De l'espérance
et qu'elle attendoil du cardinal Mazarin et de M. de Cliavigny le même service que M. des Noyers avoit eu dessein de lui rendre. Ils lui fldimoient tous les jours l'un et l'autre toutes les assurances ([u'elle pouvoit désirer de leur fidélité, et elle en attendoit des preuves, lorsque la maladie du Roi, augmentant à un jioint qu'il ne lui restoit aucune espi'rancc de guérison, leur donna lieu de lui proposer de régler toutes choses, durant que sa santé lui pouvoit permettre de choisir lui-même nue forme de gouvernement qui pût exclure des affaires toutes les personnes qui lui étoient suspectes.
Cette proposition, quoiqu'elle fût apparemment contre les int('rêts de la Reine, lui semhia nt'anmoins trop favorahie pour elle. Il ne pouvoit consentir à la déclarer régente, et ne se pouvoit résoudre aussi à partager ^autorité entre elle et Monsieur. Les intelligences dont il Pavoit soupçonnée ^ et le pardon qu^il veno'u cT accorder à Monsieur pour le tra'ité d'Espagne* le tenaient dans une irrésolution qu'il «'eût peut-être pas surmontée., si les conditions de la déclaration que le cardinal Mazarin et M. de Cliavigny lui proposèrent ne lui eussent fourni rexpédient qu'il souhaitoit pour diminuer la puissance de la Reine et pour la rendre en quelque façon dépendante du conseil qu'il vouloit établir.
Cependant la Reine et Monsieur, (jui a voient eu trop de marques de l'aversion du Roi, et qui le soupeonnoient presque également de les vouloir exclure du maniement des affaires, cherchaient toutes sortes de voies pour y parvenir. 7'a/ su de M. de Cliavigny même qu^étant allé trouver le Roi, de la part de la Reine, pour lui demander pardon de tout ce qu'elle avoit jamais fait, et même de ce qu'elle* lui avoit déplu dans sa conduite, le suppliant particulièrement de ne point croire qu'elle eût eu aucune part à Vaffaire de Chalais, ni qu'elle eut trempé dans le dessein d'épouser Monsieur après que Chalais aurait fait mourir le Roi, il répondit sur cela à M. de Chavigny sans s'émouvoir : K En l'état ail je suis. Je dois lui pardonner; mais je ne la dois pas croire. » Chacun croyoit d'abord avoir droit de prétendre ta Régence à Pcxclusion Pun de Paulre, et si Monsieur ne demeura pas longtemps dans cette pensée, pour le moins crut- il devoir être déclaré corégent avec elle'^.
Les espérances de la cour et de tout le Royaume étoient trop
1. Conclu par le sieur de Fontrailles, au nom de Monsieur, avec le Comte- Duc", premier ministre d'E'^pagnc, le l3 de mars 1642. [Note de Védilion de 1688.) — Voyez ci-dessus, p. 45, et note 1.