent des choses, les mêmes marques de fidélité qu'elle avoit reçues de moi dans toutes les rencontres où ses intérêts et ceux de

I . Voyez, au sujet de cette première rédaction, la Notice des Mémoires, en tête de ce volume, et la note i de la page 49- — M. le duc de la Rochefoucauld-Liancourt nous a permis de coUationuer notre texte sur le manuscrit A, mentionné ci-dessus, p. 436. Une note, d'une écriture ancienne, écrite à la première page de ce manuscrit, parle ainsi de ce morceau : a Le second ouvrage {il y en avait primitivement trois dans le volume), contenant 2i pages et écrit de la même main {celle du secrétaire de fauteur) j est le petit morceau intitulé dans les Mémoires imprimés : Mémoires de la régence d'Anne d'Autriche, etc. La seule observation qu'il y ait à faire sur ce morceau, c'est que depuis l'auteur l'a totalement refondu, comme on peut le voir dans les Mémoires non imprimés, volume D. » Le volume D (de la Roche-Guyon) est, on le sait, celui dont notre édition des Mémoires donne le texte. — Cette première version, qui est le début des Mémoires dans les éditions de 1662- 1804, a été placée par Petitot (1826) et Michaud {i838) à la suite de nos parties i et 11, et ils y ont rattaché, sans solution de continuité, le morceau de Vineuil qui forme notre 3° appendice. — Nous mettrons en note les principales variantes des éditions antérieures à la nôtre. Nous avons fait imprimer en Italique ce que notre auteur, dans sa rédaction définitive, a textuellement gardé de ce premier jet, et nous renvoyons aux pages de notre texte où se trouvent ces fragments qu'il a conservés.

Mme de Che\Teuse avoient été contraires à ceux du cardinal de Richelieu. J'arrivai à la cour, que je trouvai aussi soumise à ses volontés après sa mort qu'elle Tavoit été durant sa vie. Ses parents et ses créatures y avoient les mêmes avantages qu'il leur avoit procurés, et, par un effet de sa fortune, dont on trouvera peu d'exemples, le Roi , qui le haïssait même et qui soulialtoit sa perte, fut conti alnt non-seulement de dissimuler ses sentiments, mais même d'autoriser la disposition que le cardinal de Richelieu faisoit par son testament des principales charges et des plus importantes places de son royaume. Il choisit' le cardinal Mazarin pour lui succéder au gouvernement des affaires, et ainsi fut assuré de régner hien plus absolument après sa mort que le Roi son maître n'avoit pu faire depuis trente-trois ans qu'il étolt parvenu à la couronne. Néanmoins, comme la santé du Roi étoit déplorée*, il y avoit apparence que les choses changeroient bientôt de face, et que la Reine ou Monsieur, venant à la Régence, se vengeroient, sur les restes du cardinal de Richelieu, des outrages qu'ils avoient reçus de lui^.

Le cardinal Mazarin, M. de Chavigny et M. des Noyers*, qui avoient alors le plus de part aux affaires, voulurent prévenir ce mal-là, et se servir du pouvoir qu'ils avoient sur l'esprit du Roi pour l'obliger à déclarer la Reine régente, pour se réconcilier avec elle par ce service-là, qui parolssoit d'autant plus considérable a la Reine qu'elle croyolt le Roi très- éloigné de cette pensée, par le peu d'inclination qu'il avoit toujours eu pour elle et par la liaison qu'il croyolt qu'elle avoit encore avec les Espagnols par le moyen de Mme de Chevreuse, qui s'étolt réfugiée en Espagne, et qui étoit alors à Bruxelles. M. des Noyers fut le premier qui donna espérance à la Reine de pouvoir porter le Roi, par son confesseur^, à l'établir régente, croyant par là faire une liaison étroite avec elle, à l'exclusion de M. de Chavigny, qu'elle avoit considéré davantage du vivant du cardinal de Richelieu. Mais M. des Noyers .se trouva, peu de temps après, bien éloigné de ses desseins, car le confesseur eut ordre de se retirer, et lui-même fut chassé ensuite. Il me parut que ce cliangement-\k n'avoit rien diminué des espérances^ de la Reine,

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